Devenir enseignant dans l'Enseignement catholique

À contre-courant d’un contexte marqué par une pénurie de candidats et une baisse du niveau d’exigence aux examens, l’évolution de la formation au métier d’enseignant renforce l’exigence universitaire et tente de concilier la théorie et la pratique. Au sein des ISFEC (Instituts supérieurs de formation de l’enseignement catholique), les futurs enseignants ont expérimenté plutôt positivement la réforme. Elle est également bien accueillie du côté des chefs d’établissement qui voient là une opportunité de revaloriser le métier d’enseignant. Plusieurs directeurs d’ISFEC nous expliquent ce qui a changé. 

Dans l’enseignement catholique, les ISFEC (Instituts supérieurs de formation de l’enseignement catholique) forment désormais les enseignants du premier et du second degrés (voies générales, technologiques et professionnelles). Ce sont 26 entités autonomes qui correspondent à des réalités et des territoires différents selon les besoins de formation et l’histoire de l’enseignement catholique local. Ils sont adossés à l’un des cinq Instituts universitaires catholiques (Angers, Lille, Lyon, Paris et Toulouse).

Une formation qui allie la théorie à la pratique

Quelle est la formation en Isfec ? Pour faciliter l’entrée dans le métier d’enseignant, les universités catholiques et les ISFEC recommandaient déjà aux étudiants, dès 2009, l’inscription à un master MEEF (Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation). Cette formation comprend à la fois des enseignements disciplinaires et un tronc commun aux futurs enseignants du 1er et du 2nd degrés, qui porte sur des thématiques professionnelles qu’il est important de travailler ensemble : l’école inclusive, le socle commun des connaissances, les différents processus d’apprentissage des élèves, l’évaluation par la réussite et non par l’échec, la relation avec les parents d’élèves… Les deux années de master intègrent progressivement une part de plus en plus importante de pratique professionnelle, depuis les stages d’observation et de pratique en Master1 jusqu’à une alternance entre des cours et un exercice professionnel à mi-temps en Master 2 (voir schéma ci -dessous).

Comment devenir enseignant dans l'Enseignement catholique

Cette réforme de la formation contenue dans la loi de refondation de l’école répond bien à nos attentes  »

Yann Diraison , Délégué général du département des ressources humaines du SGEC (Secrétariat général de l’enseignement catholique

Depuis deux ans, le système de formation des enseignants accomplit donc sa mue, mis au défi d’articuler théorie et pratique. Sophie Genès, directrice de l’ISFEC Île-de-France, souligne la richesse de la réforme et insiste sur la nécessité de dépasser les antagonismes qui existent encore entre la culture universitaire, celle de la formation et celle de l’alternance : « Il n’y a pas le faire d’un côté et la théorie de l’autre. L’étudiant se spécialise en classe et élargit sa vision en centre de formation. Chacun doit trouver sa place pour inventer une histoire commune qui permettra de développer une logique de complémentarité plutôt que de juxtaposition ». Pour Bruno Peluau, directeur de l’ISFEC d’Angers/IFUCOM, cette nouvelle approche est fondamentalement intéressante : « En M2, par exemple, on part de la pratique des étudiants que l’on prend le temps d’analyser et l’on y apporte les éléments théoriques nécessaires et non l’inverse ». Une rencontre de la pensée et de l’action qui est inscrite dans les gênes de cet ISFEC implanté au sein de l’Université catholique de l’Ouest (UCO) et dont les fondateurs ont toujours associé la recherche universitaire et la pratique. Ainsi, la proximité du laboratoire de Pascale Toscani, docteur en psychologie cognitive et enseignante à l’ISFEC permet aux étudiants, entre autres apports, de bénéficier de celui des neurosciences appliquées aux apprentissages et d’acquérir ainsi des connaissances sur la façon dont le cerveau apprend.

Il faut laisser une place à la collégialité et à la diversité. Nous accueillons d'ailleurs en formation de plus en plus de publics d'âges et d'horizons différents et notamment des personnes en reconversion professionnelle, ces promotions mixtes sont très enrichissantes »

Marie-Christine Calleri , Directrice de l'ISFEC Saint-Cassien (région PACA et Corse)

Des étudiants aux profils variés

« L’établissement devient également un lieu de formation, précise David Meschino, adjoint de direction, à l’ISFEC Île-de-France. Il est indispensable de tenir compte de ce qui se vit sur les deux terrains et de les rendre plus poreux en organisant, par exemple, des rencontres entre les étudiants stagiaires, leurs tuteurs (en centre de formation et au sein de l’établissement) et le chef d’établissement. » L’an dernier, la direction diocésaine du Maine et Loire a organisé une rencontre entre les chefs d’établissement et les chefs d’entreprise du département. L’occasion pour ces derniers d’expliquer comment ils accueillent et accompagnent leurs apprentis. Des échanges, des confrontations qui feront sans doute évoluer les profils des enseignants de demain. D’où l’importance de donner une chance à l’interdisciplinarité et plusieurs méthodes de travail aux futurs enseignants. « L’enseignant enfermé à double tour dans sa salle de classe, cela ne fonctionne pas », insiste Sophie Genès. À la tête de l’ISFEC Saint-Cassien qui couvre la région PACA et la Corse, Marie-Christine Calleri partage ce point de vue. « Il faut laisser une place à la collégialité et à la diversité. Nous accueillons d’ailleurs en formation de plus en plus de publics d’âges et d’horizons différents et notamment des personnes en reconversion professionnelle, ces promotions mixtes sont très enrichissantes. Ne nous privons pas de l’hétérogénéité. »

Une formation exigeante qui valide un master 2

Effectuer un stage de pratique accompagnée dès l’année de M1, résister à la pression du concours, être un bon professionnel en M2, la moitié du temps en formation et l’autre moitié en poste dans un établissement (avec un double statut d’étudiant et de professeur stagiaire rémunéré), sans oublier la préparation du mémoire qui validera le diplôme universitaire… le parcours n’est-il pas trop exigeant ? « Les étudiants et les professeurs stagiaires doivent effectivement faire face à un volume de travail très important, reconnaît Sophie Genès. Il faut souligner leur courage et leur engagement.» Mais les abandons en cours de route sont rares. Les étudiants ont le sentiment de réaliser un choix. « Il faut promouvoir le métier d’enseignant, souligne Marie-Christine Calleri. Autrefois, le parcours pour devenir enseignant durait 5 ans et l’étudiant n’obtenait qu’une licence. Aujourd’hui, il obtient un master, ce qui est une véritable reconnaissance.» Pour Marie-Christine Calleri, il ne suffit pas d’aimer transmettre pour être un bon enseignant, c’est une vraie profession qui s’apprend. « Un métier où rien n’est gratuit et où le regard porté sur l’élève est animé par ses propres convictions sur l’être humain », ajoute Sophie Genès. Enseigner, c’est donc conjuguer l’éthique, la théorie et la pratique.

Sylvie Bocquet 

La réforme de la formation des enseignants : les 3 dates clés

  • Le 30 septembre 2008, lorsque Xavier Darcos, alors ministre de l’Éducation nationale et Valérie Pécresse, ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, lançaient la “mastérisation” de la formation des maîtres : les enseignants passaient le concours à l’issue de cinq années d’études universitaires.
  • Dès la session 2010 des concours, cette réforme a commencé à s’appliquer, dans l’enseignement public comme dans l’Enseignement catholique. 
  • En 2013, la loi de refondation de Vincent Peillon prévoit de conjuguer dans les Espé (les écoles supérieures du professorat et de l’éducation) formation universitaire et mise en situation professionnelle. Le concours est alors avancé en fin de M1.

 

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