Des spécialistes répondent à vos questions

Nous avons interrogé plusieurs spécialistes pour compléter le dossier de Famille & éducation n° 507

Interview de Jean Matos

Chargé de mission à l’archevêché de Rennes pour les questions éthiques, consultant auprès de l’enseignement catholique pour l’EARS (Éducation affective, relationnelle et sexuelle).

« Il est temps de sortir de la caricature du soupçon qui plane sur le discours de l’Église » 

 

FE : Les parents doivent-ils parler des relations affectives et sexuelles avec leurs enfants ?

Jean Matos : Rappelons tout d’abord un principe fondamental, les parents sont les premiers éducateurs de leurs enfants. Ils ont donc toute légitimité à aborder ce sujet avec eux mais les éléments de réponse varient en fonction des âges. Ce dialogue peut commencer dès la petite enfance,  cependant il n’est pas toujours utile de devancer les questions au risque d’être parfois un peu décalé et de susciter des questions que l'enfant ne s'est pas encore posées lui-même. Il n’y a pas de méthode toute faite. Mieux vaut essayer de saisir la balle au bond, de se montrer disponible et de créer un climat de confiance qui permet au jeune de poser des questions s'il en a besoin. C’est exigeant mais indispensable, surtout à l’adolescence où le dialogue devient parfois difficile.

FE : Les adolescents ne sont pas toujours très à l’aise pour évoquer ce sujet et leurs parents non plus ?

J. M. : C’est vrai. C'est alors qu'un tiers, un parrain, une marraine, un prêtre… peut jouer un rôle important, celui d'un relais en quelque sorte. L’école est là également pour suppléer. D’autant plus que les réseaux sociaux et les applications ont créé un nouveau mode de relations et de diffusion d’images. C’est l’émergence d’un  monde nouveau mais pas sans risques qui oblige les parents à un équilibre éducatif inédit. Si vous ne savez pas distinguer Tinder de Snapchat, vous êtes grillés ! Dans ce contexte, il ne faut pas hésiter à se former. L’Enseignement catholique propose des journées de formation.

FE : Mais c’est un sujet très intime ?

J. M. : La sexualité et le rapport à Dieu sont les deux sujets les plus intimes de tout être humain. Ils demandent une attitude respectueuse et délicate. Pour en parler avec ses enfants, un travail sur soi est nécessaire : « moi-même, où en suis-je pour porter une parole de façon crédible ? ». Derrière la posture, la parole, il y a une personne. Ne cherchons pas à être parfaits, soyons vrais et cohérents.

FE : Quel est le discours de l’Église sur ce sujet ?

J. M. : L'Église parle de la beauté de l’amour et du plaisir. Il est temps de sortir de la caricature du soupçon qui plane sur le discours de l’Église, comme quoi elle aurait un problème avec le corps et le plaisir. Il y a là un gigantesque malentendu. Jean-Paul II, avec la théologie du corps, puis Benoît XVI, dans sa première encyclique, Dieu est amour, nous ont aidé à en sortir ! L’amour y est décrit dans toutes ses dimensions, la communion, le don mutuel, l’ouverture à la procréation et le plaisir.  C’est un discours beau et exigeant.  Dynamisant et réaliste : les pulsions qui nous animent font partie de notre être, nous n’avons pas à les refouler mais plutôt à les intégrer. La distinction du corps et de l’esprit est une question anthropologique et non une question de morale.  L’acte sexuel n’est pas seulement un engagement du corps mais de toute la personne et c’est cela que nous devons faire comprendre aux jeunes à une époque qui privilégie les actes ponctuels et les expériences qui n’engagent à rien. Le corps serait juste un instrument de plaisir ? Mais quel est le jeune qui aime être instrumentalisé ? Prenons le temps de leur dire, de façon pédagogique, que l’acte sexuel n’est pas anodin et que certaines pratiques risquent de l’abîmer et d’abîmer l’autre.

Propos recueillis par Sylvie Bocquet

 

 

 

Assises diocésaines de Versailles

Retrouvez les temps forts des Assises pour la formation affective et sexuelle des 10-18 ans
www.catholique78.fr/grand-succes-pour-les-assises-diocesaines-pour-la-formation-affective-et-sexuelle-des-10-18-ans-0012

Thomas d’Ansembourg

psychothérapeute belge

« Développons des relations vraies, profondes et fécondes »

 « (…) Votre façon d’être adulte fait-elle sens et donne t-elle envie à vos enfants de grandir ? Ils n’écoutent pas toujours ce que vous dîtes ou ne prêtent pas attention à ce que vous faites, mais le plus important pour eux est ce que vous êtes et la cohérence que vous pourrez leur inspirer. Pour que cette cohérence les guide, il nous faut trouver notre fil rouge intérieur qui passe par un contentement de tout notre être. Le petit enfant éprouve un enchantement profond, sans regret du passé ni appréhension de l’avenir. Puis, en grandissant et en devenant adulte, il s’éloignera peu à peu de lui-même pour être conforme à la norme et à ce que l’on attend de lui, tout en pensant de façon illusoire devenir libre. Dans notre société marchande, de plus en plus de nos contemporains ressentent une déchirure entre ce qu’ils sont et ce qu’ils aimeraient être jusqu’à déclencher des mécanismes compensatoires comme les addictions, une recherche désespérée de reconnaissance…Nous avons besoin de développer un dialogue intérieur, de visiter notre être, de quitter ce vieil homme qui est en nous pour accéder à l’homme nouveau. De travailler l’hygiène de confiance. A nous, adultes, de créer également un climat d’amour où le respect occupe une place fondamentale. Ainsi, nous pourrons regarder notre enfant en fonction de ce qu’il est, de ce dont il a envie et non pas de ce que nous souhaiterions qu’il soit. L’éducation doit donner des clefs de connaissance intérieure. J’ai d’ailleurs toujours pensé que la psychologie nous rapprochait de Dieu. Retrouvons la joie de donner de nous-mêmes plutôt que d’avoir peur de ne pas exister dans le regard de l’autre. N’oublions pas que nous sommes des êtres infinis, capables d’éprouver des valeurs infinies d’amour et de tendresse, coincés dans un corps fini. Si nous ne développons pas cette aspiration à l’infini par la prière, la méditation, la danse, la musique…notre individualité se fatiguera et le fera payer aux autres. Discernons la vie, l’amour qui est en nous…Nous ne sommes pas seuls. Nous avons le choix, entretenir le chaos ou apporter une solution en voulant créer un nouveau monde, un autre rapport au temps. Défaisons les amarres et captons le souffle car nous sommes nés pour traverser la vie comme une joyeuse expansion (…) » 

Extraits de son intervention lors de la journée Parlez-moi d’amour, organisée par les trois évêques de basse normandie, le 7 mars 2015, à Caen.

> Pour en savoir + : www.pastojeunes14.org