Vos témoignages pendant le confinement

Vous êtes parent, enseignant, comment s'organise votre quotidien ? Comment réagissent vos enfants ? Quelles sont vos occupations ? Vos bons plans ? On attend vos témoignages à nous envoyer à jetemoigne(at)apelnationale.fr

Mané, 24 ans, étudiante en médecine

« Dès que la pandémie a débuté, je savais que je serais réquisitionnée. Interne en urologie, en sixième année, à l’hôpital Tenon à Paris, je donne un coup de main depuis une semaine à l’unité de réanimation Covid auprès des infirmières. Je n’ai eu aucune hésitation, tout comme mes camarades. Nous savons que nos collègues sont débordés, que nombre de médecins sont infectés et nous voulons donner le meilleur de nous-mêmes. Je vais bientôt faire le lien entre les médecins et les familles qui sont interdites de visite à cause de la haute contagiosité du virus. J’assisterai aux réunions médicales du matin, et j’en informerai les proches. Ca sera je l’imagine une expérience humaine, plus que professionnelle. En réanimation, l’ambiance est chaotique, mais extrêmement solidaire et généreuse. Je n’ai jamais vécu cela. Je n’ai pas peur mais mes parents eux, sont très stressés de me savoir au front. Surtout ma mère. Tous les soirs, au balcon, à 20h, ils applaudissent les soignants en pensant à moi. »

Claire, 23 ans, étudiante en médecine

« J’étais en cinquième année, en stage ORL, quand l’épidémie a débuté. Je me suis rapidement inscrite sur une liste de volontaires, pour le service « Covid plus » de l’hôpital Georges Pompidou, à Paris. Nous, étudiants sommes nombreux à être partants pour renflouer les équipes. Depuis trois semaines maintenant, je donne un coup de main en réanimation, auprès de patients « covid 19» intubés et plongés dans un coma artificiel. Mon travail est celui d’une aide-soignante : je procède à la toilette, je retourne les patients sur le ventre, sur le dos. La mort ? Je l’ai vue en face, un de « mes » malades est décédé au bout de quelques jours. Je n’ai pas le temps de réfléchir. Et je suis hyper protégée par mon masque FFP2, ma surblouse, ma charlotte et mes lunettes. Je suis très heureuse de prendre part à cette guerre si particulière. Pour la première fois de ma vie, je me sens considérée par mes pairs, alors qu’en temps normal, à l’hôpital, nous, étudiant(es), sommes traîté.es comme des sous-fifres ! Pour la première fois, on me respecte. »

Dessins pour le personnel soignant de l'hôpital de Lodève

Dessins réalisés par les élèves de l'école St Joseph de Lodève (34) pour le personnel soignant et accrochés dans la hall de l'hôpital de Lodève.

Sophie, enseignante, École Saint-Jean de Dieu, Paris

« Avec les autres enseignantes nous avons envoyé aux parents des tâches très simplifiées pour nos élèves qui ont la particularité d’être tous porteurs de handicaps moteurs parfois très lourds. En classe habituellement, nous utilisons un matériel adapté, nous faisons beaucoup de manipulations, les exercices se font principalement à l’oral, et nous utilisons le tableau numérique pour projeter des vidéos. Les familles ne disposent pas tout ce matériel. Une de mes élèves n’a pas d’ordinateur, ni d’imprimante. Elle reçoit tous mes messages sur son téléphone.

Nous leur envoyons des liens vers des vidéos ludiques. Nous demandons peu aux parents car nous savons que c’est d’autant plus difficile avec le handicap de leur enfant.

