3 questions à Nathalie Mons, présidente du Conseil national d'évaluation du système scolaire

Suite au petit-déjeuner débat sur les notes, organisé par l'Apel le 18 novembre dernier, et aux propositions sur l'évaluation formulées par l'Apel, Nathalie Mons, présidente du Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) répond à nos questions.

Le Cnesco vient de publier un rapport qui compare les réglementations et les pratiques d’évaluation des élèves par les enseignants dans la classe. Quels principaux enseignements en tirez-vous ?

Nathalie Mons : Les comparaisons de réglementation montrent que la France a peu changé en matière d’évaluation lors des dernières décennies, alors que les autres pays de l’OCDE faisaient sensiblement évoluer leurs cadres légaux. Notamment, des réflexions ont été entamé à l’étranger pour faire évoluer la notation chiffrée classique. Certains pays ont remplacé les notes numériques par des échelles de lettres par exemple, souvent moins nombreuses que nos 20 niveaux sur l’échelle de notation de 1 à 20, mais bien plus définies en termes d’attente pédagogiques et de niveaux scolaires. Par exemple, la Suède a une échelle de notation de A à F, F correspondant à l’échec au cours. Chaque niveau correspond à des résultats d’élèves qui sont définis nationalement, ce qui réduit les différences de notations entre les établissements. Certains pays ont aussi interdit les notes, puis les ont remises, comme certains cantons suisses. Bref, à l’étranger les débats autour de l’évaluation sont plus nombreux et l’encadrement de l’activité des enseignants sur le sujet plus étroit.

L'Apel est favorable à une évaluation partagée : plus de dialogue entre les parents, les enseignants et les élèves. Est-ce une bonne chose selon vous ? 

N. M.  : C’est capital, de nombreuses recherches montrent que le suivi par les parents de la scolarité de leurs enfants améliore les résultats scolaires. Or, le dialogue autour de l’évaluation de l’élève est crucial. D’où l’importance des rencontres parents/enseignants, qui sont d’ailleurs nombreuses en France comparées à d’autres pays, souvent en lien avec un nombre de bulletins de notes distribués chez nous plus élevé qu’à l’étranger. Il faut encourager, non seulement le nombre, mais aussi la qualité de ces échanges.

L'Apel souhaite également y associer davantage les élèves dès leur plus jeune âge, avec l'autoévaluation : est-ce possible selon vous ?

N.M. : C’est tout à fait possible et bénéfique pour l’enfant, qui acquiert une posture réflexive par rapport à ses apprentissages grâce à cette modalité d’évaluation. De nombreux pays exigent aujourd’hui des enseignants qu’ils pratiquent l’autoévaluation, comme d’autres formes d’évaluations innovantes. L’enquête Talis, sur les pratiques des enseignants dans les pays de l’OCDE, montre que la France se classe en dernier dans l’usage des auto-évaluations au collège. Largement moins de 20% des enseignants la pratiquent en France, contre 40% en moyenne dans les pays évalués par cette enquête et 70% en Angleterre.

Propos recueillis par Céline Reboufat

> Pour en savoir + www.cnesco.fr 

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