Déconfinement : comment les établissements gèrent-ils la reprise ?

Pour les élèves en situation de handicap, le reprise de l'école était attendue avec encore davantage d'impatience par les familles. Comment cela se passe t-il dans les établissements et comment réagissent les élèves ? Reportage à la Fondation Saint-Jean de Dieu, à Paris 15e

Sophie Griffaton enseignante en CE2 porte masque et blouse pendant toute la journée de classe

À la Fondation Saint-Jean de Dieu, à Paris 15e, l’école n’a pas fermé pour accueillir quatre élèves de CP en situation de handicap et pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance qui sont restés à l’internat pendant toute la période du confinement. « Tous les matins ils avaient classe avec moi grâce au soutien des éducateurs, explique Anick Debay Woszenski, directrice scolaire de l’IEM (institut d’éducation motrice). Et pour maintenir le lien entre l’enseignante et leurs copains de classe nous avons créé un groupe WhatsApp. » Ils ont été très contents quand l’école a ouvert ses portes le 12 mai à d’autres élèves venus égayer les salles de classe et la cour de récréation.

Une ouverture nécessaire pour les élèves et les familles

Une nécessité peut-être plus importante encore pour ces élèves en situation de handicap qui avaient besoin de retrouver les copains, reprendre les apprentissages, mais aussi les séances de soin, comme la kiné entre autres. « Je suis contente de retrouver quelques copains et la maîtresse que j’aime beaucoup, mais c’est difficile de me lever tous les matins à 7 heures, » confie souriante Gabriella, élève en CE2.
« Pour nous une réouverture même partielle est nécessaire pour le suivi médical et scolaire, mais aussi pour soulager les familles, » précise Christian Bost, président de l’Apel de Saint-Jean-de-Dieu, qui a aidé l’établissement à s'équiper en masques et blouses, grâce à l’Apel de Paris.

Shana, élève en CE2, vient tous les jours à l’école, alors que certains parents ont préféré que leur enfant y vienne à mi-temps seulement. Elle est contente de la situation car cela change. Elle a deux maîtresses dont une qu’elle n’a pas habituellement et elle partage la classe avec deux garçons qui sont en CM2, des grands.

Un protocole sanitaire pointu

Tous les matins avant l’arrivée des élèves, les classes, les poignées de porte, les claviers d’ordinateurs sont désinfectés. Les protocoles d’accueil ont été revus. Habituellement ce sont les chauffeurs, qui assurent le ramassage scolaire, qui accompagnent les enfants dans les classes. Le protocole sanitaire actuel les contraint de les confier à la porte de l’école au personnel recruté pour assurer l’accueil. « Pour l’instant seul l’accueil des élèves de primaire est ouvert, précise Sophie Griffaton, enseignante, alors les personnels des autres entités, qu’ils soient enseignants, kinésithérapeutes, ergothérapeutes, ou aides-soignants, viennent aider. » Première précaution avant d’aller en classe, prendre sa température. Ensuite, la journée est rythmée par le lavage des mains. Avant et après chaque pause récréation ou repas. 10 h 15, c’est l’heure de la récréation, les portes s’ouvrent dans le couloir et on entend la voix joyeuse d’un enfant qui lance : « On va se laver les mains ! » Les habitudes sont vites prises par les enfants qui comprennent bien que la situation n’est pas habituelle. Comment pourrait-il en être autrement ? Les enseignants, ainsi que le personnel soignant ou encadrant, portent un masque et une blouse pour éviter la contamination. Alors certains adultes ont accroché une photo d’eux souriant à leur blouse pour que les élèves les reconnaissent bien. « Mes élèves sont quand même plus préoccupés depuis la reprise », constate Sophie Verschambre, enseignante en CP.

En classe, les gestes barrière changent la donne. Gabriella et Shana ne peuvent pas être assises côte à côte chacune devant son ordinateur. Elles doivent laisser une chaise libre entre elles. Pendant que l’enseignante désinfecte les claviers et souris, elle précise : « Vous n’allez pas vous asseoir côte à côte, ce n’est pas pour vous punir, mais parce que nous devons respecter les distances entre nous. »

Les journées d’école passent très vite car le programme est dense entre les révisions sur ce qui avait été appris avant le confinement et le travail envoyé aux élèves pendant le confinement. « Pour certains, il faut tout reprendre, » observe Sophie Verschambre. Un constat partagé avec sa collègue Sophie Griffaton : « Nous avons moins de temps pour les activités manuelles ou créatives. »

Et même si les enfants ne peuvent pas s’approcher des copains et que tous ne sont pas revenus, même s’il faut attendre un peu plus tard pour manger parce que les repas sont servis sur des plateaux ailleurs que dans la cantine, et même si l’école fonctionne à petite vitesse, les sourires s’affichent sur tous les visages.

Claire ALMÉRAS

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