Candidats à la présidentielle 2017 : que répondent-ils à l'Apel ?

A l'occasion de l'élection présidentielle, Famille & éducation a interrogé les cinq principaux candidats pour connaître leurs réponses aux propositions formulées par l'Apel ainsi que les principaux points de leur programme concernant l'éducation.

Les réponses de François Fillon

Autonomie

Notre école est malade de la bureaucratisation et du pédagogisme : à force de refuser de faire confiance aux enseignants, aux parents et aux établissements, on obtient des résultats médiocres dans les évaluations internationales. C’est pourquoi mon projet consiste à changer l’organisation du système en accordant aux établissements des marges de liberté et de responsabilité nouvelles, notamment en matière de ressources humaines. Je veux donc confier progressivement aux chefs d’établissement du second degré public le recrutement des professeurs sur la base de l’adhésion au projet éducatif et pédagogique de l’établissement. Le choix des méthodes d’apprentissage sera, lui aussi, confié aux équipes pédagogiques. La contrepartie de cette liberté nouvelle doit être une évaluation rigoureuse et indépendante des résultats des établissements, qui seront transmis aux familles.

Réussite de tous

Les sciences cognitives montrent que l’essentiel des bases doit être enseigné avant 7 ans. C’est pourquoi je souhaite instituer la scolarité obligatoire à 5 ans afin de consacrer une année supplémentaire à l’apprentissage de la lecture. Les acquis de français et de mathématiques seront évalués et les professeurs devront construire une pédagogie adaptée à chaque élève permettant de combler ses lacunes. Nous rétablirons l’aide personnalisée, supprimée par l’actuel gouvernement. Au collège, les savoirs fondamentaux seront consolidés. Des parcours diversifiés permettront de tenir compte des différentes formes d’intelligences et des aptitudes des élèves. Les établissements définiront eux-mêmes les modalités d’un enseignement différencié, voire personnalisé. L’enseignement professionnel sera transféré aux régions pour devenir enfin une vraie voie d’excellence.

Formation des enseignants

En matière de ressources humaines, il est temps d’apporter un soutien quotidien aux professeurs. Celui-ci passe par une formation continue plus ouverte sur le monde, prioritairement axée sur la tenue d’une classe, l’accompagnement aux élèves en difficulté et en situation de handicap et une vraie utilisation des possibilités créées par le numérique éducatif. L’augmentation du temps de présence des professeurs dans l’établissement est nécessaire pour qu’ils puissent consacrer du temps à l’accompagnement des élèves et aux relations avec les parents.

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> Pour en savoir + : www.fillon2017.fr

 

 

Les réponses de Benoît Hamon

Autonomie

Qu’entend-on par autonomie ? S’il s’agit de considérer les enseignants comme des professionnels à qui il faut faire confiance pour trouver les réponses aux besoins de leurs élèves, j’y suis favorable. J’y suis farouchement opposé, s’il s’agit de supprimer le caractère national de l’éducation en mettant en concurrence les établissements. Lier les méthodes d’apprentissage et les résultats n’est pas une bonne façon de poser la question du défi que doit relever l’école française : reconstruire une égalité des chances. Je veux mettre au premier plan les conditions dans lesquelles les enseignants travaillent.

Réussite de tous

S’il existait un lien entre le nombre d’heures et la réussite scolaire, nous aurions une meilleure place dans les évaluations internationales !

L’acquisition des fondamentaux se fera dans des classes aux effectifs limités qui permettront aux enseignants de mieux différencier leur pédagogie. Mes propositions sont concrètes, étayées par les résultats de la recherche et chiffrées. Je limiterai le nombre d’écoliers par classe à 25 en CP, CE1, CE2 et à 20 dans les réseaux d’éducation prioritaire, les territoires ruraux et d’outremer. Je veux aussi inclure les devoirs dans le temps scolaire.

En outre, quel parent peut penser que c’est à 11 ou 12 ans que l’on peut faire le tri entre les enfants ? Je revendique le collège unique qui fait partie intégrante du modèle républicain de notre école.

Formation des enseignants

Notre nation a besoin d’enseignants en qui elle a confiance et qui ont confiance en leurs capacités. La confiance et la mobilisation des enseignants se construiront sur la poursuite de la revalorisation de leur condition. Je veux aussi qu’ils soient davantage associés à la prise de décision par un management plus horizontal. De quoi ont-ils besoin pour mieux exercer leur métier ? De plus d’évaluation ? Non. Ils ont besoin d’une formation initiale qui combine savoir et savoir-faire et d’une formation continue tout au long de la carrière. En fonction de son ancienneté et des besoins qu’il exprimera, chaque enseignant bénéficiera tous les ans de 3 à 10 jours de formation.

