« Le harcèlement n’est pas une fatalité »

Parents, personnels d’éducation ou assistante sociale, ils ont été confrontés à des situations de harcèlement vécues par des élèves au collège ou en primaire. Ils racontent.

« Se servir du théâtre pour sensibiliser les jeunes »

Philippe Amorfini, parent d’élève du collège Sévigné, à Narbonne

« Ma fille a été harcelée et j’ai pu constater la difficulté des établissements à réagir. Le harcèlement ne se fait pas devant les adultes.
Depuis l’année dernière, nous avons mis en place une journée de sensibilisation pour les classes de 5e et 4e. Cette année, nous avons sensibilisé les 6e et 5e. J’ai monté le projet avec une enseignante de français qui anime un club de théâtre.
Nous proposons d’abord aux élèves un travail d’écriture, puis de jouer les scènes et d’en discuter ensemble. Nous abordons plusieurs thèmes : par exemple, l’élève intelligent qui est considéré comme un fayot, un cas de cyberharcèlement, ou un collégien qui ne trouve pas d’adulte pour l’écouter, etc. Dans l’avenir, je voudrais mettre en place des cellules d’écoute, car j’ai ressenti beaucoup de souffrance chez les enfants, certains ont pleuré...
L’année dernière, j’avais invité les parents à venir s’informer. Une centaine étaient présents. Mon premier message était de leur expliquer la différence entre une dispute et le harcèlement qui implique le harcelé, le harceleur et des témoins actifs ou passifs. »

« Un jour, en CM2, mon fils est sorti de ses gonds… »

Guillemette, mère de 4 enfants

« Notre fils n’est pas un timide, il a des amis. L’année dernière, en CM2, il est sorti de ses gonds en classe, et a brutalement insulté sa voisine, puis a été impoli envers l’enseignante. Dans la journée, deux événements, dont l’un un peu plus violent que d’habitude, l’avaient poussé à bout. Par la suite, dans le bureau du directeur, il a tout raconté : les “t’es moche et t’es con” qu’il entendait à longueur de journée.
Nous avons tous été choqués, son père, moi, ses frères et sa sœur, lorsque nous avons appris qu’il était victime de harcèlement à l’école. Il ne s’était confié à personne, même pas à sa sœur dont il est très proche. Les signes étaient là, mais nous ne les avons pas compris... La semaine précédente, l’enseignante avait voulu me rencontrer car mon fils ne réussissait plus à se concentrer. Son prof de musique nous a dit aussi qu’il n’avait plus d’énergie, qu’il venait en touriste. Mon fils répétait beaucoup qu’il avait hâte d’aller au collège. Et depuis un mois, tous les matins, il était sur les nerfs. J’ai pensé qu’il voulait grandir ou qu’il était fatigué… La réalité était toute autre. Depuis les vacances précédentes, il était la tête de turc d’un petit groupe entraîné par un élève. Le chef d’établissement a pris les choses en main très rapidement. Il a rencontré tous les enfants incriminés un à un. Le harcèlement s’est stoppé net. Mais le comportement de mon fils n’a plus été le même. Il a terminé l’année de CM2 sur la défensive, en attendant une seule chose : aller au collège. Si j’essaye de comprendre pourquoi lui, je pense que c’est parce que c’est un gentil, qui n’a pas les bonnes réactions quand il se fait embêter... C’est un “bon” client. Depuis, nous sommes attentifs à lui apprendre à réagir, à répondre, à ne pas se laisser faire. »

« J’étais harcelé à cause de mon poids »  

Un papa

« Le harcèlement n’est pas une fatalité. Plus jeune, j’étais harcelé à cause de mon poids, alors je me suis mis à la boxe française. Un an et demi après, parce que je me sentais plus fort et moins vulnérable, j’ai pu sortir de cette situation. »

" 10 % des collégiens sont harcelés, c'est un taux énorme et inacceptable ! "

Ceci amène l'Apel à travailler sur les moyens à mettre en place pour améliorer le climat scolaire, et pour sensibiliser à l'importance grandissante du harcèlement dont la mesure n'a pas été toujours bien perçue. Pour cela, l'Apel va donc créer de nouveaux outils comme un guide du harcèlement pour aider les responsables Apel à bien comprendre pour mieux accompagner les familles. En parallèle, l'Apel développe également une nouvelle Rencontre Parents-École® permettant de réunir la communauté éducative autour de la question de l'amélioration du climat scolaire et du traitement du harcèlement. »

Gilles Demarquet , membre du Bureau national de l’Apel

« Des dessins animés pour les élèves de maternelle et de primaire »

Fabienne Wesly-Fonvillia, présidente de l’Apel du Pensionnat de Bouillon, en Guadeloupe, et assistante sociale de l’Éducation nationale

« Plus tôt les actions de prévention contre le harcèlement seront mises en place, mieux les enfants pourront faire face. J’ai donc réalisé un power point avec des dessins animés pour les élèves de maternelle et de primaire. Les images suscitent les interrogations. Les émotions se libèrent, les élèves expriment ce qu’ils vivent. On essaye de trouver des définitions : harcèlement moral, harcèlement physique. Qui sont les harceleurs ? Quelles sont leurs victimes ? J’aborde également le cyberharcèlement, car les jeunes ont accès de plus en plus tôt aux réseaux sociaux. Certains ont des téléphones portables dès le CE1 ! »

« Il est impératif de faire un travail de prévention »

Christophe Pascal, CPE, à l'Institut Saint-Joseph, à Avignon

« Deux cas de harcèlement très différents ont eu lieu à Saint-Joseph ces dernières années. Une jeune fille de 15 ans, en seconde, est venue me voir un jour pour me dire qu’une élève diffusait à tout le monde des photos compromettantes d’elle. Des photos truquées. J’ai pris le temps de l’écouter, puis avec son accord j’ai convoqué l’élève qui diffusait les photos. Celle-ci s’était mise en tête de venger l’ex-petit ami de la victime. J’ai agi en médiateur sans dramatiser, lui demandant de m’expliquer son attitude, lui rappelant la loi. La situation était grave et sérieuse, mais tout est rentré dans l’ordre assez rapidement car la victime a demandé de l’aide immédiatement et celle qui la harcelait a reconnu ses torts.
Le deuxième cas était plus compliqué. C’était un élève mal intégré, mal dans sa peau. Il était dans une telle recherche de liens amicaux qu’il acceptait des gages, comme se rouler torse nu dans les feuilles mortes dans la cour ou demander au professeur de français la signification du mot sodomie, et de gagner ainsi des points d’amitié. Cela a duré plusieurs semaines jusqu’à ce que deux filles de sa classe viennent avec lui dans mon bureau. D’une petite voix calme et posée, il nous a dit : “J’ai fait un rêve. Je prenais le fusil de mon grand-père et je les tuais tous.” Cette haine enfin formulée était à la mesure de toute sa souffrance. Alertés, les parents sont restés dans le déni sur son mal-être et ont décidé de changer leur fils d’établissement. J’ai appris qu’ils étaient partis à l’étranger… Nous avons convoqué les harceleurs, certains avec leurs parents. Ils ont tous eu un avertissement. Aucun d’eux n’a reproduit le schéma.
Aujourd’hui, notre vigilance sur ce type de situation est à la hauteur de la problématique, mais il est impératif de faire un travail de prévention qui instaure un rapport de confiance. »
       

Ajouter un commentaire

Les réactions à cet article (0 commentaire)

    Soyez le premier à laisser un commentaire.

Voir plus de commentaires