Un plan numérique pour la rentrée 2016

Dès septembre 2016, le plan numérique pour l’éducation entre dans sa phase de déploiement. Quelle incidence sur les programmes ? Comment les élèves seront-ils équipés ? Qu’en attendre du point de vue pédagogique ? 

Les nouveaux programmes, qui entrent en vigueur à la rentrée, à l’école primaire et au collège, font la part belle au numérique. Dès le cycle 1 (maternelle), par exemple, dans le coin écriture, les enfants apprennent à manipuler la souris de l’ordinateur, à agir sur une tablette. En moyenne section, ils s’exercent à saisir des mots et des phrases sur ordinateur. Lorsqu’une sortie scolaire est organisée, ils cherchent, avec leur professeur, des informations sur Internet et produisent des images grâce à un appareil photo numérique.

Former des utilisateurs éclairés

Au cycle 2 (CP, CE1, CE2), en français, notamment, les élèves sont invités à utiliser le traitement de texte avec correcteur orthographique et, en géométrie, à s’initier à des logiciels permettant de produire ou de déplacer des figures. Pour les aider à se situer dans l’espace, des cartes numériques complètent les supports traditionnels tandis que des dispositifs numériques personnalisent l’enseignement d’une langue étrangère ou régionale.

Au cycle 3 (CM1, CM2, 6e), les élèves commencent à s’interroger sur l’origine et la pertinence des informations trouvées sur Internet. Lors d’un exposé oral, ils ont recours aux enregistrements audio et vidéo pour analyser et améliorer leur prestation. Ils produisent même leurs propres documents intégrant du son et de l’image. En sciences et technologie, des logiciels de plus en plus complexes (de calcul et de numération, d’initiation à la programmation, de géométrie dynamique...) leur sont proposés.

Au cycle 4 (de la 5e à la 3e), l’objectif visé est de faire des collégiens des utilisateurs éclairés de l’information diffusée sur la Toile. Le code informatique est enseigné dès la 5e. Les mathématiques, les sciences et la technologie contribuent de façon majeure à la maîtrise des outils numériques. Mais toutes les autres disciplines participent à cette éducation, le numérique étant intégré aux enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI) dispensés de la 5e à la 3e. Les élèves à besoins éducatifs particuliers (les “dys”, par exemple) devraient être les premiers bénéficiaires.

Un milliard d’euros d’investissement

Reste une question cruciale : celle de l’équipement. Le plan numérique annoncé par François Hollande prévoit de doter - en trois ans, à partir de la rentrée 2016 - tous les élèves de 5e d’équipements individuels mobiles (tablettes ou ordinateurs portables). Pour y parvenir, un milliard d’euros seront investis. « Pour chaque euro qu’un conseil départemental investira pour l’équipement des élèves au collège, l’État mettra également un euro », a assuré le président de la République. Toutes les collectivités territoriales pourront-elles verser 190 euros par élève, le coût de l’équipement étant fixé à 380 euros ? Tous les collèges en feront-ils la demande ? Auront-ils les infrastructures suffisantes : wifi interne, accès au haut débit, maintenance ? Les disparités sont grandes entre établissements…

Autre nouveauté à la rentrée : la mise à disposition gratuite, pour les élèves (du CM1 à la 3e) et leurs professeurs, de ressources numériques pédagogiques, complémentaires des manuels scolaires et couvrant l’ensemble du programme. Il est aussi attendu le lancement d’un portail national de présentation des ressources pour faciliter les recherches. Autant d’apports essentiels à la pédagogie, pour peu, bien sûr, que les enseignants s’en emparent. Le ministère a prévu, pour tous ceux du second degré, trois jours de formation par an dédiée au numérique ainsi que des formations à distance (MOOCs, notamment). Mais là encore, tous les professeurs pourront-ils en bénéficier ?

Le numérique n'est pas une solution miracle

Les technologies de l’information et de la communication (TIC) favorisent-elles forcément l’apprentissage ? Si l’on en croit le premier rapport de l’OCDE sur les compétences numériques des élèves, intitulé Connectés pour apprendre ?, le lien n’a rien d’évident(1). Selon cette étude, dans les pays où d’importants investissements ont été consentis, outre le fait qu’elles n’ont pas permis de réduire les inégalités socio-culturelles face à la réussite, les élèves n’obtiennent pas de meilleurs résultats en compréhension de l’écrit, en mathématiques et en sciences. D’ailleurs, dans les pays où il est moins courant d’utiliser Internet à l’école, la performance des élèves en compréhension de l’écrit s'est améliorée plus vite que dans ceux où cette pratique est plus répandue. Rappelons que la France n'a pas participé à cette étude de l'OCDE. Ce rapport montre bien que l'utilisation des outils numériques doit s'accompagner d'une réflexion pédagogique.

Alors doit-on se passer du numérique en classe ? Les préconisations de l’OCDE ne vont pas jusque-là : il s’agit d’en faire un usage limité, l’important pour les pays étant avant tout d’améliorer l’équité de leur système d’éducation. « Le fait de garantir l’acquisition par chaque enfant d’un niveau de compétences de base en compréhension de l’écrit et en mathématiques est bien plus susceptible d’améliorer l’égalité des chances dans notre monde numérique que l’élargissement ou la subvention de l’accès aux appareils et services de haute technologie. »

Lise Dupas

(1) L’étude, publiée en septembre 2015, s’appuie sur les résultats des élèves de 15 ans dans les 34 pays membres de l’organisation, recueillis lors de l’édition 2012 de l’enquête PISA (Programme international pour le suivi des acquis des élèves). www.oecd.org.

Liens utiles

L'école numérique, le site du ministère