Enfin, dans une société imprégnée par le numérique, et pour des élèves massivement digital natives, il faut bien sûr former les enseignants à enseigner avec le numérique et à s’en servir. Mais n’en faisons pas l’outil magique qui fera spontanément mieux apprendre les élèves.

Téléchargez le programme et les réponses de Benoît Hamon

> Pour en savoir + : www.benoithamon2017.fr

 

 

Les réponses de Marine Le Pen

Autonomie

Je suis extrêmement attachée aux services publics, particulièrement à celui d’éducation. Or pour que les services publics accomplissent leurs missions, il est essentiel qu’ils soient administrés à partir d’un centre, l’État stratège, et que ses agents aient le statut de fonctionnaires d’État. C’est pourquoi, je suis opposée à une plus grande autonomie des établissements scolaires. Ce n’est pas en effet au niveau des établissements que doit s’opérer le recrutement des enseignants, mais par le biais de concours nationaux. Et ce n’est pas non plus à ce niveau que doivent être décidés les contenus enseignés ou les orientations pédagogiques, mais par des directives et des programmes nationaux. C’est enfin à une instance interne à l’Éducation nationale, où les enseignants de terrain seront pleinement représentés, qu’il appartiendra d’évaluer les effets de la politique scolaire conduite.

Réussite de tous

C’est en amont des difficultés que les fondamentaux doivent être transmis, priorité absolue de l’école primaire. Pour que tous les enfants progressent normalement dans les apprentissages, selon ce qui est exigible au niveau supérieur, il faudra renouer avec le redoublement. Enfin, et je m’y suis engagée, le collège unique devra céder la place à un collège permettant des pré-orientations, vers la voie professionnelle en particulier, en privilégiant les dispositifs d’alternance.

Formation des enseignants

Je veux une école fondée sur la transmission du savoir et sur l’autorité des enseignants. D’où l’impératif de revaloriser, notamment financièrement, leur fonction et leurs carrières, la contrepartie étant qu’ils remplissent leurs missions d’instruction. Aussi, je ne fais nullement de l’allongement de leur temps de présence une condition de cette revalorisation, qui ne doit d’ailleurs pas servir de prétexte à la diversification de leurs missions. Encore une fois, la mission d’un enseignant est d’enseigner ! Quant aux formations au numérique, aux stages en entreprise ou à l’étranger, ce sont des appuis utiles à la formation de nos jeunes, mais je le rappelle, priorité à la transmission des savoirs fondamentaux.

Téléchargez le programme et les réponses de Marine Le Pen

> Pour en savoir + : www.marine2017.fr

 

 

Les réponses d'Emmanuel Macron

Autonomie

Les chefs d’établissement disposent de trop faibles marges de manœuvre pour individualiser les parcours et adapter les enseignements à leurs élèves. Nous proposons que les programmes et les horaires consacrés à chaque discipline restent définis nationalement mais, par exemple au collège, que 20 % des heures soient véritablement rendues. Dès la rentrée scolaire 2018-2019, nous souhaitons rendre possible l’expérimentation d’une part d’autonomie de recrutement pour des établissements pilotes – volontaires –, principalement en éducation prioritaire. Tous les trois ans, chaque collège et chaque lycée bénéficiera d’un diagnostic qui embrassera l’ensemble de ses missions (enseignement, résultats et progrès des élèves, projets pédagogiques, infrastructures, etc.). Il mobilisera l’équipe de direction, conduite par le chef d’établissement, véritable chef de file du diagnostic de son établissement et responsable de la mise en œuvre des recommmandations, et l’équipe pédagogique. Les parents et les élèves seront également consultés.

