« J'aime lire mais c'est difficile »

Apprendre à lire et à écrire demande une grande disponibilité pour les enfants de 6 à 10 ans. Sont-ils en retard ? En avance ? Cinq conseils pour démonter les idées reçues et les encourager à ouvrir un livre.

Il a du mal apprendre à lire en fin de CP. Il est peut-être dyslexique ?

FAUX

Par Marie Blanchet, orthophoniste

« Un enfant qui peine à déchiffrer en CP ne doit pas être étiqueté trop vite. Il s’agit peut-être d’un simple retard et l’on ne peut vraiment commencer à se prononcer sur une dyslexie qu’au milieu du CE1. Pour autant, interrogez-vous dès maintenant sur les pré-requis : l’enfant sait-il distinguer les sons et syllabes, par exemple différencier le n du m, le b du p ? N’a-t-il pas des difficultés à coordonner les deux yeux ? L’orthophoniste pourra, pour en avoir le cœur net, préconiser un bilan orthoptique (et détecter un éventuel problème de coordination oculaire), un bilan ORL (audiogramme), pour repérer d’éventuels troubles auditifs, ou un bilan psychométrique. Lorsque ces causes sont éliminées, c’est la durabilité du symptôme qui mettra la puce à l’oreille. Si, après 30 à 50 séances de rééducation (ce qui est préconisé dans un premier temps), les difficultés persistent, on peut parler de dyslexie. »

Ma fille de 9 ans est mauvaise en orthographe…C’est pour la vie ?

FAUX

Par Marie Blanchet, orthophoniste

« L’orthographe du français est un système très complexe… Et il faut du temps pour se l’approprier. Il y a les problèmes phonétiques liés aux sons, des problèmes lexicaux, liés à l’orthographe des mots (“pome” pour pomme ou “cannard” pour canard, par exemple), et les problèmes syntaxiques, liés à la grammaire. En cas de retard, les difficultés s’arrangeront dans le temps, avec une prise en charge adaptée (rééducation orthophonique ou simple soutien scolaire), avec la maturité et surtout grâce à la lecture. En revanche, si l’enfant souffre d’une dysorthographie (associée au diagnostic de dyslexie), il connaîtra des difficultés d’orthographe toute sa vie qu’il faudra contourner par la rééducation et des adaptations. »

« Mon fils de 10 ans n’aime pas lire. Comment réveiller son désir de lecteur ?

> La réponse de Delphine Saulière, directrice des rédactions de J’aime lire

« Qu’est-ce que le plaisir de lire ? C’est le bonheur d’entrer dans l’univers d’un auteur, avec cette possibilité de vivre mille émotions (rire, peur, bonheur…). Ce plaisir “physique” et émotionnel de la lecture, c’est celui que nous proposons dans nos histoires. N’hésitez pas à céder avec bonheur à toutes ses envies : manga, BD ? Album pour les 3-6 ans alors qu’il en a 7 ou 8 ? Rien n’est interdit. Poursuivez la lecture à haute voix jusqu’en fin de CM2, et prenez votre temps.

N’oubliez pas de faire des pauses après chaque page, ou chaque chapitre, afin de l’inciter à savourer les mots et les images. Lire trop vite, c’est comme s’empiffrer : on n’éprouve aucun plaisir. Pour les plus grands (9 ans et plus), je conseille aux parents de démarrer un livre à haute voix, avant de le laisser à l’enfant (« À toi, maintenant ! »). Enfin, je vous suggère de lui laisser du temps libre. Comment voulez-vous développer le plaisir de lire si son agenda est “blindé” ? Le mieux serait d’instituer un temps de lecture familial (chacun avec son livre dans le salon, pendant trente minutes) : ce rituel se transformera vite en bonheur littéraire partagé. »     

Mon fils déchiffre en fin de grande section. Il sait déjà lire ?

VRAI et FAUX

Par Alain Bentolila, linguiste

« Le déchiffrage est une condition nécessaire, mais non suffisante ! Il s’agit de la toute première étape, qui, aux alentours de 5-6 ans (au tout début du CP), va conduire l’enfant à repérer les correspondances entre les lettres écrites et les sons. La lettre “r” se prononce “reu”, le “ch” se prononce “cheu”, etc. C’est un apprentissage laborieux mais indispensable, qui fait le lien entre le monde d’où il vient (il a entendu tous ces sons au contact de ses parents, du monde extérieur) et celui où il va (l’univers symbolique, celui de la lecture). Pourquoi est-ce indispensable ? Parce que, en déchiffrant le mot oralement, il va faire appel à son “dictionnaire mental”. S’il a déjà entendu le mot oralement, le sens viendra immédiatement enrichir le son. L’enfant pénètre alors dans la seconde étape de l’apprentissage : la lecture fluide, celle qui fait sens. Et cela ira d’autant plus vite qu’il aura élaboré pendant ses premières années un bon dictionnaire mental, riche de mots entendus pendant la petite enfance. Certains enfants à 6 ans disposent de 200 mots, d’autres de 2 000 mots. Les seconds vont, bien entendu, passer du déchiffrage à la lecture fluide avec plus d’aisance. »

Il ne lit pas à la fin du CP. Il a un problème ?

FAUX

Par Alain Bentolila, linguiste

« Comme nous venons de le voir, c’est souvent la faiblesse du vocabulaire qui explique le retard en lecture. Le mot lu par le jeune enfant ne renvoie à aucun “abonné” dans son dictionnaire mental. Dans ce cas, la lecture prend plus de temps. L’apprentissage de la lecture exige en outre un niveau de disponibilité important, que certains n’ont pas, que ce soit à cause d’une incapacité à fournir des efforts ou à cause d’une anxiété latente. La lecture est, pour certains enfants, anxiogène : c’est un saut dans le vide, dans un monde truffé de symboles. Un enfant trop agité ou trop anxieux aura besoin d’un peu plus de temps qu’un autre. Et il existe des astuces pour l’entraîner à apprendre, comme la Machine à lire (www.machinealire.fr), une appli à télécharger qui fait alterner des pages d’écoute et de lecture. En revanche, si les difficultés persistent et que l’enfant emmêle les lettres, il faut consulter au milieu du CE1. »

Propos recueillis par Sophie Carquain

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