Vers une économie mondiale plus verte

Au défi climatique de réduire le plus rapidement possible les émissions de gaz à effet de serre afin de ne pas dépasser la barre symbolique des 2 degrés de réchauffement s’ajoute le défi économique de développer une croissance respectueuse de notre environnement. Tour d’horizon des perspectives économiques vertes qui bousculent déjà nos certitudes.

L’impact économique du changement climatique

L’ensemble de la planète est concerné et de nombreux secteurs déjà touchés. Ainsi, le changement climatique a eu un impact négatif sur les rendements de la plupart des cultures : le blé et le maïs et dans une moindre mesure le riz et le soja. Il a creusé les inégalités sociales, culturelles et politiques et les populations les plus vulnérables se sont trouvées d’autant plus marginalisées. Le Giec (Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Évolution du Climat), créé en 1988 et auteur de nombreux rapports, estime que le coût économique d’une hausse de plus de 2 degrés se situe entre 0,2 et 2 % du PIB mondial.

La destruction d’écosystèmes et les pertes de biodiversité risquent d’entrainer l’augmentation des coûts économiques globaux. C’est l’une des conclusions  du rapport de Nicholas Stern, économiste à la London School of Economics, qui démontre que les coûts de l’inaction face au changement climatique excèdent largement les coûts de la prévention et menacent la stabilité des pays en voie de développement comme celle des pays développés.

D’OU VIENT L'EXPRESSION DEVELOPPEMENT DURABLE ?

L’expression développement durable apparaît pour la première fois, en 1980, dans une publication de l’Union internationale pour la conservation de la nature, avant d’être reprise par le rapport Brundtland, intitulé “Notre avenir à tous”, en 1987. Publié dans le cadre des Nations unies, qui fera du concept un pilier de sa politique environnementale, celui-ci en donne une définition : il s’agit d’un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre ceux des générations futures. Il repose sur une approche à la fois économique, écologique et sociale : dans l’acception onusienne, le développement durable s’accompagne obligatoirement de la réduction des inégalités et de la pauvreté.

N. C.

Quelles mesures mondiales ?

« C’est un sujet très complexe, reconnaît Alain Grandjean, économiste, co-auteur du rapport “Mobiliser les financements pour le climat” (2015), car il concerne des pays aux situations économiques va     riées et aux intérêts très divergents »(1). Comment réduire notre consommation d’énergie, perçue comme un symbole de puissance et de progrès et qui nous assure une vie quotidienne confortable mais dont le coût est astronomique. Un rapport récent du FMI a chiffré à 10 millions de dollars par minute la somme consacrée par les États du monde entier à soutenir les entreprises d’énergies fossiles (charbon, pétrole et gaz). En France, le groupe Total s’est engagé à investir 3 % de son chiffre d’affaires dans les énergies renouvelables (solaire et biomasse). Son directeur général Patrick Pouyanné considère comme acquise la réalité du risque climatique lié à l’activité humaine. Le défi est donc bien de répondre à la croissance en besoin d’énergie d’une population mondiale toujours plus nombreuse, tout en tenant compte du changement climatique. Augmenter la part des énergies renouvelables est un objectif qui prendra du temps. Le solaire, par exemple, qui a permis de réaliser des progrès prometteurs en termes de technologie et de réduction des coûts pour une rentabilité sans subvention, dans 17 pays, ne représente actuellement que 1 % de la production mondiale d’électricité. La dépendance aux énergies fossiles est estimée entre 74 % et 59 % d’ici à 2040. Comment concilier également notre modèle capitaliste, qui privilégie les orientations à court terme, avec la nécessité de mobiliser sur le long terme des investissements colossaux pour mettre en place une politique de développement durable efficace ? Bernard Perret, ingénieur et socio-économiste avance des pistes : l’organisation, après la Cop 21, d’un processus de négociation continue entre tous les pays concernés, le développement de nouvelles technologies mais aussi le renouvellement de notre imaginaire social (moins de “toujours plus” et une vraie place à une “frugalité heureuse” ), l’engagement des organismes internationaux comme le FMI, l’OMC, la Banque mondiale… à créer des instruments économiques et financiers au service du développement durable.

Sylvie Bocquet


(1)- Alain Grandjean, Bernard Perret, Jean Jouzel, climatologue, prix Nobel de la paix ont participé à la conférence sur le climat Va t-on vraiment changer les choses ?, organisée par le centre Sèvres-facultés jésuites de Paris, en novembre dernier.
À écouter sur www.centresevres.com