Aider les jeunes à passer du rêve à la réalité

Sur la page, souvent blanche, de l’orientation, les jeunes doivent noter leurs désirs, puis inscrire ceux-ci dans un parcours réaliste. Des spécialistes peuvent les accompagner lors de cette étape déroutante.

Face à l’orientation, « la majorité des adolescents sont perdus », constate Valérie Durupty, psychologue clinicienne au Centre d’orientation et d’examens psychologiques (Corep), qui aide chaque année 3 000 jeunes à trouver leur voie. Ceux-ci se répartissent en deux catégories : « ceux qui ont réfléchi à la question et cherchent une confirmation de leur souhait, et ceux, les plus nombreux, qui n’ont rien fait », explique-t-elle.

Sont-ils stressés ? « Cela dépend des tempéraments », relativise Valérie Durupty. Formateur et consultant, Michel Yacger accompagne les jeunes en quête d’orientation au sein de l’Académie des projets de vie. Il les trouve souvent inquiets : « Ils craignent de faire le mauvais choix et de décevoir leur famille », constate-t-il. « La crise économique suscite aussi une peur grandissante chez les parents, qui la transmettent à leurs enfants. »

Des collégiens vivent aussi des moments douloureux. « En 3e, ils viennent nous voir car ils n’ont pas d’assez bons résultats pour rester dans la voie générale », explique Cathy Rappa, responsable du BDI Orientation de l’Institut Stanislas, à Cannes. « Ils sont mal à l’aise, car ils subissent cette orientation et doivent trouver une filière à la hâte. »

Pour éviter l’anxiété, mieux vaut réfléchir à son avenir en fin de 4e ou en début de 3e au collège, et en milieu de 2de ou en début de 1re au lycée. « En terminale, c’est un peu tard. Car il faut remplir l’admission post bac à partir de janvier. Cela ne laisse qu’un trimestre pour faire des recherches… », prévient Valérie Durupty.

En libérant leur imaginaire, certains jeunes trouvent l'inspiration. Je leur demande quel est leur rêve le plus fou. Cela révèle ce qu'ils cachent au plus profond d'eux et cela permet de faire émerger un parcours. »

Michel Yacger , Formateur, consultant

Faire jaillir les idées

Les spécialistes de l’orientation commencent souvent par rassurer. « S’ils n’ont pas d’idées, on leur explique que c’est normal. Mais je leur dis que s’ils ne font rien, il ne se passera rien. Ils ne vont pas se réveiller un matin avec une idée lumineuse », ajoute Valérie Durupty.

À l’Académie des projets de vie, on aide les adolescents à gérer leurs émotions et à les verbaliser. « Ils se croient seuls à avoir peur. Ils n’en parlent pas autour d’eux », souligne Michel Yacger. Les parents bénévoles qui animent les BDI Orientation des établissements s’efforcent aussi de mettre les élèves à l’aise. « L’avantage, c’est qu’on se situe hors contexte scolaire. Les jeunes ne se sentent pas jugés », note Cathy Rappa.

Une minorité d’adolescents souffre de blocages : l’angoisse du changement, une difficulté à parler de soi, à identifier ses centres d’intérêt. « Dans ce cas, je conseille un suivi psychologique », précise Valérie Durupty. Mais en général, les idées finissent par jaillir, au fil de tests, d’entretiens qui visent à cerner les compétences et les centres d’intérêt de l’élève. « J’insiste pour connaître leurs qualités en dehors de l’école. Certains parents me disent : “Il fait tout le temps des fêtes pour ses copains.” Cela révèle un sens de l’organisation intéressant sur le plan professionnel », illustre Michel Yacger. En libérant leur imaginaire, certains jeunes trouvent l’inspiration. « Je leur demande quel est leur rêve le plus fou. Cela révèle ce qu’ils cachent au plus profond d’eux et cela permet de faire émerger un parcours », précise Michel Yacger. Une fois l’idée exprimée, il faut la confronter à la réalité, celle des études visées, des résultats scolaires. Parfois, il suffit de lister les étapes à franchir pour que le lycéen sache si son projet tient la route ou pas. 

« Il faut demander l’avis de plusieurs personnes »

Témoignage de Tessa MINERAUD
18 ans, en 1re année de licence de sociologie, à l'université de Poitiers

« Au lycée, j'étais tentée par la sociologie. Mais j'avais peur de me tromper, et de vivre seule, car le cursus n'existait pas dans ma ville. J'ai fait des recherches avec ma mère qui m'a toujours soutenue. J'ai parlé avec mon prof de sciences économiques et sociales qui m'a rassurée sur mes capacités et m'a renseignée sur les différentes facs.
La conseillère d'orientation, elle, ne m'a rien appris de nouveau. J'aurais aimé qu'elle m'indique des métiers, des passerelles... Elle ne s'est pas montrée enthousiaste alors que je voulais qu'on me conforte dans ma décision. Aujourd'hui, après quelques mois de socio, j'y vois plus clair : je veux devenir chasseur de têtes. Un choix confirmé par une discussion avec une amie de ma mère qui travaille dans ce secteur. C'est faisable à condition de compléter la licence par un master pro. En fait, il faut demander l'avis de plusieurs personnes. »

Convaincre ses parents

Il devra aussi tenir compte de la réaction de ses proches. Selon Michel Yacger, certains élèves, souvent à tort, « pensent que leurs parents pensent du mal de leur idée ». Mais il arrive que ceux-ci émettent des réserves. « Cela permet au jeune de se positionner », positive le formateur. Plus le projet est abouti, plus il emporte facilement l’adhésion. « Quand on est capable de s’investir, d’appeler un professionnel pour faire un stage, cela lève les oppositions », rapporte Michel Yacger.

D’un accompagnement à l’orientation, un jeune ressort, sans feuille de route, mais avec des pistes. « On l’aide à amorcer une réflexion. À lui de la poursuivre, d’entreprendre des démarches, de visiter des salons, des portes ouvertes… », souligne Valérie Durupty. « On n’est qu’un maillon de la chaîne », rappelle Cathy Rappa. Au terme du processus, l’adolescent aura gagné en maturité : il aura appris à prendre des décisions, à affirmer ses choix et boosté sa confiance en lui. C’est beaucoup !

Noémi Constans