Réussite de tous

Nous introduirons, au début de chaque année, des bilans personnalisés, de la grande section à la troisième, pour mesurer les progrès de chaque élève, afin que les enseignants puissent choisir les meilleurs outils pour un enseignement adapté aux besoins de chacun. Nous développerons des supports numériques et des applications adaptées pour faire évoluer les pratiques pédagogiques et les enseignants seront formés à cette fin. Nous proposerons un accompagnement après la classe pour tous les écoliers et les collégiens ; nous diviserons par deux les effectifs des classes de CP et de CE1 en REP et REP+. Les enseignants, du premier et du second degré, qui exercent en REP+ seront mieux accompagnés et recevront une prime annuelle supplémentaire de 3 000 euros net. Par ailleurs, nous n’affecterons plus aucun professeur (hors choix motivé) en zone prioritaire pendant ses 3 premières années d’enseignement. Nous lutterons contre la déperdition des savoirs scolaires en proposant des stages de remise à niveau, en fin d’été, entre le CP et la 3e. Ils seront assurés par des enseignants volontaires, qui seront rémunérés à ce titre.

Formation des enseignants

La qualité de l’enseignement prend appui sur les avancées de la recherche. Un effort important doit donc être entrepris pour le développement de la recherche en sciences cognitives, ainsi qu’en sciences et en économie de l’éducation. La recherche doit irriguer bien davantage la formation initiale et continue des enseignants. Celle-ci sera caractérisée par l’excellence académique et par la présence de praticiens, qui continuent à enseigner tout en assurant le suivi des jeunes collègues. Nous étendrons la formation en alternance dès la licence pour les étudiants qui se destinent aux métiers de l’enseignement. Et, chaque année, tout enseignant, du premier comme du second degré, bénéficiera d’au moins trois jours de formation continue adaptée aux besoins rencontrés dans sa classe – identifiés notamment grâce aux bilans personnalisés effectués par chaque élève en début d’année.

Il est essentiel d’orienter la carrière des enseignants grâce à un dialogue nourri et régulier – on ne peut se satisfaire d’un échange tous les sept ans, comme c’est le cas actuellement ! Le suivi de la carrière des enseignants doit être repensé et davantage individualisé.

Téléchargez le programme et les réponses d'Emmanuel Macron

> Pour en savoir + : https://en-marche.fr/

 

Les réponses de Jean-Luc Mélenchon

Autonomie

Laisser les chefs d'établissement choisir leurs enseignants ? Cette mesure parachèverait “l’autonomie” des établissements. Nous en constatons pourtant les échecs : aggravation des inégalités, concurrence exacerbée entre personnels, dépossession du métier d’enseignant, contrôles hiérarchiques. Elle aggraverait la précarité des personnels et serait contraire au principe d’égalité de traitement de notre projet républicain pour l’école.

Réussite de tous

En primaire, il faut donner du temps aux élèves afin qu’ils progressent à leur rythme, en particulier en maternelle où l’acquisition du langage est une priorité. Nous proposons un droit à la scolarisation dès 2 ans et l'obligation d'instruction dès 3 ans. Nous voulons recréer les postes de Rased (réseaux d’aides spécialisées aux élèves en difficulté), instaurer la règle d’un(e) Atsem par classe en maternelle, diminuer le nombre d’élèves par classe et instaurer un soutien scolaire gratuit.

Au collège, il faut permettre aux enseignants de proposer des pédagogies différenciées. Nous voulons d’ailleurs soutenir la recherche en éducation. Mais nous n’admettons pas les attitudes de renoncement, souvent préludes à un tri entre les élèves.

Formation des enseignants

La hausse du traitement des enseignants est une priorité alors que le système éducatif est confronté à une crise de recrutement. Mais cette revalorisation ne doit pas s’accompagner d’une augmentation de leur temps de présence. Il faut, au contraire, alléger leur travail des tâches bureaucratiques qui se sont accumulées pour leur permettre de se recentrer sur les dimensions scientifiques et pédagogiques de leur métier. Préparer les cours, rencontrer les parents, collaborer avec les collègues et corriger les copies les conduisent déjà à travailler bien au-delà du temps qu’ils passent en classe.

Il faut développer la formation continue, afin de permettre aux enseignants de faire face à la diversité des contextes d’apprentissages. Dans cette perspective, qu’apporteraient des stages en entreprise ? L’école doit s’affirmer comme un lieu neutre, proscrivant tout prosélytisme, y compris marchand. Nous mettrons donc fin au partenariat entre l’Éducation nationale et le Medef.

L’usage des nouvelles technologies s’inscrit, lui, dans une démarche pédagogique mais gare à l’illusion techniciste. L’école doit aussi éduquer à la déconnexion. La formation des enseignants doit s’organiser autour de l’usage des logiciels libres, sans être sous-traitée à des entreprises privées.

> Téléchargez le programme et les réponses de Jean-Luc Mélenchon

> Pour en savoir + : www.jlm2017.fr/