Vers une école inclusive

Loi sociétale qui dépasse largement le cadre scolaire, la loi de 2005 favorise l’inclusion scolaire des élèves en situation de handicap et les rend maîtres de leur destin. Se dessinent alors les contours d’une société inclusive où le savoir est accessible à tous. Un l’espoir pour les familles et ces jeunes aux parcours souvent douloureux, malgré des réalités contrastées sur le terrain.  

Un texte de loi peut changer beaucoup de choses. Celui de la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées a révolutionné les possibilités de scolarisation des élèves en situation de handicap. Depuis un peu plus de 10 ans, avec retard sur certains autres pays européens, l’école française a accompli une mue étonnante pour un système scolaire que l’on qualifie souvent de figé, normé et sélectif. Aujourd’hui, l’inscription d’un jeune en situation de handicap, quel que soit son niveau scolaire, ne peut plus en principe être refusée. Le droit à l’éducation pour tous les enfants, quel que soit leur handicap, est devenu un droit fondamental et la loi du 8 juillet 2013 sur la refondation de l’école met en valeur, pour la première fois, le principe d’inclusion scolaire.

Accueillir les enfants à besoins éducatifs particuliers est une priorité au sein de l’Apel. Au travers du service Information Conseil aux Familles (ICF) et en lien avec les directions diocésaines, nous apportons notre aide et notre soutien aux jeunes en situation de handicap et à leur famille. Il s’agit de trouver collectivement des réponses adaptées pour favoriser les apprentissages et la socialisation de l’enfant. Les avancées des neurosciences, les pédagogies différenciées, l’utilisation du numérique sont autant de solutions pour accompagner les jeunes porteurs de handicaps, favoriser la construction de leur parcours scolaire et réussir leur inclusion dans notre société. »

Catherine Romuald , membre du Bureau national de l’Apel

Mettre l’élève au cœur de l’environnement scolaire

Ces avancées législatives ont fait tomber bien des tabous. On parle ainsi de difficulté ordinaire qui peut surgir à tout moment du parcours scolaire et d’élèves à besoins éducatifs particuliers, qui demandent précisément une attention particulière. Cela concerne à la fois les handicaps physiques, sensoriels ou mentaux, les grandes difficultés d’apprentissage et/ou d’adaptation, mais aussi les publics particuliers comme les enfants à haut potentiel, les enfants malades, les mineurs en milieu carcéral, les élèves non francophones ou les enfants du voyage. Les troubles spécifiques du langage (dysphasie, dyslexie) sont également reconnus. Mais quel que soit le diagnostic posé, le rôle des enseignants est principalement de mettre en place un accompagnement personnalisé, en évaluant les besoins de l’élève et en y répondant au mieux. L’approche n’est plus médicale mais environnementale. Ce n’est pas à l’enfant de faire ses preuves pour rejoindre un établissement mais à celui-ci de s’adapter.

Les réponses de l'Enseignement catholique

L’Enseignement catholique n’a pas attendu la Loi de 2005 pour trouver des réponses scolaires adaptées aux besoins éducatifs particuliers. Le projet même de l’Enseignement catholique (EC) est fondé sur un accueil de tous, quels que soient son profil, son histoire, sa différence. Cependant depuis 7 ans, le SGEC (Secrétariat général de l’Enseignement catholique) aide à la mise en place de nouveaux dispositifs et accompagne le changement de culture induit par la loi. En tout plus de 400 Ulis école, collège et lycée ont vu le jour. À cela s’ajoute toutes les inclusions individuelles, signe que la scolarisation de ces élèves progresse fortement. Le 10 novembre prochain au conseil économique et social, l’EC présentera un bilan complet de ces actions en faveur de cette loi et mettra en avant les pratiques d’inclusion vécues dans les territoires comme porteuse d’une école plus équitable. Pour aller encore plus loin, des outils pédagogiques et éducatifs sous la forme d’un objet transmédia (petits films en ligne, exposition itinérante de photos et livre de recueil de paroles) seront élaborés au cours du projet Solida’Rio. Ces productions seront à disposition de tous les établissements et de l'Apel. L’école inclusive est une responsabilité collective.

