"Il y avait une urgence à donner une vraie place à la maternelle"

Accueil, programmes, évaluation… Marie-Odile Plançon, chargée de mission Premier degré au Secrétariat général de l’Enseignement catholique, analyse la réforme de la maternelle. Dans ses prochains numéros, Famille & éducation ira voir sur le terrain comment se passe la mise en place de ces programmes.

La maternelle ne constitue maintenant plus qu’un seul cycle, est-ce une bonne nouvelle ?

Marie-Odile Plançon : oui, car il y avait urgence à “déprimariser” la maternelle et à lui donner une vraie place. Mais il va falloir que les enseignants de maternelle et de CP continuent de se concerter pour que chacun sache ce que l’élève apprend en grande section de maternelle et au CP. Cette concertation est indispensable.

Quels sont les grands changements dans ces nouveaux programmes de maternelle ?

M.-O. P. : les programmes ne sont pas allégés, mais ils respectent davantage la maturation de l’enfant. Avec ces programmes, on s’éloigne des fiches (exercices écrits avec des consignes telles que “J’entoure le mot qui compte le plus de syllabes” - NDLR) pour restituer une véritable place au jeu, au corps. Nous savons qu’à l’école maternelle, les enfants n’évoluent et n’apprennent pas au même rythme. Un autre enjeu de ces programmes est de manifester à l’enfant une confiance, qui lui donnera la possibilité d’agir et de penser par lui-même.
Enfin, ces programmes affirment l’importance de l’accueil de la famille et des autres partenaires et ils indiquent que l’école est un lieu pivot qui se doit d’accueillir tous les enfants qui sont des écoliers, mais qui ne sont pas encore des élèves. Et cet apprentissage doit se faire, durant les années de maternelle, en lien étroit avec la famille.

Ces programmes affirment l'importance de l'accueil de la famille et des autres partenaires et ils indiquent que l'école est un lieu pivot qui se doit d'accueillir tous les enfants qui sont des écoliers, mais qui ne sont pas encore des élèves. »

Marie-Odile Plançon , Chargée de mission Premier degré au secrétariat général de l'Enseignement catholique

Concrètement, quoi de nouveau pour les enfants ?

M.-O. P. : les élèves seront beaucoup plus dans l’expérimentation. En maternelle, l’apprentissage est “expérientiel”, c’est-à-dire qu’il se fait grâce au corps, à l’écoute, et à la résolution de problèmes. Si un élève apprend trop vite la comptine numérique sans avoir acquis la notion de quantité, il n’est pas en situation réelle d’apprentissage. Il faut absolument une articulation entre le corps et la pensée. L’élève apprend énormément dans un coin jeu, si celui-ci est enrichi et animé par l’enseignant : il apprend un vocabulaire nouveau, l’argumentation avec ses camarades. Apprendre à vivre avec les autres est l’un des objectifs de l’école maternelle. Le mot coopération intervient 28 fois dans les nouveaux programmes.
Enfin, l’évaluation devra être bienveillante, centrée sur l’évolution et restituée aux parents grâce à des photos, des cahiers de vie, etc. Le texte dit : “L’évaluation repose sur une observation attentive et une interprétation de ce que chaque enfant dit ou fait. Chaque enseignant s’attache à mettre en valeur, au-delà du résultat obtenu, le cheminement de l’enfant et les progrès qu’il a fait par rapport à lui-même.”

Ces programmes vont-ils assez loin ?

M.-O. P. : ils sont ambitieux et prometteurs s’ils sont mis en œuvre, notamment pour avancer sur la question des inégalités. On constate que la question de la morale y est intégrée. Ce ne sont pas des programmes au rabais, mais peut-être que la question de l’apprentissage du vocabulaire, aurait pu être encore plus valorisée.

Ils semblent faire l’unanimité…

M.-O. P. : ces programmes ont été établis après concertation avec des enseignants et des chercheurs dont les propos ont été entendus. Peut-être est-ce la raison pour laquelle on en parle si peu.

Propos recueillis par Claire Alméras