Réussir ses premiers pas à l'université

Rien ne sert de courir, il faut partir à point... C’est à l’heure de la rentrée que Jean de la Fontaine prend tout son sens, et plus particulièrement dans l’enseignement supérieur. Petit abécédaire pour réussir cette transition pas toujours si facile pour les jeunes et leurs parents. 

A comme accueil

Une chose élémentaire pour commencer : ne pas rater le jour J ! L’omission est suffisamment fréquente pour que l’université de Nantes prévienne sur sa page d’accueil que « la rentrée est fin août ou début septembre ». Or, « être présent dès le premier jour est essentiel », rebondit Béatrice Langlois, conseillère d’orientation au CIO Médiacom, à Paris. Pour elle, les semaines d’accueil désormais organisées dans la plupart des universités sont très précieuses : « On ne doit manquer sous aucun pré- texte les visites guidées de tous les services qu’offre son établissement.» C’est là que l’on découvre les aides et soutiens dont on pourra bénéficier, que l’on comprend ce qu’est un enseignant référent, quel tutorat est mis en place et qui peut y prétendre. Le parent, lui, n’est pas convié, mais rien ne l’empêche de consulter le site pour voir l’étendue des dispositifs offerts, com- prendre à quoi sert chacun d’entre eux et pouvoir en discuter ensuite avec son enfant. 

B comme budget

La première rentrée dans le supérieur va souvent de pair avec la gestion d’un budget. Marie-Charlotte Clerf, coach parentale, conseille de l’établir avec le jeune. En cas de déficit, le parent peut combler le premier mois, en précisant que s’il recommence, il devra l’équilibrer lui-même. « S’il n’y parvient pas, il faut rediscuter, passer ensemble au crible les dépenses, l’inciter à trouver quelques heures de travail peut-être », complète-t-elle. Mais ce sera moins de 15 heures hebdomadaires pour ne pas mettre en péril ses études. 

C comme confiance

Le jeune étudiant est compliqué. Il a besoin d’une aide, mais la refuse au nom de son passage à l’âge adulte, alors qu’au fond de lui-même, il ne veut pas être abandonné. Tout l’art parental est de trouver la bonne présence. « Pour cela, il n’y a pas de secret. Il faut avoir tissé avant un vrai lien de confiance et l’entretenir, rappelle Sandrine Le Vient, coach en accompagnement scolaire et universitaire. Le parent doit être à la fois cadrant et suffisamment bienveillant pour que le jeune étudiant expose ses angoisses. » « En fait, il faut trouver un positionnement qui n’est ni dans le contrôle ni dans l’abandon, précise Marie-Charlotte Clerf, coach parentale. Alors évidemment, on n’appelle pas tous les jours, mais de temps en temps on laisse un message “Une petite pensée pour toi. Tu me racontes ?”, cela marque une présence bienveillante, sans être intrusif », explique-t-elle. 

N comme nouveauté

Une première rentrée à l’université est difficile pour l’étudiant, certes, mais aussi pour les parents, qui vont devoir s’adapter. « L’ex-lycéen arrive à l’université sans représentation. Il entre dans un univers nouveau où il doit trouver ses marques. Il est angoissé de ce changement et aura besoin d’un regard bienveillant sur lui », rappelle la coach Sandrine Le Vient. Dans cette période charnière, une nouvelle relation va s’instaurer, à distance parfois, si l’université est éloignée du domicile. 

P comme présence

Evidemment, une absence en amphithéâtre passe inaperçue... mais « le parent doit bien rappeler que la présence en cours est la règle parce qu’on apprend toujours plus ainsi qu’en lisant un cours pris par une autre personne », rappelle la conseillère d’orientation Béatrice Langlois. 

S comme socialisation

Il faut sortir de ses préjugés... le temps passé à la cafétéria n’est pas un temps vide, surtout en début d’année. « Pour que le nouvel étudiant se sente bien dans son établissement, il faut qu’il y ait des amis, rappelle la coach Sandrine Le Vient. Il peut aussi miser sur la vie associative des universités qui est importante et permet de s’inscrire dans une communauté, ce qui aidera au travail ensuite. » 

R comme réorientation

Laissez assez d’espace à votre enfant pour qu’il ose vous parler s’il pense s’être trompé d’orientation. « C’est fréquent et mieux vaut l’aider à se saisir d’une passerelle qu’attendre trop longtemps », insiste la coach Marie- Charlotte Clerf, qui vient d’aider un étudiant en 4e année de droit qui a tout abandonné, refusant même de passer ses examens parce que ce n’était pas sa voie. Pour éviter une telle impasse, il faut savoir écouter son enfant, interpréter ce qu’il ne dit pas... Béatrice Langlois, conseillère d’orientation, ajoute qu’« un étudiant qui ne se sent pas bien à l’université au bout de deux mois doit voir très vite le service universitaire d’orientation (SCUIO), parce que les passerelles sont de plus en plus nombreuses en cours d’année ». 

T comme temps universitaire

Une année universitaire n’est pas scandée par les conseils de classe ou les bulletins de notes ! « Le rythme de l’enseignement supérieur est de deux périodes annuelles construites sur une séquence de cours, des révisions, des partiels et des vacances, prévient Sandrine Le Vient. Il faut se plier à cette cadence et commencer à travailler tout de suite. » Si l’absence d’échéance proche laisse penser à l’étudiant qu’il pourra toujours rattraper, « c’est une illusion », ajoute-t-elle. Son travail avec des étudiants qui décrochent, faute d’avoir un minimum d’organisation l’amène aujourd’hui à proposer à tous l’usage d’un semainier. « On note tout dessus, ses heures de cours, de travail personnel, les heures de vie sociale à l’université, mais aussi celles qui sont consacrées au sport ou au petit job qu’on fait à côté. Ce planning doit être exigeant mais on doit s’y tenir, c’est un contrat passé avec soi-même », insiste la coach. « Il faut souvent quelques ajustements avant de trouver le bon équilibre, mais, bien construit, c’est un outil très efficace. »

Ermance Musset