Rencontre avec Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l'Education nationale

A l'occasion de la sortie de son livre L'école de la vie, la rédaction de Famille & éducation avait interviewé en 2015 Jean-Michel Blanquer, nouveau ministre de l'Education nationale. Quelle est sa vision de l'école et du système éducatif ? Extraits

Comment sortir des blocages de notre système éducatif ?

Jean-Michel Blanquer : Les situations sont très différentes d’un endroit à l’autre. Je prône dans mon livre la méthode expérimentale qui permet de valider les hypothèses, d’élargir les expérimentations si les résultats obtenus sont bons, et de s’appuyer aussi sur des comparaisons internationales qui fonctionnent. Et puis la raison plus politique, c’est que l’expérimentation repose sur le volontariat, l’envie et le désir de faire. Quand il y a des projets qui clairement réussissent, cela est inspirant pour l’ensemble du système éducatif. Le principal blocage est, nous le savons, une résistance au changement portée par l’un des syndicalismes les plus bloquants du paysage français. C’est une sorte d’impasse intellectuelle dont il faut sortir ensemble. Aujourd’hui, j’ai un peu d’espoir.

Vous dites que l’école de la liberté ne s’enseigne pas sans contraintes…

J.-M. B. : L’école a sa propre temporalité par rapport à la temporalité politique, économique ou médiatique et c’est un privilège. À l’école, le silence, la méditation, la durée peuvent être inculqués à l’enfant. L’enseignant est un maître du temps. De ce temps, il faut faire quelque chose. Une réorganisation est nécessaire pour ménager des temps de cours magistraux, de travail en groupe et de travail individuel. Certes, le collège doit permettre à une classe d’âge d’accéder à un socle commun de connaissances, mais des parcours personnalisés devraient être possibles avec des élèves répartis par groupes de compétences. Ainsi, tout le monde serait tiré vers le haut.

Quant à la contrainte, elle est inhérente à la liberté. C’est le paradoxe de la condition humaine. C’est l’éducation et ses contraintes qui nous font grandir et nous mènent vers la liberté. Des jeunes qui ne rencontrent pas de contraintes restent dépendants et ont du mal à se débrouiller. La France doit trouver son propre chemin entre les modèles finlandais et asiatique. L’un a poussé à l’extrême l’épanouissement des élèves, l’autre le travail dans des conditions d’excellence. Nous pouvons réussir à conjuguer plaisir et travail, comme le disait Montaigne : « Celui qui désire apprendre est bien près du savoir. » 

PROPOS RECUEILLIS PAR SYLVIE BOCQUET ET BRIGITTE CANUEL