Nous n’abordons pas de nouvelles notions, mais nous avons expliqué aux parents que notre objectif, c’est de maintenir les acquis… Pour cela il faut réviser et réactiver ce qui a déjà été appris. »

Mélanie MILLET, chef d'établissement

« Tous les enseignants ont répondu présents, lorsque j’ai décidé d’ouvrir les deux écoles primaires que je dirige à Montfavet (84), Saint-Joseph et Saint-Charles. J’avais prévu que nous pourrions accueillir une petite quinzaine d’enfants, selon les professions des parents mais à l’heure actuelle nous en accueillons deux ou trois. Peut-être plus dans les jours à venir car depuis lundi soir dernier nous avons ouvert cette possibilité aux personnels des forces de l’ordre. Nous sommes très bien accompagnés par la direction diocésaine, qui fait preuve de beaucoup de bienveillance à notre égard. Je constate avec émotion le bel élan de solidarité, de la part des enseignants et des parents, qui s’est exprimé très rapidement. Nous sommes contents d’assurer notre mission, qui est une mission citoyenne mais aussi d’église en rendant service aux familles.

Nous avons mis de façon très stricte les règles sanitaires en vigueur : respect des distances, lavage des mains réguliers, tousser dans son coude, utiliser mouchoirs jetables auxquelles s’ajoutent la désinfection des locaux tous les jours. Les enfants apportent leurs propres jeux et ceux-ci ne sont utilisés que par leurs propriétaires. Du gel hydro-alcoolique et des gants sont également à disposition de tous.

Et les enfants qui sont accueillis à l’école ? Ils sont ravis d’avoir l’école pour eux seuls et sont très contents de venir à l’école pour travailler et jouer. »

Camille, AESH au lycée Carcado Saisseval à Paris

« On se débrouille car on a été un peu « oublié », les AESH ! Nous n’étions pas une priorité et donc difficile de nous donner des conseils concernant notre télétravail…comment s’organiser ? Les directives ministérielles ont tardé mais heureusement très vite, le directeur adjoint de l’établissement a permis à l’équipe d’accéder de chez soi au serveur Pronote et nous nous sommes répartis les élèves. Notre équipe a mis en place un système de communication entre nous et envoyé un mail à l’ensemble des familles afin qu’elles puissent nous joindre.

Pour ma part, je me suis focalisée sur 3 de mes élèves qui passent le bac cette année. Nous communiquons par mails et par téléphone. Etant connectée à Pronote, je peux suivre ce que donnent les professeurs en temps réel. Je prépare des fiches de synthèse de cours ce qui correspond au travail de reformulation. Je communique avec les professeurs. Pour mon élève qui est censée être en stage et donc confinée chez elle, j'ai trouvé des sujets de bac avec des corrigés, cela lui permet de s’entraîner et de réviser ses cours, pour ne pas se trouver en trop grande difficulté le jour J. Les élèves peuvent me joindre dès qu’ils en sentent le besoin. C’est important pour eux, notre relation est basée sur la confiance et l’échange. Ce travail de continuité entre nous les rassure. J'échange aussi beaucoup avec mes collègues, nous sommes six. On est aussi en relation avec l'équipe de la vie scolaire de l'établissement pour s'assurer que nos élèves en situation de handicap puissent rendre leur travail dans des conditions adaptées à leur pathologie. Exemple : la semaine dernière, c’était très compliqué pour nos élèves car il fallait se connecter et rendre un travail sur une plateforme en 55 minutes ! Impossible pour des autistes, des dyspraxiques, des pluridys.... Le directeur adjoint a été alerté, il a tout de suite contacté l'ensemble des profs et tout est rentré dans l'ordre. »

« Maman j'ai perdu ma deuxième dent de devant ! Est-ce que la petite souris elle va passer quand même pendant le confinement ? »

Edgar, 8 ans

Sandra, enseignante et maman d'un enfant TDAH

« Avec mon fils qui est en classe de 3e, on va tous les jours sur l'ENT de son collège et je suis impressionnée par la quantité de travail qu'il a à faire ! Il y passe 3 à 4 heures par jour. En tant que maman d'un enfant TDAH (Trouble déficit de l'attention avec hyperactivité) c'est un peu la double peine car il a non seulement du mal à se concentrer, mais en plus il ne peut pas sortir pour se défouler ! Au début il trouvait que ce confinement était une bonne nouvelle car il n'allait plus en cours, mais maintenant il commence à déchanter car il se rend compte qu'il faut travailler quand même...