Françoise Maine,
responsable Besoins éducatifs particuliers au SGEC

Les structures d’inclusion sont maintenant en place

Quels sont les principaux changements ? Sur le terrain, si les réalités sont différentes selon les établissements, leur culture, l’environnement économique et social, de nombreux dispositifs et parcours ont vu le jour, qui renforcent le suivi de la prise en charge, la coopération avec les familles et l’inclusion ordinaire (voir schéma ci-contre). L’existence des MDPH (maisons départementales des personnes handicapées), saisies par les parents ou un professionnel, constitue sans nul doute, un changement de poids dans la continuité des prises en charge et la construction d’un projet personnalisé de scolarisation. Les Ulis école, collège, lycée (unités localisées pour l’inclusion scolaire) ont, quant à elles, remplacé les anciennes Clis et Ulis et sont devenues des dispositifs de scolarisation et d’inclusion. Selon les besoins et le rythme de chacun, l’enseignement y est adapté. Ainsi, un élève aura la possibilité de suivre, au sein de son établissement, certains cours en Ulis et de rejoindre à d’autres moments sa classe ordinaire. Autre dispositif : des Unités d’enseignement (UE) ont été créées. Elles sont animées par des équipes pédagogiques, qui sont là où les jeunes ont besoin d’eux (hôpitaux, IME, IM pro ou établissements scolaires) et permettent des parcours individualisés. Depuis la rentrée 2014, 60 unités d’enseignement en maternelle ont été créées, dans le cadre du plan autisme 2013-2017, et ont permis de scolariser 420 enfants ayant des troubles du spectre autistique (TSA). 50 nouvelles UE en maternelle sont programmées pour la rentrée 2016-2017.

Malgré de grandes avancées, il reste beaucoup à faire

Dix ans après la loi, le nombre de jeunes en situation de handicap scolarisés en milieu ordinaire a plus que doublé, avec plus de 260 000 élèves(1). Dans l’enseignement catholique, 24 % de postes supplémentaires ont été créés pour des dispositifs à besoins particuliers, 14 % pour des Segpa, et 24 % également pour des Ulis école, collège et lycée(2). Les avancées sont réelles mais il reste encore beaucoup de chemin à faire pour qu’aucun jeune ne se retrouve sans solution scolaire. Pour des projets formidablement humains combien de portes d’établissements se ferment encore au risque de ne pas respecter la loi. Manque de moyens ? Manque de places ? Manque de formation des enseignants ? En 2015, un rapport du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) pointait de nombreuses disparités. Ainsi, un taux de scolarisation en milieu ordinaire qui décroit avec l’âge. De 100 % au primaire, on passe à 70 % au collège, à 40 % au lycée et seulement 20 % au-delà de 18 ans. 6 % des jeunes handicapés de 20-24 ans ont un diplôme du supérieur contre 30 % de la population. L’accessibilité des bâtiments scolaires et l’accessibilité numérique sont également en cause. « La France demeure encore au milieu du gué, hésitant dans la mise en œuvre réelle de cette école inclusive », reconnaît Nathalie Mons, présidente du Cnesco. Mais il y a de nombreux frémissements pour une école qui ne doit pas craindre de diversifier ses pratiques et de personnaliser les parcours. Une école inclusive qui saura mieux faire réussir tous les élèves.

    
Sylvie Bocquet, en collaboration avec Marie-Odile Plançon, responsable du secteur école au département éducation du Sgec. 


(1) 53 % des enfants handicapés sont scolarisés e classe ordinaire, 24 % en classe spécialisée, 21 % en établissement spécialisé (Cnesco).

(2) chiffres clés de l’Enseignement catholique 2015-2016.  

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