Les jeunes migrants face au confinement

Quid de la continuité pédagogique auprès des jeunes migrants durant cette période ? Enquête auprès d’établissements qui témoignent des difficultés vécues et des démarches mises en place ces dernières semaines pour conserver un lien avec ce public parfois isolé.  

« Nous nous sommes aperçus à la fin de la première semaine de confinement que la continuité pédagogique ne pouvait pas toujours être assurée auprès des élèves migrants car certains jeunes n’avaient pas le matériel approprié. Des ordinateurs portables ont donc été distribués à ceux qui n’en possédaient pas », explique Marie-Noëlle Julien, cheffe d’établissement du lycée St-Nicolas à Paris. Des difficultés d’outillage qui peuvent également s’accompagner de manques plus profonds : « La première difficulté est de se nourrir et se loger. Il est également complexe durant cette période de conserver le contact humain », estime Virginie Durin, vice-présidente de l’Apel de Paris. Cette situation est aussi observée par Philippe Bancon, chef d’établissement du collège St-Vincent à Hendaye, qui accueille une quinzaine d’enfants migrants accompagnés : « Les complications n’étaient pas forcément matérielles puisque nous avons fourni un iPad à chacun, mais relevaient de certains éléments extérieurs : une tension alimentaire, une promiscuité rendant difficile l’isolement pour travailler, etc. ». Lamine Kaba, jeune migrant en prépa-apprentissage à l'UFA St-Philippe de Meudon (Apprentis d’Auteuil), et logé dans un hôtel en région parisienne, évoque ces contraintes : « Côté logement et nourriture ça va, mais à part cela, tout est compliqué même pour laver nos habits ».

Nous avons décidé par tous les moyens de garder le lien par téléphone et par classes virtuelles »

Thierry Campos , chef de l’établissement St-Philippe de Meudon

Un accompagnement personnalisé

La nécessité de conserver un contact avec ces élèves est ainsi demeurée centrale pendant le confinement, comme le souligne Thierry Campos, chef de l’établissement St-Philippe : « Nous avons décidé par tous les moyens de garder le lien par téléphone et par classes virtuelles ». Ces classes ont lieu deux fois par semaine et sont couplées à des envois de documents par le professeur principal, Djaber Azekri, auprès de ces jeunes « très demandeurs et impliqués ». Même constat chez Frédéric François, le chargé d’insertion de la classe, également médiateur durant le confinement : « Je vois comment ils vont, je leur rends visite à pieds quand la distance le permet, je leur donne des retours des entreprises pour leur apprentissage, je les aide dans l’organisation de leur travail… ». « Avec ces appels réguliers, je me suis senti accompagné et rassuré. Bonne nouvelle pour moi : à l’issue du confinement, mon contrat d’apprentissage devrait être signé », détaille Lamine Kaba. De son côté Claude Landry Mandione, en CAP électro-technique à St-Nicolas explique : « Grâce à mon ordinateur, j’ai commencé à travailler sur des projets d’électricité. Mais je serai heureux de retourner à l’école ».

Préparer la reprise

Se pose maintenant la question de « l’après ». « Je pense que ces élèves sauront s’adapter et reprendront sans souci les cours, anticipe Jérémy Lemaître, professeur principal du CAP électro-technique de St-Nicolas. S’ils sont déstabilisés, ce sera par le nouveau rythme, tous les stages ayant été annulés pour l’année… ».

Dans son collège, Philippe Bancon espère voir les enfants migrants faire partie des publics prioritaires lors de la reprise « mais il va falloir aller les chercher, leur donner l’information… », explique-t-il. À St-Philippe, Thierry Campos entend bien, quant à lui, quelle que soit la date de reprise, « garder le lien » avec ces jeunes : « Ils sont moteurs de cette formation en électricité et nous avons déjà commencé à travailler avec les entreprises pour qu’elles les intègrent en contrat d’apprentissage ».

Charlotte COUSIN

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