Victimes ou témoins de harcèlement : comment réagir ?

Si le harcèlement entre élèves est aujourd’hui un phénomène mieux connu des professionnels, il est fondamental de le repérer tôt. Pour accompagner et protéger les jeunes : victimes, témoins ou harceleurs. 

© Sabine Allard pour Fe

Les adolescents ont vulgarisé le terme de harcèlement. Ils peuvent aisément déclarer à la cantonade « arrête de me harceler » ou « ce mec me harcèle ». Pourtant, le harcèlement répond à une définition précise. Il s’agit d’une action qui se répète régulièrement (pas forcément tous les jours), où les forces sont inégalement réparties (un individu face à un groupe, un costaud face à un plus chétif…) imposant un rapport dominant-dominé, le tout accompagné d’une volonté délibérée de nuire. Les jeunes qui vivent de réelles situations de harcèlement sont enfermés dans une relation d’emprise, sans échappatoire possible.

Des lieux et des situations propices

Le harcèlement trouve généralement son origine dans un contexte de vulnérabilité particulière : la séparation des parents, la mort d’un proche, ou la disparition d’un animal de compagnie présent depuis l’enfance, un déménagement, une différence entre un individu et ses pairs (une fille très grande ou des garçons n’ayant pas démarré leur puberté, une arrivée en cours d’année, un bon élève dans une classe difficile, un enfant qui bégaie)… Mais, comme l’explique Marie Quartier dans son livre Harcèlement à l’école, « bien que ces caractéristiques soient souvent l’objet des moqueries des harceleurs, c’est la réponse de l’agressé qui, à terme, fera de lui une victime ou, au contraire, un enfant que les autres laisseront tranquille et respecteront ».

Le harcèlement se déroule toujours hors de la vue des adultes, d’où la difficulté à le repérer. Il peut survenir dans des lieux d’intimité comme les toilettes ou les vestiaires de la salle de sport. Mais aussi sur les réseaux sociaux (les adultes doivent se former pour observer ce qui s’y passe), au fond des bus scolaires, notamment le soir lorsque les jeunes sont fatigués et “se lâchent”, dans les couloirs de l’établissement où les coups de coude sont aisés à distribuer, dans les recoins des cours de récréation, aux abords de l’école…

Que faire si l'on suspecte ou constate un cas de harcèlement

« Il est essentiel d’aider l’enfant à parler, de l’écouter et de le prendre au sérieux, explique Nathalie Zampirollo, psychologue clinicienne. Mais surtout sans l’affoler, pour ne pas ajouter de la peur à la peur. » « L’enfant victime est humilié et culpabilisé de ne pas avoir su se défendre, ajoute Sophie Morael, psychologue de l’éducation. Il faut commencer par le féliciter de s’être confié. »

Ensuite, pour Nicole Catheline, pédopsychiatre, « il est prioritaire que les adultes s’entendent. La première chose est de réaliser un cordon de sécurité autour de l’enfant, de reposer le cadre, puis, dans un second temps, de lui donner des clés pour se protéger. » « En fonction de la gravité des faits, les parents alerteront le chef d’établissement, le responsable de cycle (si l’enfant a peur d’aller à l’école), ou le professeur principal (si l’humiliation se joue au sein de la classe), ajoute Sophie Morael, mais sans invectiver ou reprocher aux enseignants de ne pas avoir décelé la situation. »

« Le professionnel reçoit ensuite l’enfant harceleur et l’amène à réfléchir sur son acte, explique Nicole Catheline. “Que pensais-tu qu’il allait se passer ? Lorsqu’on blesse quelqu’un, c’est qu’on en attend une réponse ou une réaction…” Poser le débat ainsi permet de faire de la pédagogie. » Il peut être intéressant de confronter les deux partis et de les faire réfléchir ensemble aux conduites à tenir. Comment vas-tu procéder pour l’empêcher de t’embêter ? Et toi comment vas-tu réagir si tu as envie de recommencer ? Les enfants, victimes ou harceleurs, doivent être accompagnés pour comprendre les raisons de ces agissements et les ressources dont ils disposent pour arrêter le processus.

