La vie professionnelle à l'ère 2.0

Autonomie, précarité, adaptabilité, audace : l’esprit start-up remodèle le monde du travail. De nombreux jeunes prennent le pli avec une réactivité impressionnante.

En quelques applis, l’économie collaborative a révolutionné nos modes de consommation et de travail. « Autrefois, le professionnel se trouvait en position de supériorité. Aujourd’hui, on peut en quelques instants accéder à de l’information et entrer en relation avec ses pairs », analyse André-Yves Portnoff, directeur de l’Observatoire de la révolution de l’intelligence à Futuribles, un centre de réflexion et d’études prospectives.
Le hic c’est que ces liens “de pair à pair”, qui permettent de louer une voiture ou un studio à un prix avantageux, pourraient aussi faire disparaître des emplois dans des secteurs plus traditionnels. Certes, les start-up créent de l’activité. Mais, pour l’instant, elles font surtout exploser le travail indépendant, qui, d’après l’Insee, a progressé de 26 % en cinq ans. La multiplication des espaces de coworking illustre ce phénomène. Pour 15 euros la journée, on peut louer un bureau dans un lieu cosy où l’on croise d’autres free-lance en veine de sociabilité et où l’on échange des opportunités professionnelles.

Sensations fortes

Conséquence positive de cette déferlante Web, les jeunes rêvent davantage d’entrepreunariat. Au cap des 30 ans, Béatrice Gherara s’est lancée. Elle a créé en 2014, avec deux amies, la start-up Kokoroe – qui regroupe des passionnés proposant des cours –, par « envie de sensations fortes, de nouveaux défis ». « En entreprise, tout est tellement cadré… J’avais envie de “butiner” de nouvelles expériences », explique-t-elle. Aujourd’hui, elle prend moins de vacances et la démarcation entre vie privée et professionnelle s’estompe mais elle ne regrette rien. Chaque journée apporte un lot grisant d’adrénaline. « Cet état d’esprit ne convient pas à tous », prévient-elle.
De nouvelles façons de travailler émergent. « Une culture free-lance se développe, fondée sur l’hyperagilité et l’hyperadaptabilité », constate Olivier Charbonnier, cofondateur du laboratoire de veille D-Sides. La révolution numérique engendre le pire comme le meilleur. Sur la face sombre, des free-lance sans protection sociale ni horaires. Sur le versant ensoleillé, des professionnels qui se rapprochent et travaillent en réseau, et une réactivité impressionnante. « Dans une start-up, l’échelle de temps n’est pas la même », explique Béatrice Gherara. « L’horizon se limite à trois-six mois, et la concurrence arrive à tout moment. Nous avons donc appris à lancer des “produits minimum viables” : des concepts pas forcément aboutis mais que vous pouvez mettre sur pied rapidement et tester afin de les améliorer. »

Les compétences du futur

Demain, quels seront les atouts prisés des entreprises ? Olivier Charbonnier en identifie trois : l’aptitude à gérer ses relations, à traiter l’information et la “capacité existentielle”: savoir se déconnecter et se ménager pour éviter le burn-out.

André-Yves Portnoff, lui, mise sur le discernement pour s’y retrouver dans la masse des big data. Et sur la culture générale. « Elle permet de trouver un langage commun pour se faire comprendre d’autres spécialistes. Aujourd’hui, tout devient pointu. Personne ne peut prétendre résoudre un problème seul », estime-t-il.
 

Soigner sa réputation en ligne

Côté recherche d’emploi, les réseaux sociaux bousculent aussi les usages. « LinkedIn devient un point de passage obligé », constate Olivier Charbonnier. Là encore, les codes de l’économie collaborative s’appliquent : un candidat s’en sortira mieux avec des recommandations positives au même titre qu’un propriétaire de villa sur Airbnb. « D’un côté, on relativise l’importance du diplôme et on met en valeur l’expérience, ce qui est positif. De l’autre, on met le candidat à la merci d’une mauvaise image de marque, d’un ostracisme », analyse Olivier Charbonnier. Raison de plus pour soigner sa réputation en ligne. « Tout ce que l’on met sur Internet est public », rappelle André-Yves Portnoff. « Il faut apprendre à utiliser les réseaux sociaux pour se faire connaître et ne pas y diffuser n’importe quoi. »
Face à cette économie mouvante, « il va falloir inventer des formes de régulation », estime Olivier Charbonnier. Celles-ci peuvent venir des pouvoirs publics comme du marché lui-même. L’engouement autour de start-up, pas encore rentables pour la plupart, rappelle la bulle spéculative Internet, qui a explosé en l’an 2000. Le phénomène se répètera-t-il ? Enfin, outre-Atlantique, la riposte des précaires s’organise : des chauffeurs ont lancé une class action contre Uber afin de faire requalifier leur contrat d’indépendant en salariat, et les free-lance s’unissent pour défendre leurs droits. Deux tendances qui commencent à gagner la France.

Noémi Constans

On peut être en 1re L et savoir coder - Philippine Dolbeau, créatrice de New School

À 16 ans, cette élève de 1re L, au lycée Bon-Sauveur, au Vésinet (78), a tapé dans l'œil des responsables d'Apple en créant la start-up. Son idée : munir chaque élève d'un porte-clé électronique relié au smartphone du prof via une appli. En cas d'absence, le dispositif, actuellement testé dans trois classes de son lycée, prévient la famille. Philippine Dolbeau mène cette aventure avec l'aide de ses parents, mais assume beaucoup de tâches seule, sans négliger ses études. " Cela représente des sacrifices, mais cela en vaut la peine " juge-t-elle. Avant de confier le développement de l'appli à une entreprise, la jeune fille l'avait conçue sur son téléphone à l'aide de conseils piochés dans des livres ou sur Youtube : " On peut être une fille et monter sa boîte, être en 1re L et savoir coder !

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Pour en savoir + : New School