Bac en contrôle continu : une mesure de bon sens !

Continuité pédagogique et éducative, évaluations, choix d’orientation… Comment se met en place le troisième trimestre dans les établissements du secondaire ? Ce qu’il faut retenir.

Comment enseigner ? Comment apprendre ? Comment évaluer les élèves ?

La continuité pédagogique et éducative sur le terrain

Dans la majorité des établissements, la continuité pédagogique et éducative s’est mise en place dès les annonces du président de la République. « J’ai demandé aux enseignants d’envoyer le travail en fonction du nombre d’heures hebdomadaires habituellement dédié à leur matière », précise Jean-Christophe Balique, chef d’établissement du collège Sainte-Marie, à Valenciennes. Une façon d’obliger les élèves à travailler avec régularité pour lui. Car si on laisse un délai trop long les collégiens ou lycéens pourraient être tentés de repousser au dernier moment le travail à faire. Une consigne donnée également par Emmanuelle Dalmau-Rocton, chef d’établissement du collège et du lycée polyvalent Émilie de Rodat, à Toulouse. « J’ai demandé aux enseignants de respecter le rythme des emplois du temps sans s’enfermer dans des grilles horaires et en ayant une certaine souplesse, car parfois il n’y a qu’un ordinateur par famille. Mais maintenir un rythme, c’est important pour les élèves. »

À l’Institution Sainte-Geneviève, à Paris, même son de cloche. La continuité s’est bien mise en place. « Avec souvent un trop plein de travail plutôt qu’un manque, constate Xavier Mancel, chef d’établissement. Cela se met en place naturellement. »

Par ailleurs, si dans certains établissements, la consigne est de valider les acquis sans proposer de nouvelles notions, ou si nécessaires, des notions simples. « L’idée c’est de modifier peut-être le planning de certains enseignants pour qu’ils gardent les notions les plus difficiles pour l’après confinement », explique Jean-Christophe Balique. D’autres ont préféré maintenir les progressions. « Nous souhaitons que les élèves continuent d’avancer et d’apprendre de nouvelles notions avec les activités d’entraînement et de consolidation qui vont avec », précise Emmanuelle Dalmau-Rocton.

Les évaluations

C’est là que ça se complique. Certains établissements ont décidé de maintenir les DST avec des notes pendant cette période de continuité pédagogique et éducative, mais après le retour des premières copies, des enseignants se sont rendu compte que des parents avaient fait le devoir à la place de leur enfant. « Nous nous rendons compte que les DST faits dans les conditions actuelles, c’est profondément inéquitable et que nous ne pouvons pas tout maîtriser, notamment que l’épreuve a bien été faite en temps limité, etc.», constate Véronique Garczynska, enseignante de SES, au lycée La Rochefoucauld, à Paris 7e.

Pour Jean-Christophe Balique, il faut suspendre les notes car l’objectif premier est que les élèves travaillent avec sérieux et bonne volonté. « C’est le message que nous transmettons aux élèves et aux parents. La note implique un reproche, et met en valeur ce qui n’est pas acquis au profit des compétences de l’élève, » renchérit-il. Or toutes les équipes éducatives visent encore plus qu’habituellement la bienveillance et l’accompagnement des élèves.

« Suspendre les notes pendant un temps, c’est une excellente occasion de redonner du sens à l’évaluation, précise Véronique Garczynska. Le vrai rôle de l’évaluation dans le processus d’apprentissage, c’est de réussir à s’auto-évaluer et que les élèves comprennent que l’erreur fait partie du processus d’apprentissage. » (voir encadré ci-dessous)

Une idée largement partagée par Xavier Mancel pour qui « la note n’est pas le seul moyen de donner de la valeur aux apprentissages. D’ailleurs, depuis la réforme du collège certains établissements ne notent plus les élèves mais sont passés à l’évaluation des compétences. »

« Beaucoup d’enseignants sont rentrés dans cette démarche, confirme Emmanuelle Dalmau-Rocton, ce qui est une très bonne occasion pour les enseignants de réfléchir à leurs pratiques et aux élèves, et aux parents, de comprendre que l’on ne travaille pas pour la note mais pour soi et son avenir. »

Le confinement aura, espérons-le, cet effet bénéfique de réfléchir à l’évaluation et à la sacro-sainte note.

Comment s'auto-évaluer ?

  • Se demander si on pourrait expliquer la leçon, la notion, une règle grammaticale ou mathématique à quelqu’un d’autre. Et pourquoi pas essayer
  • Rédiger un article de vulgarisation comme dans un magazine jeunesse ou comme dans un magazine.

Les examens et le contrôle continu

Même si la décision prise par le gouvernement était certainement la plus sage beaucoup d’élèves sont déçus de ne pas passer d’épreuves. « C’est normal explique Véronique Garczynska, le contrat n’était pas celui-là initialement. Le contrat rompu déstabilise les élèves, mais il faut rassurer les parents et les élèves, tout le monde a à cœur d’aider les élèves. » De l’avis de tous, dans 95 % des cas les notes obtenues au bac correspondent à celles du contrôle continu et au travail fournit par les lycéens au premier et deuxième trimestre.

« Il y aura peut-être moins de mention cette année, anticipe Xavier Mancel, mais aujourd’hui, il y en a tellement qu’elles ne veulent rien dire. La réforme du bac mène également vers moins de mentions, qui ne sont pas prises en compte dans Parcoursup. » Pour lui la priorité est ailleurs, elle concerne les quelques élèves dont les moyennes sont actuellement trop justes. Pour ceux-là il faut être présents pour les aider à maintenir un rythme de travail qui leur permettra d’avoir un troisième trimestre plus avantageux. Si le troisième trimestre se réduit trop Emmanuelle Dalmau-Rocton envisage pour son établissement des notes qui n’évalueraient pas seulement la performance, mais surtout l’implication, l’assiduité et le sérieux des élèves.

Les questions d’orientation

Ce point peut être épineux pour certains élèves de troisième ou seconde. Car comment les accompagner au mieux les décisions d’orientation dans la situation actuelle. Jean-Christophe Balique est assez confiant : « Les questions d’orientation sont déjà jouées dans nos établissements car les places pour l’année suivante se retiennent au premier ou deuxième trimestre souvent. Nous avons des réunions avec les parents en novembre et en février, et quand il y avait des choix qui ne nous semblaient pas adaptés, nous en avons déjà fait part aux familles. »

Xavier Mancel est plus inquiet quant à la finalisation du projet d’orientation pour certains de ses élèves. « Pour les familles, ce troisième trimestre est déterminant. Soit l’élève se révèle et tant mieux. Mais le plus souvent ce trimestre aide les familles à discerner le choix qui sera le mieux pour leur enfant. »

« Cette période, si elle est source de stress et d’inquiétude pour beaucoup, est aussi une formidable opportunité de considérer le sens des choses, » constate Benoit Skouratko, chargé de mission second degré au Secrétariat général de l’Enseignement catholique. Comment enseigner ? Comment apprendre ? Comment évaluer les élèves ? « Questionner le sens de nos pratiques est selon moi un signe d’espérance, » conclut-il.

Claire ALMERAS

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