Pour Marie-Agnès Gourlin, responsable du niveau 5e à l’école Notre-Dame “Les Oiseaux” de Verneuil-sur-Seine (78), « les jeunes ne mesurent pas toujours la gravité de leurs actes. Les éducateurs doivent pouvoir redire la loi et traduire le droit par une sanction ». Les enfants ont aujourd’hui intégré qu’ils devaient se débrouiller seuls et ne jamais dénoncer, sous peine d’être traités de “balance”. Or la loi précise l’obligation de porter secours et d’alerter si l’on est témoin d’actes graves. Il faut réveiller l’empathie, développer les valeurs de solidarité, d’affirmation de soi et de respect de l’autre au sein des groupes. Cela peut revêtir diverses formes : jeux de rôles, débats, interventions de témoins extérieurs, police parfois…

Les signes qui doivent alerter

Face à une situation de harcèlement, chaque jeune réagit avec sa sensibilité et son caractère. Quelques signes peuvent toutefois mettre la puce à l’oreille. C’est notamment le cas d’un changement de comportement. L’enfant s’isole, perd sa joie de vivre, son appétit, le sommeil. Il est systématiquement en retard à l’école ou au collège car il va emprunter un chemin plus long, faire des détours pour éviter son harceleur. Il se met en situation d’échec scolaire (le jeune ne va plus aller en cours pour éviter d’être confronté à celui ou ceux qui le font souffrir). Il peut aussi être sujet à des somatisations diverses: maux de ventre, de tête… Il devient irritable et fuyant, agressif avec ses frères et sœurs. 

Ce qu’il faut éviter

Le parent, choqué par les révélations de son enfant, peut réagir de manière émotive, immédiate. Il pourrait vouloir régler le conflit seul en invectivant l’enfant harceleur ou ses parents. Comme l’explique Nicole Catheline, « c’est toujours une mauvaise réponse. Dans le meilleur des cas, les parents s’excuseront, mais en général ils protégeront leur propre enfant. Le parent a donc deux chances sur trois de se trouver en difficulté, adressant des signaux négatifs à son enfant. “Mon parent n’est pas capable de me protéger”, ou “de toute façon c’est toujours le plus fort qui gagne”. Il est donc essentiel de faire intervenir des tiers. C’est d’ailleurs la règle dans une démocratie, c'est à cela que sert la justice. Cela permet enfin de ne pas se laisser emporter par l’émotion».

Mon enfant harcèle les autres : comment réagir ?

Qui est l'enfant harceleur ? Celui qui a été un jour harcelé et qui fait subir aux autres les souffrances qu'il a autrefois éprouvées. Ou un suiveur, très gentil en famille, mais qui pour être populaire au sein de son groupe de pairs, n'hésite pas à harceler les autres. Dans les deux cas, leurs parents doivent les aider à assumer leurs actes. Comment ? En évitant les injonctions du type : " Ce n'est pas bien " ou les jugements de valeur qui font écho à leurs propres sentiments de tristesse, de honte ou de culpabilité mais qui bloquent la communication. En privilégiant le dialogue avec des messages appropriés, laissant toute sa place à l'expression des émotions : " As-tu peur d'être de nouveau harcelé ou d'être exclu ? " et à l'évocation du contexte : " Comment cela s'est-il passé ? " Cet accompagnement passe donc par l'écoute et la compréhension mais ce n'est pas un cautionnement ni une tentative de protection de l'enfant. Celui-ci devra donc assumer les conséquences de ses actes, quelle que soit la sanction. La situation est plus compliquée quand le fait de mentir, d'agresser les autres, d'être le plus fort fait partie de la culture familiale. Notre société ne souffre-t-elle pas de ces enfants rois, qui sont en permanence protégés et excusés par leur famille ? »

Marie-Guilhem Schwartz , psychopraticienne en thérapie brève (école de Palo Alto) et adjointe du réseau Orfeee.

Proposer des actions éducatives partagées

Au-delà de l’urgence qu’impose la révélation d’une situation de harcèlement, il est fondamental d’instaurer un climat scolaire de qualité pour prévenir cette violence. Pour Marie-Odile Plançon, chargée de mission 1er degré sur l’éducation à la relation au sein du SGEC (Secrétariat général de l’Enseignement catholique), « le travail d’explicitation des valeurs est l’affaire de tous. Il est essentiel de travailler la question de la dignité et de développer avec les enfants la réflexion éthique en les confrontant à des situations concrètes. Le but est de favoriser la mise à distance pour développer en amont leur capacité à trouver des solutions collectives ».

Mais comme le rappelle Marie Quartier dans son ouvrage, il est essentiel de prendre en compte l’ensemble des interactions dans un établissement scolaire. « Les recherches internationales ont montré que le degré de violence dans la communication entre les élèves dépendait en grande partie de la qualité des relations entre les adultes au sein de l’établissement comme entre ceux-ci et les parents. Lorsque la confiance, l’entraide et une forme de convivialité règnent dans les équipes éducatives et dans leurs relations avec la hiérarchie, alors les maltraitances entre élèves sont beaucoup moins présentes. » 

Juliette Viatte Caillot-Vaslot

 

Ajouter un commentaire

Les champs marqués d’un * sont obligatoires :

Image CAPTCHA pour prévenir l'utilisation abusive Si vous ne pouvez lire toutes les lettres ou chiffres, cliquez ici.


Les réactions à cet article (0 commentaire)

    Soyez le premier à laisser un commentaire.

Voir plus de commentaires