La malveillance frappe aussi par écrans interposés

Un élève sur dix souffrirait du cyberharcèlement, notamment les collégiens. Un fléau grandissant à prendre au sérieux car il peut faire des ravages et ne connaît pas de répit. Décryptage et conseils. 

© Sabine Allard pour Fe

Le cyberharcèlement prolonge souvent des brimades qui démarrent à l’école. « Comme les applications sont accessibles en permanence, cela dure 24 heures sur 24 », précise Jérôme Clauzure, cofondateur de la start-up Avenir numérique, by iXone. Ce fléau a prospéré avec l’apparition des réseaux sociaux et l’usage grandissant du mobile. « Il se développe car la mutation des technologies s’accélère et les parents ont du mal à suivre », explique Jérôme Clauzure.

Insultes, moqueries, incitation au suicide, vidéos humiliantes, usurpation de compte, rumeurs… l’éventail de la malveillance en ligne est large. Quand ces agressions se produisent sporadiquement, on parle de cyberviolence ; quand elles se répètent et visent une même personne, il s’agit de cyberharcèlement. En 2013, 4,5 % des collégiens se sont déclarés victimes de ce fléau(1). Un taux probablement en-deçà de la réalité, car beaucoup de jeunes s’en cachent. « Il toucherait environ 10 % des élèves », estime Justine Atlan, directrice de l’association e-Enfance. L’âge critique : entre 10 et 14 ans « avec un pic en fin de collège », précise-t-elle.

Des images qui blessent

Ces persécutions ont souvent un caractère sexiste. « Les adolescentes courent davantage de risques car elles s’exposent plus sur les réseaux sociaux. Internet encourage l’hypersexualisation des jeunes filles », déplore Justine Atlan. Des pratiques comme le revenge porn – divulgation d’images dénudées de l’ex-petit(e) ami(e) –, ou le dedipix – dédicace écrite sur le corps, photographiée et diffusée, qui peut se retourner contre son auteur – se propagent chez les ados.

Saturée d’images, la jeune génération y a recours quand elle veut blesser. « Tout passe par la photo et la vidéo. Cela débute par un cliché d’un camarade auquel on ajoute une pustule pour rire. Après, c’est l’escalade. L’image circule et les commentaires méchants affluent », relate Jérôme Clauzure, qui constate « une banalisation des mots violents chez les ados ». Le cyberharcèlement sévit par SMS, par mail et sur les plateformes dont les jeunes raffolent : Snapchat, Whatsapp, Instagram, moins sur Facebook et Twitter. Demain, il investira d’autres territoires. « Des applications se créent tous les six mois », soupire Justine Atlan. Souvent, un leader malveillant entraîne un groupe, plus ou moins conscient de ses actes. « Quand il se produit en ligne, il agrège davantage de jeunes : caché derrière son écran et son pseudo, on passe plus facilement à l’acte », analyse Justine Atlan.

En général, le cyberharceleur fréquente le même établissement que la victime. Mais il peut arriver qu’il s’agisse d’un inconnu : un prédateur sexuel (plutôt rare) ou, plus fréquent selon Jérôme Clauzure, un propagandiste issu de la mouvance djihadiste. Pour éviter ces intrusions, « les parents doivent sécuriser les données de leur enfant », prévient-il.

Les précautions à prendre

> S’intéresser aux usages numériques de ses enfants, ce qui permet de les alerter ensuite sur un pseudonyme explicite, une photo à garder pour soi…

> Autoriser l’accès aux réseaux sociaux (auxquels ils seront confrontés un jour) mais pas trop tôt : pour info, la plupart sont interdits aux moins de 13 ans.

> Remplir avec eux les formulaires d’inscription afin de bien paramétrer la protection de leur vie privée.

> Surveiller leurs échanges sur Snapchat et consorts ? Délicate question à trancher selon la maturité de l’enfant et le degré d’intimité dont il a besoin. Il existe en tout cas des applications qui alertent en cas d’agression.

> Installer un système de contrôle parental sur les smartphones.

> En cas de cyberharcèlement, contacter Net Écoute, service gratuit et accessible au
0800 200 000 ou sur netecoute.fr

 

Réunir des preuves

La vie numérique des jeunes échappant aux adultes, comment savoir si celle-ci dérape ? « Tout changement de comportement doit alerter », répond Justine Atlan. Repli sur soi, maux de ventre, phobie ou décrochage scolaire : autant de signes à décrypter, car le cyberharcèlement peut meurtrir, voire conduire au suicide, des jeunes en pleine construction identitaire. Pour une histoire (ancienne) de rivalité amoureuse, Géraldine a vu sa fille, en 6e à l’époque, se faire vomir, se taper la tête contre les murs et laisser une lettre d’adieu. Elle avait reçu en un mois plus de 60 messages odieux. Un changement de collège lui a permis d’aller mieux. « Nous avons dû la déscolariser, car la proviseure prétendait que ce qui se passait sur les réseaux sociaux ne la concernait pas. L’inspection académique nous a confirmé depuis que c’est faux », raconte Géraldine. Une inertie surprenante.

En cas d’agressions répétées, il faut alerter l’établissement, en espérant qu’il réagisse mieux que dans l'exemple précédent. Car il peut aider à calmer le jeu en convoquant et en sanctionnant les fautifs. La famille peut aussi porter plainte contre eux. Mais elle devra alors réunir des preuves : conserver des SMS, effectuer des captures d’écran… « Heureusement, ma fille avait eu la présence d’esprit d’en faire, car sur Snapchat les messages s’effacent aussitôt », témoigne Géraldine. Il faut aussi signaler les contenus ou comptes malveillants et demander leur suppression. Enfin, un suivi psychologique peut aider l’adolescent à reprendre pied.

Noémi Constans

 

(1) Source : MENESR-DEPP, enquête nationale sur la victimation en milieu scolaire 2013.

  

Le cyberharcèlement est-il un délit ?

Selon la loi du 4 août 2014, le harcèlement est un délit, plus sévèrement puni s’il a été commis en ligne (jusqu’à deux ans d’emprisonnement et 30 000 euros d’amende). À noter que les parents sont responsables des actes de leur progéniture sur le Web. 

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