Les troubles du langage oral et écrit

Les troubles "dys" concerneraient entre 6 et 8% de la population. Et dans une classe d'âge, 5% seraient dyslexiques et 2% dysphasiques. Et bien que l'on parle de plus en plus de ces troubles, notamment ceux du langage oral et écrit, ils restent trop souvent méconnus, et surtout incompris, même par les acteurs de l'éducation. Le point sur ce qu'ils recouvrent et nos conseils pour aider les enfants atteints de ces troubles à avancer sereinement dans leur scolarité.

Les troubles dys, c’est quoi ?

Les réponses d'Alain Pouhet, médecin de rééducation fonctionnelle au CHU de Poitiers

Qu’est-ce que la dyslexie ?

Trouble de la reconnaissance des mots, lié à un défaut de connexion des neurones, qui entraîne une confusion dans les sons de b/p, t/d, ch/j… (spectacle/pestacle)…

> Quels conseils donnez-vous aux parents pour aider leurs enfants ? Je préconise la lecture à deux voix : le parent débute l’histoire, l’enfant la poursuit. Ça peut être un mot (au début), puis une phrase chacun. En évitant de soumettre à l’enfant des mots compliqués.

Qu’est-ce que la dysorthographie ?

Un trouble lié à l’apprentissage de l’orthographe, qui souvent, mais pas toujours, est lié à la dyslexie. Adulte, cela perdure. On ne parvient pas à assimiler les règles orthographiques.

> Quels conseils pour contourner ce problème ? La reconnaissance vocale est un fabuleux outil, de même que le logiciel Prolexis de correction orthographique immédiate. On peut aussi invoquer la tolérance de la part des enseignants. Il n’y a pas d’autre solution.

Qu’est-ce que la dysphasie ?

Trouble de l’acquisition du langage oral. L’enfant ne parvient pas à identifier les briques élémentaires : sons, syntaxe, vocabulaire. Il parle peu, mal, utilise les verbes à l’infinitif et “zappe” les mots de liaison logique (et, or, donc…).

> Quels conseils à la maison ? Je préconise la langue des signes (qui est de plus en plus adaptée aux entendants : voir le nombre de livres sur le sujet). Cela ne fera que faciliter l’apprentissage de la langue orale.

Qu’est-ce que la dyscalculie ?

Difficulté à reconnaître les nombres poser les opérations, à retenir les tables de multiplication…

> Quelles solutions ? On l’aide à décortiquer finement l’énoncé du problème de maths, donc à raisonner : que cherche-t-on ici ? Combien y a-t-il de feuilles, etc. On retrouve un vieux boulier pour l’aider à compter et, en famille, je préconise les jeux de plateau : jeu de l’oie, jeu des petits chevaux, et, excellent, le Uno !

Des outils pour aller plus loin

> Des associations

• FFdys – Fédération française des Dys.
www.ffdys.com

• ANAPEDYS France – Association nationale des associations de parents d’enfants dyslexiques
www.apedys.org

• Apeda France - Association Française de Parents d’Enfants et d’Adultes en Difficulté d’Apprentissage du langage écrit et oral
www.apeda-france.com

• AAD France - Avenir dysphasie
www.dysphasie.org 

• Fédération des APAJH Association Pour Adultes et Jeunes Handicapés
www.apajh.org

> Des ouvrages

Les troubles dys de l’APAJH, un livret destiné aux parents, enseignants et professionnels de santé qui propose des solutions concrètes pour favoriser l’apprentissage en milieu scolaire.
www.apajf.org

Aide aux Dys : concrètement que faire? Christophe Chauché, Éditions Tom Pousse, juin 2017.

• Comment expliquer la dysphasie aux enfants ?  Christophe Chauché, éditions Tom Pousse, 2013

• Le tiroir coincé. Comment expliquer la dyslexie aux enfants ?, Anne-Marie Montarnal, Éditions Tom Pousse, 2011.

À la maison, aider son enfant

Rencontre avec Cécile, mère de David, 26 ans, dyslexique et dysorthographique, qui vient d’être embauché comme responsable commercial international.

