Réseaux sociaux : de quels piègent les ados doivent-ils se méfier ?

Réponse de Béatrice Copper-Royer, psychologue clinicienne, cofondatrice de l’association e-Enfance, auteur de Vos enfants ne sont pas des grandes personnes (Albin Michel).

Les réseaux sociaux représentent un piège particulièrement redoutable pour les ados, parce qu’ils surfent sur toutes les passions de l’adolescence : rester en lien permanent avec ses copains, s’exhiber, commenter, rire ensemble… Le premier piège est celui de l’hyper-connexion, proche de l’emprise, surtout s’ils disposent d’un smartphone. Aidez-les à prendre une distance, en leur demandant de déposer leur téléphone (ou leur tablette) dans le salon avant le dîner, les devoirs et surtout avant le coucher.

Le deuxième piège relève de l’exhibition. Conseillez-leur de ne jamais donner sous n’importe quelle condition une photo dénudée ou suggestive, même à un copain. En consultation, j’ai reçu beaucoup d’adolescentes ayant cédé à un chantage prétendument intime… Elles ont envoyé une photo par mail et se sont retrouvées sur Facebook. Un réseau comme Snapchat vous promet l’auto-destruction quasi immédiate des données… Mais il suffit qu’une image soit enregistrée sur un logiciel puis publiée sur Facebook pour vivre un vrai cauchemar.

Troisième piège : le “phishing. Un individu vous envoie un lien qui vous redirige ensuite sur une page d’accueil Facebook et vous demande vos coordonnées pour les “piller”. Conclusion : ne jamais cliquer sur un lien douteux, et ne donner ses coordonnées sous aucun prétexte.

Quatrième piège : le harcèlement, d’autant plus pernicieux qu’il est confondu avec… l’humour. Apprenez-leur à repérer les taquineries “répétitives”. Suggérez-leur de retirer de leur liste les individus “harceleurs” et malveillants envers certains copains.

Cinquième piège : la pensée “de masse”. Sur les réseaux sociaux, tout le monde hurle avec les loups et il est très difficile de faire entendre sa propre différence. Comment y remédier ? En développant leur esprit critique. C’est en continuant à communiquer avec eux qu’on leur permettra de prendre de la distance avec cette “pensée conformiste”, reine des réseaux sociaux.

Propos recueillis par Sophie Carquain

Les effets de l’immédiateté d’Internet sur le comportement des adolescents

Les enfants vivent souvent dans le “hic et nunc”, dans l’ici et maintenant. La puberté, qui se caractérise par un afflux d’hormones, ne fait qu’accentuer ce réflexe “pulsionnel”. On veut tout, tout de suite. Les cultures numériques favorisent largement cette attitude “toute-puissante”. Sur Internet, le temps long n’existe pas. On clique pour avoir une information, pour poster une photo, pour partager un post, sans même réfléchir. C’est à la fois formidable de pouvoir s’exprimer sur l’instant (c’est un exhausteur de l’estime de soi), mais c’est également assez pervers.

Outre les défauts d’attention et de concentration pointés du doigt par les enseignants (le savoir exige du temps), on constate aujourd’hui un vrai problème lié au manque de lecture approfondie. Les élèves zappent de lien en lien sur Internet en quête de l’information dont ils ont besoin pour leur exposé ou leur devoir : cette opération leur évite de réfléchir, de mettre en perspective les informations et de créer les liens eux-mêmes. Il y a un grand manque de profondeur et un défaut de mémorisation. Quand vous ne vous appropriez pas vous-même l’info, au fil d’une réflexion, mais que vous l’enregistrez comme sur un disque dur, vous avez plus de peine à la mémoriser ! À nous, parents, enseignants, de continuer à leur proposer des livres, des musées, des spectacles...

Angélique Gozlan, psychologue clinicienne, auteure de Les adolescents face à Facebook,
enjeux  de la virtualescence
, In press, avril 2016.