Lettre ouverte de l'Apel aux candidats à l'élection présidentielle

Une ambition pour l'école

Retrouvez la lettre ouverte de l'Apel publiée dans le Figaro magazine du 13 janvier 2017 à l'attention des candidats à l'élection présidentielle.

« La campagne des élections présidentielles est ouverte.

Chaque citoyen va pouvoir parcourir les catalogues de propositions des candidats et découvrir celles qui concernent l’école ; des réformes seront annoncées et, bien entendu, elles seront meilleures que les précédentes.

Parce qu’elle se consacre depuis plus de 85 ans à la défense d’une école authentiquement libre, en rassemblant plus de 900 000 familles, et qu’elle est à l’origine de la notion de « communauté éducative », l’Apel entend, une nouvelle fois, légitimement et en toute indépendance, aller à la rencontre de tous ceux qui s’offrent à assumer les destinées de la France pour leur poser cette seule question : « Avez-vous une ambition pour l’école ? »

Elle souhaite savoir s’il existe dans notre pays une véritable volonté politique de bâtir, durablement, une école fondement de la communauté nationale, pivot de la vie dans la cité, partenaire des familles au quotidien, une école qui permette l’accès à la vie en société.

C’est de courage qu’il s’agit : l’éducation est une mission si belle et si essentielle qu’elle doit être une véritable priorité pour la nation ; elle mérite une authentique concertation avec tous ceux qui s’y consacrent, et, singulièrement, avec les parents, premiers éducateurs de leurs enfants.

Elle nécessite des moyens inscrits dans un plan d’action pluriannuel ; il convient d’en finir avec les effets d’annonce, les ajustements budgétaires de circonstance et les morceaux de réformes plus ou moins accomplis.

Comment instruire et éduquer dans la sérénité, comment prendre en compte chaque jeune dans toutes les dimensions de sa personne, lui permettre d’acquérir les fondamentaux, de créer ses racines, d’exprimer ses talents, de former son sens critique et, en un mot, de devenir pleinement un homme ou une femme sans disposer du temps nécessaire ?

Les enseignants ont besoin, avant tout, de savoir que leur ouvrage d’aujourd’hui ne sera pas, dès demain, remis en cause ; ils ont la confiance des parents mais ils ont besoin de la considération et de la reconnaissance des élus de la nation ; c’est à ce prix qu’elle pourra leur demander l’accomplissement de leur mission d’éducateurs, plus de présence auprès des élèves et une plus grande ouverture sur le monde de l’entreprise. 

Il faut leur dire et leur redire : les jeunes ont les yeux rivés sur eux ; ils sont en attente de savoirs, mais surtout d’éveilleurs d’idéal porteurs de convictions ; car il n’y a pas d’acte éducatif neutre, pas plus qu’il n’y a d’enseignement possible sans volonté de faire grandir les personnes.

Mais la mission d’éducation suppose également une plus grande autonomie des établissements.
C’est la créativité des équipes éducatives qui leur permettra de mettre en œuvre, dans une ville, un village ou un quartier, un accueil adapté à chaque élève, notamment lorsqu’il présente des besoins éducatifs particuliers.

C’est l’imagination qui permettra d’utiliser de la manière la plus adaptée les outils numériques et de mettre en valeur les intelligences multiples.

C’est la liberté rendue par l’autonomie qui favorisera des relations de confiance renouvelées entre tous les acteurs de la communauté éducative ; à l’heure de l’entreprise libérée, qui peut croire qu’un schéma unique d’organisation est en mesure de répondre à leurs attentes si diverses ?

L’Apel l’affirme solennellement : le temps n’est plus aux faux-semblants éducatifs ; confrontée à la violence, la France a besoin de solidité et de fraternité ; ceux qui aspirent à la gouverner ne peuvent avoir pour elle qu’une ambition : offrir à tous les parents la possibilité de trouver dans l’école une amie pour conduire tous leurs enfants vers l’avenir.

Plus encore que les moyens, ce sont les esprits et les cœurs des éducateurs qu’il faut mobiliser.

C’est une école authentiquement libre des préjugés, des carcans et des fatalismes qu’il faut construire : qui osera s’engager résolument dans cette voie est certain du soutien des parents d’élèves, quelles que soient leurs opinions politiques, leurs convictions, leur confession.

Car la confiance suit toujours de près le courage. »

Caroline Saliou
Présidente nationale de l'Apel

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