L'accueil de tous se vit tous les jours à l'Institution Notre-Dame

À l’Institution Notre-Dame, à Sannois (95), accompagner les enfants en situation de handicap est une préoccupation de chaque instant. De la maternelle au lycée, rencontre avec tous les acteurs de l’inclusion scolaire : direction, enseignants, auxiliaires de vie scolaire et bien sûr les élèves.

Yohan, un petit garçon qui souffre de troubles envahissants du développement (TED) inscrit en maternelle, n’arrive qu’à 10 heures après son rendez-vous chez l’orthophoniste. Clara*, autiste, en CE1, passe une après-midi par semaine avec un maître G, un enseignant chargé d’aides spécialisées à dominante rééducative. D’autres élèves ont une grande fatigabilité due à leur handicap. Comme Maxime, myopathe, en 3e, qui ne suit pas les cours qu’il n’aura plus en 2nd (la techno, la musique, le dessin), ou Chloé, dyspraxique visuo-spatiale, qui n’avait ni maths ni sciences en 2nd, car elle se destinait à la filière littéraire.

À l’Institution Notre-Dame, à Sannois (95), de la maternelle au lycée, l’inclusion scolaire n’est pas seulement une formule. C’est le fruit d’une longue réflexion, d’attentions de tous les instants et d’un travail de préparation. « J’ai envie que les enfants en situation de handicap ou à besoins éducatifs particuliers aient leur chance comme tous les autres enfants », plaide Fabienne Zuin, chef d’établissement du 1er degré. Une volonté partagée par Caroline Isoard, responsable du 2nd degré. « Notre établissement est sous tutelle congréganiste (Sainte-Famille). Il porte dans son projet éducatif l’accueil des plus pauvres et des plus petits. Nous sommes là au cœur de notre mission », précise Fabienne Zuin.

Un travail en amont

Un élève en situation de handicap qui arrive le jour de la rentrée est attendu, son dossier est déjà bien rempli et son emploi du temps a été aménagé. Au collège, Patrice Félizardo est professeur principal (EPS) de l'une des classes où se trouve un élève en situation de handicap. Grâce aux informations récoltées auprès de l’enseignant référent, des parents et des autres partenaires, il établit une feuille de route. « Il ne s’agit pas seulement de noter ce que l’élève ne sait pas faire, mais aussi ce qu’il est capable d’accomplir en autonomie, explique-t-il. Nous pouvons alors proposer un PPS (projet personnalisé de scolarisation) avec des solutions très concrètes à mettre en place, en classe et lors des évaluations. Ce projet est toujours discuté avec les familles. »

L’inclusion demande une disponibilité et une attention permanente. « Pour tel élève dyspraxique, nous avons décidé qu’il n’aurait pas de classeur, mais un cahier avec des pastilles. Sinon il ne s’en sortait pas », témoigne Emmanuelle Dalmau-Rocton, adjointe de direction du 2nd degré. « Lors des réunions de suivi éducatif, nous réajustons, nous aménageons, car l’inclusion c’est considérer chaque cas particulier et trouver une réponse. Le dialogue à ce moment-là est primordial. »

ET MAXENCE FAIT DU SPORT

Maxence se déplace en fauteuil roulant et ne peut marcher que quelques mètres. Et pourtant il suit les cours de sport. « Le sport en lui-même ou le niveau ne nous intéresse pas. Ce qui nous intéresse, c’est de développer des compétences motrices », explique Patrice Félizardo, professeur d'EPS. Pour le brevet, Maxence a fait du demi-fond, du cirque (de la manipulation) et du tennis de table (en équilibre sur la table, avec des planches en bois de chaque côté et un aménagement de la règle).

L’épreuve de demi-fond a été adaptée en fonction des capacités de Maxence. L’objectif et les compétences attendues sont de réaliser la meilleure performance possible pendant 12 à 15 minutes, maîtriser différentes allures proches de ses capacités cardio-pulmonaires, établir un projet de performance, etc. Que Maxence ne “court” que 20 mètres, 60 ou 120, ne compte pas dans l’évaluation. Pour Patrice Félizardo, l’essence même de la discipline sportive, c’est l’aménagement... « Il y a toujours des élèves en surpoids, d’autres qui sont très forts ou petits, etc. Les différences de niveaux sont telles dans une classe que c’est dans le cœur de notre métier d’aménager... » 

Des aménagements constants

Les réponses pédagogiques différenciées demandent aux enseignants de préparer les leçons et les cours avec souplesse et créativité. « On bricole, on recherche, on adapte, et cela sert évidemment aussi les autres élèves ! », confient Benjamin Motteux, enseignant en CE1, et Cristina Brandao, en CP. « Ces élèves sont différents, mais il n’y en a pas deux pareils ! Il est donc impossible d’avoir une réponse globale», précise-t-elle. Alors, cette année, pour pouvoir communiquer avec Atéa, petite fille trisomique, qui passe en moyenne section, les enseignants vont apprendre la langue des signes.