Les aides à la maison pour l’aider dans sa scolarité

En calcul, j’ai utilisé le jeu, en écrivant sur des planchettes de bois (style Kapla) les chiffres (de 50 à 100), que David devait lire.  Comme David a une intelligence kinesthésique, et que le fait de bouger l’aidait à apprendre et mémoriser, je l’ai toujours laissé tournicoter autour de la table pendant les devoirs. L’été, nous remplacions le cahier de vacances par le cahier de vie, sur lequel il collait les billets d’entrée au zoo, musée… et qu’il complétait avec des dessins, et trois ou quatre phrases par jour. À chaque rentrée, j’allais voir les enseignants dès les premiers jours pour leur déconseiller de lui supprimer la récré…

Étudiant, a-t-il eu besoin d’une aide spécifique ? 

David a toujours compté sur ma relecture, y compris de ses rapports de stage de 40 pages ! Mais depuis que la technologie a avancé, il rédige (y compris ses mails) grâce à la reconnaissance vocale.

ADAPTER LES APPRENTISSAGES

Rencontre avec FERNANDE BOUTHEMY, enseignante spécialisée dans les troubles de l’apprentissage.

Quels aménagements mettez-vous en place pour aider les élèves dys ?

Je favorise les situations d’apprentissage sollicitant leurs sens. Pour la grammaire, je dispose de jetons de couleurs (ortho édition) qui les aident à distinguer les adjectifs, les verbes, etc. Je réduis considérablement le texte des dictées, en leur fournissant une grille de relecture : Je vérifie l’accord du groupe nominal, verbal... Très utile également l’évocation mentale : on revient sur ce qui nous a aidés à apprendre, ce qui permet d'échanger des stratégies de réussite. Enfin, je leur enseigne à prendre des notes avec les cartes mentales ou mindmapping : on place le sujet au milieu de la feuille, et on fait partir des branches à droite, à gauche. On y a ajoute des couleurs et des pictogrammes.

En quoi est-ce profitable à tous ?

Le mindmapping est un outil idéal pour préparer un exposé : d’un seul coup d’œil, on visualise l’ensemble du discours. De façon générale, tous les élèves auraient intérêt à travailler ainsi, surtout pour les révisions du bac ! Écouter ou chanter un cours pour le mémoriser avec son casque, bouger pour mieux apprendre (l’intelligence kinesthésique)… L’avenir des apprentissages passe par la sollicitation des intelligences multiples.

L’avis de l’Apel

L'Apel a mis en place un groupe de travail sur la maîtrise de la langue chez le jeune enfant pour sensibiliser les parents, dont le rôle est fondamental dans le développement du langage. L'Apel est particulièrement attentive à la prévention des troubles du langage et à l'accompagnement des enfants qui ont des difficultés d'apprentissage de la langue orale et écrite. Encourageons-les là où ils réussissent pour qu'ils gardent confiance en eux.

Virgnie Texier, membre du Bureau national de l'Apel.

CE SONT LES DYS QUI EN PARLENT LE MIEUX

Témoignage de CHRISTOPHE CHAUCHE, comptable, multidys (dyslexique, dysorthographique, dysphasique, dyspraxique)

« Ma dysphasie a été prise en charge par une orthophoniste (de 6 à 12 ans), avec une longue pause de 4 ans (merci à mes parents !) car je souffrais d’“orthophonite aiguë”. En classe dès le CP-CE1, les enseignants me préparaient un questionnaire ou un schéma, qui m’aidait à repérer le sujet, le verbe… Très utile avant toute analyse de texte ! Pour m’aider à retenir l’histoire, j’ai vu beaucoup de films classiques. Pour m’aider à prononcer, j’ai regardé les sketches de Raymond Devos : rien de mieux que les jeux de mots pour exercer son oreille et domestiquer les sons. Enfin, mes parents m’ont très souvent emmené sur des sites historiques : les châteaux, le musée du débarquement, etc. L’apprentissage est difficile : rien ne vaut le ludique ! »

Au collège, je prenais mes notes au brouillon sur des feuilles volantes avant de les recopier au propre à la maison sur mon cahier. J’ai beaucoup surligné, en utilisant différentes couleurs : une bonne façon de simplifier et de mémoriser. Les mutlidys qui ont une bonne mémoire visuelle ont tout intérêt à l’utiliser. Pour préparer mon BEP de compta, puis mon bac pro, l’ordinateur m’a sauvé – en particulier le logiciel de correction instantanée Orthodys. Encore aujourd’hui avant une intervention orale, un peu de relaxation m’aide à mieux m’exprimer. »

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