Toujours accroché à son smartphone !! C’est trop !?

Réponse de Justine Atlan, directrice de l'Association e-Enfance

En général, les enfants sont équipés d’un téléphone à partir de l’entrée en 6e, vers onze ans. L’achat d’un téléphone à cet âge est motivé soit par les parents, qui souhaitent ainsi garder le contrôle de leur enfant qui devient physiquement autonome, soit en réponse à la pression de leur enfant. Dans les deux cas, il y a là un grand malentendu. Grâce au téléphone, l’enfant souhaite être en lien avec ses amis mais pas vraiment avec ses parents. Aux parents qui se demandent ce que leurs enfants font pendant tout ce temps sur leur smartphone, la réponse est simple : ils sont en lien avec leurs amis via les réseaux sociaux, dont les jeunes raffolent Snapchat, Instagram, WhatsApp, etc. Et ils passent aussi beaucoup de temps à regarder des vidéos sur Youtube.

Si, aujourd’hui, il paraît impossible d’interdire d’avoir un téléphone, les parents ont un rôle primordial à jouer. D’abord, s’interroger sur le type d’appareil qu’ils vont acheter à leur enfant. Ils ne sont pas obligés d’acheter tout de suite un smartphone. Il peut être offert plus tard, vers la 4e, quand l’enfant a montré qu’il savait utiliser cet outil qui nécessite une éducation. Ensuite, les parents doivent bien s’informer sur les forfaits proposés par les opérateurs. Certains proposent des forfaits spéciaux pour les jeunes avec un contrôle parental bien fait, avec une gestion à distance du temps, du débit sur Internet, de l’accès aux réseaux sociaux, etc.

Enfin, si les parents trouvent que leur enfant passe trop de temps sur le téléphone, ils doivent se faire confiance. Leur ressenti est le signal qu’il faut fixer des limites et des règles : pas de téléphone à table, ni le soir avant le coucher, ni pendant les devoirs, etc. Les jeunes sont ultraconnectés via leur smartphone et sans cesse sollicités par des alertes, des notifications, c’est aux parents de dire stop ! Les adolescents seront même soulagés qu’on leur fixe des limites qu’ils ne sont pas capables de se donner eux-mêmes.

Propos recueillis par Claire Alméras

 

Les jeux vidéo, dangereux ou formateurs ?

Le temps passé à jouer n’est pas du temps perdu

En France, un joueur sur deux a une pratique quotidienne d’un jeu(1). Une session moyenne représente environ 2h30 par jour. Le jeu est une activité ancestrale qui prend dans nos sociétés numériques d’autres formes, plus élaborées dans l’interactivité, mais qui conservent les rouages d’origine de toute activité ludique. Autrement dit, prendre du temps pour jouer longtemps est inhérent à toute pratique passionnante, qui a pour fonction de se détendre, de se déconnecter (de l’école, du travail…) et, très souvent, le temps du jeu est un temps d’apprentissage.

Un terrain pour apprendre et mieux se connaître

Les dernières études dans ce domaine sont formelles (Max Planck Institute 2013), les joueurs de jeux vidéo ont un cerveau plus développé que les autres. Le joueur développe un panel de compétences cognitives et sociales : habileté oculomotrice, sens de l’espace (intelligence topographique), estime de soi… Le jeu vidéo est un terrain d’exploration de soi et des autres sans frontière. La coopération et la collaboration sont très mobilisées dans les jeux de stratégie et de réflexion. Le sens du travail en équipe, la solidarité, le management d’un groupe y sont tellement présents qu’aux États-Unis, lors d’entretiens d’embauche, ce n’est pas tant le diplôme qui prime que le niveau de compétences du candidat dans certains jeux.

Cet univers est à découvrir pour comprendre nos proches qui jouent, pour choisir un jeu adapté à l’âge du joueur et pour maîtriser le temps passé devant les écrans, afin de maintenir la relation en dehors des écrans. Le dialogue à propos de ce que le joueur ressent, aime, apprend ou développe comme compétences est une dimension éducative de premier choix.

Françoise Maine, responsable nationale du développement de la culture numérique
au Secrétariat général de l’Enseignement catholique.

(1) Selon une étude de la Sofres pour le CNC, en 2014, les adultes sont plus nombreux à jouer que les enfants. 60,1 % des joueurs ont plus de 25 ans et 21 % ont moins de 15 ans.