Les auxiliaires de vie scolaire (AVS) sont essentiels dans les dispositif. «Sans elles, cela ne serait pas possible », assure Cristina Brandao. « Nous avons la chance d’avoir des AVS stables dans notre établissement», confirme Emmanuelle Dalmau-Rocton. Entre bienveillance et fermeté, elles sont à côté des élèves pour les accompagner dans les apprentissages.

Et parfois davantage. Orlane, AVS de Maxime et Maxence, deux collégiens myopathes, aide Maxime à la cantine, pour porter son cartable. En cours, elle lui donne le stylo, sort le cahier de texte, ouvre la page. « Je suis là pour les assister. Je ne les materne pas. » Mais si l’un décroche, Orlane est là. 

« Ce sont nos AVS junior ! »

Dans la salle de classe, leur présence se remarque à peine. Parmi les élèves : il y a celle qui dessine, celui qui rechigne, celle qui rêve, ceux qui bavardent et puis ces deux-là, au premier rang par nécessité et ravis d’être là. Maxence et Maxime ont un groupe de très bons copains. Entre eux, les vannes fusent. « Ce sont nos AVS junior !» lance Maxime en parlant d’Alexis, Henri, Sara… Aux heures de pointe, ils savent faire de la place pour les élèves en fauteuil. Charlotte, qui est assise à côté de Clara, l’aide parfois, mais comme elle aiderait « n’importe quel autre camarade » !

En début d’année, Patrice Félizardo ne parle pas de l’enfant handicapé dès le premier jour. « Je présente l’AVS, mais j’annonce aux élèves que nous en parlerons après, explique-t-il. Puis, au bout d’une semaine, lors de la première heure de vie de classe, nous prenons le temps de la présentation et celui des questions et réponses. L’inclusion se fait ensuite de façon naturelle. » 

CHLOE SE TRACE UN AVENIR

Le parcours scolaire de Chloé est jalonné d’obstacles et de mauvais souvenirs... Au CP, la veille de Noël, la maîtresse l’oblige à lire debout dans la classe. Sinon pas de chocolat. Chloé n’en a pas eu. Plus tard, elle sera diagnostiquée dyspraxique visuo-spatial. Un dysfonctionnement neuropsychologique qui trouble sa perception de l’espace et à cause duquel elle a du mal à lire, écrire, dessiner.

Quand, en 6e, elle est aidée d’un ordinateur et d'une auxiliaire de vie scolaire, Anne-Marie, les autres élèves ont été injustes : « C’est parce que tu es la fille de la directrice, et puis tu ne fais rien, et puis cette dame avec toi te donne les réponses… » Chloé s’en amuserait presque aujourd’hui : « Quand ils ont vu que même avec Anne-Marie, j’avais des mauvaises notes, ça s’est tassé... »

Chloé a tenu bon. Anne-Marie était là, au fil des années, pour l’épauler et lui montrer ce dont elle était capable. « C’est terrible, car, pour elle, l’école ce sont des efforts constants, un emploi du temps chargé avec tous les rendez-vous chez les spécialistes, mais c’est transparent pour les enseignants et les autres élèves. » Aujourd’hui, son bac L en poche, mention assez bien, elle est inscrite dans une école d’art…

« Les liens sociaux sont fondamentaux »

C’est pour que Marc apprenne à être avec les autres que ses parents l’ont inscrit à l’Institution Notre-Dame. «Notre fils est autiste Asperger, il a tendance à s’enfermer dans sa coquille. Or les professeurs veillent à l’impliquer dans les travaux de groupe. Et quand il parle de sa classe, il fait vraiment partie du groupe, se réjouit Mme Verrier. Pour nous, c’est une chance de pouvoir avancer ainsi avec notre enfant, lui permettre de s’ouvrir. Les liens sociaux sont fondamentaux ! »

Alors, en 2012, quand l’Institution Notre-Dame débute des travaux de rénovation, l’installation d’un ascenseur pour les élèves à mobilité réduite est une évidence. « Nous ne pouvions pas nous contenter de dire que les élèves à mobilité réduite auront classe au rez-de-chaussée, dit Maria Tannous, Adjointe de vie scolaire. Sinon on leur interdisait l’accès à de nombreuses salles et on les stigmatisait comme des élèves différents. »

Pour Fabienne Zuin, les choses sont finalement assez simples. « Nous n’avons pas l’impression d’être pilotes quant à l’accueil et l’inclusion d’enfants handicapés, glisse-t-elle dans un sourire. Nous y croyons. Et nous le faisons, c’est tout. » 

Claire Alméras

Ajouter un commentaire

Les champs marqués d’un * sont obligatoires :

Image CAPTCHA pour prévenir l'utilisation abusive Si vous ne pouvez lire toutes les lettres ou chiffres, cliquez ici.


Les réactions à cet article (0 commentaire)

    Soyez le premier à laisser un commentaire.

Voir plus de commentaires