Je veux créer une école de la confiance

Pas question pour le nouveau ministre d’engager une énième réforme verticale, il souhaite plutôt rétablir la confiance entre les différents acteurs
 de l’éducation. Professeurs et parents d’abord, avec des mesures concrètes pour les élèves — en particulier en primaire — et une évaluation au fur 
et à mesure des résultats. Rencontre avec un ministre pragmatique. 

Interview ministre Education nationale

Famille & éducation : comment considérez- vous votre mission, quel ministre de l’Éducation nationale souhaitez-vous être ?

Jean-Michel Blanquer : ma mission, c’est d’établir l’école de la confiance. Le contexte mondial ou national doit nous amener à dépasser les divisions et les doutes qui ont pu traverser notre pays, pour aller vers une société de confiance à laquelle l’école doit contribuer. Comme dans les systèmes scolaires qui réussissent, au Québec, dans les pays scandinaves ou ailleurs, je souhaite établir cette confiance entre les familles et les établissements, mais aussi entre les enseignants et les institutions. Faisons donc une synthèse entre les forces de notre pays et ce qui fonctionne le mieux dans le monde. Je veux être un ministre qui donne davantage de liberté et du soutien aux différents acteurs pour atteindre des objectifs nationaux de réussite. Plus d’égalité et de fraternité mais par la liberté. 

Parmi les mesures énoncées récemment
 et mises en place à la rentrée, quelles sont celles qui vous semblent prioritaires ?

J.-M. B. : la mesure la plus importante et la plus emblématique, c’est la division des classes de CP par deux en REP+ (réseaux d’éducation prioritaires), parce qu’elle va à la racine des difficultés scolaires françaises. En effet, il faut aider les premières années de la vie des élèves, j’accorderai donc une attention primordiale à l’école maternelle, aux classes de CP et de CE1. Il faut avoir également une attention particulière pour les publics les plus défavorisés. Avec le Président de la République et le Premier ministre, nous nous sommes inspirés d’expériences pédagogiques étrangères pour proposer cette idée qui concentre nos efforts vers les 20% d’élèves les plus en difficulté. Mais au-delà, je souhaite que tous les élèves de CP de France puissent partir sur de bonnes bases dans la vie. Je veux donc faire preuve de volontarisme pédagogique et porter une attention absolue à la réussite de tous les élèves. 

Comment relever concrètement ce défi ?

J.-M. B. : une attention sera portée pour que les maîtres les plus expérimentés soient affectés en CP et que de nouveaux outils pédagogiques, issus des meilleurs travaux de la recherche internationale et partagés par l’ensemble des professeurs, soient diffusés pour la lecture, l’écriture, le calcul. Nous accentuerons également la formation initiale et continue des professeurs. 

Vous souhaitez aussi que les devoirs du soir s’effectuent au collège, comment cela va-t-il
 se passer ?

J.-M. B. : l’objectif est d’internaliser les devoirs, après les vacances de la Toussaint et de développer progressivement ce dispositif dans tous les collèges de France, puis à l’école primaire et au lycée.
Il est important que l’école donne des devoirs, qui permettent aux élèves d’apprendre l’autonomie et
le sens de l’effort, tout en veillant à atténuer l’inégalité sociale entre les familles et à apaiser les tensions qui peuvent naître à la maison. Ce dispositif (exercices et soutien) sera mis en place dès la rentrée. Il impliquera d’abord les professeurs, rémunérés en heures supplémentaires, puis des assistants d’éducation, des jeunes en service civique, formés et supervisés par des enseignants et enfin les collectivités locales et des associations. Pour les parents, un vade mecum “devoirs faits” sera édité. 

En tant qu'institution nationale, le baccalauréat a tout son sens, mais il doit retrouver prestige et utilité. Il doit être le premier grade de l'enseignement supérieur. »

Jean-Michel Blanquer

Vous allez également lancer une réflexion sur le lycée et le baccalauréat ?


J.-M. B. : le Président de la République a clairement pris, pour juin 2021, l’engagement d’une réforme du baccalauréat, qui a été confirmé par le Premier ministre, avec en amont des conséquences pour les trois classes de lycée. Une concertation sera lancée à l’automne, cohérente avec celle menée par la ministre de l’Enseignement supérieur sur les prérequis à l’université. L’objectif est d’arriver à un système où, grâce à des épreuves finales repensées et du contrôle continu, on obtienne un baccalauréat qui ait du sens et soit utile aux élèves pour réussir dans l’enseignement supérieur et mieux se projeter dans le futur. En tant qu’institution nationale, le baccalauréat a tout son sens, mais il doit retrouver prestige et utilité. Il doit être le premier grade de l’enseignement supérieur. C’est pourquoi, les élèves doivent pouvoir mieux se préparer dans les domaines où ils sont les plus forts. Et nous devons en amont nous ajuster à leurs choix. A ce stade, tout ceci n’est que principes qui seront discutés dans le cadre de cette concertation. 

L’enseignement catholique fête les 50 ans de la communauté éducative, créée par les Apel, en 1967. Que vous inspire cette notion et comment peut-elle évoluer ?

J.-M. B. : lorsque j’évoque une école de la confiance, je parle bien de la capacité à créer une communauté éducative à l’intérieur de l’établissement qui rassemble tous ceux qui y travaillent, au premier rang desquels les professeurs et tous ceux qui entourent l’école : parents, collectivités locales et la société dans son ensemble. La communauté éducative, qui est déjà présente dans les esprits, doit rentrer beaucoup plus dans la pratique. J’encourage dans l’enseignement public comme, dans l’enseignement catholique, cette démarche volontariste, cet esprit de confiance, qui permettra de relever les défis de modernisation et de mixité sociale qui nous attendent tous et auxquels l’enseignement catholique s’engage à participer. 

On connaît votre intérêt pour les neurosciences, quelles peuvent en être les applications concrètes dans l’enseignement ?


J.-M. B. : les neurosciences sont au début de ce qu’elles peuvent nous apprendre sur la connaissance du fonctionnement du cerveau humain. Gardons-nous d’une approche scientiste qui consisterait à penser que les neurosciences pourraient nous apporter des réponses sur tous les sujets pédagogiques, mais nous ne pouvons pas ignorer qu’elles existent ! Leur apport vaut déjà pour des sujets variés et intéressants. Elles ont permis, par exemple, de trancher enfin le fameux débat sur méthode de lecture globale ou syllabique et ce, de façon suffisamment subtile pour dépasser les clivages ! Elles nous aident également dans l’approche de l’apprentissage des mathématiques. Ainsi que sur la connaissance des relations entre les enfants en société. Nous savons que le cerveau de l’enfant dans les premières années de vie est d’une plasticité formidable et que se jouent là des choses qui ne se joueront plus après. C’est essentiel et cela me mobilise totalement.

Propos recueillis par Sylvie Bocquet et Brigitte Canuel