Avec mes élèves de CE2, on continue les révisions. Ils sont partis avec du travail pour deux semaines quand l'école a fermé : fichiers de grammaire, conjugaison, calcul, résolution de problèmes... On a fait le point avec les parents qui étaient un peu perdus au début et maintenant ça va. Certains collègues ont organisé des visio avec leurs élèves et comme le confinement va certainement durer, je pense que je vais aussi le mettre ça en place. Certains m'ont envoyé des mails pour me donner de leurs nouvelles et ça m'a fait très plaisir ! »

Thierry Aillet, directeur diocésain du Vaucluse

« Dès que l’activité scolaire a été suspendue, nous avons bien entendu mis en place un accompagnement pédagogique doublé d’une continuité pastorale et spirituelle, de la maternelle au lycée. Les chefs d’établissement, leurs adjoints en pastorale scolaire, ainsi que les présidents d’Ogec et d’Apel reçoivent chaque jour des textes de prière et de méditation et de réflexion sur la relation familiale dans ce contexte inédit de confinement. La pratique régulière de la visioconférence avec les uns et les autres permet également à chacun de partager ses joies mais aussi d’exorciser la peur et ses angoisses. L’ensemble de la communauté éducative est fortement impliquée auprès des familles avec, là aussi, la diffusion de textes d’accompagnement spirituel, de méditation et une incitation au dialogue. Le confinement est un moment idéal pour que la cellule familiale se redécouvre pour retrouver et vivre avec force la sérénité. C'est une opportunité spirituelle à ne pas laisser passer. Ce n’est certainement pas du temps perdu, mais au contraire l’opportunité d’approfondir les relations et de découvrir l’essentiel, ce que le Pape François a dit lors de sa bénédiction Urbi et Orbi, le 27 mars dernier : « Le Seigneur nous interpelle, et au milieu de notre tempête, il nous invite à réveiller, puis à activer la solidarité et l’espérance capables de donner stabilité, soutien et sens en ces heures où tout semble faire naufrage. »

Marcela et Guillaume, parents de Kateri et Iñaki

« Nous avons établi tous les quatre les horaires de la vie de famille pendant le confinement. Kateri, qui est au CP, l’a rédigée, c’était l’occasion d’écrire, et son petit frère Iñaki, qui a un an et demi a fait les dessins. Nous avons clairement établi les temps collectifs, les temps libres et les temps de travail, pour les adultes et pour les enfants. Avec mon mari nous jonglons pour accompagner notre fille dans la poursuite des apprentissages, et le télétravail que nous assurons. Nous nous appuyons tous les jours sur ce que l’enseignant nous envoie et les programmes proposés par Lumni. Ils sont très bien faits, mais l’enfant ne peut pas être autonome. Notre présence à ses côtés est indispensable. Même si nous savons bien que nous n’allons pas nous transformer en enseignant du jour au lendemain, ce qui serait mission impossible. D’autant plus que nous aussi nous sommes bousculés par ce confinement.

Nous tenons à ce que cette période se passe au mieux et que, malgré l’exceptionnel, notre quotidien ne soit pas trop éloigné d’une vie normale. Donc nous ne sur-stimulons pas les enfants avec plein d’activités, mais nous accordons 30 à 45 minutes de dessins animés par jour, nous faisons des activités ensemble (cuisine ou yoga) et nous les laissons parfois s’ennuyer. L’ennui permet aux enfants de rêvasser, de faire le vide, d’être paisibles. Et puis à certain moment ça dérape ou on s’énerve comme dans la vraie vie. »

Valérie, maman de Zélie, Célestine et Félix

« Très compliqué de jongler entre le télétravail, qui en ce moment est chronophage, nous multiplions les réunions pour le bon suivi des projets, et l’accompagnement des enfants dans leur travail scolaire. À tel point que j’ai dû demander à être déchargée des réunions du matin et d’assurer celles de l’après-midi. Notre aînée qui est en 5e a énormément de travail, elle est très autonome, mais le rythme est soutenu et c’est stressant pour elle, donc nous devons être présents. Rien qu’en sport elle a reçu 17 feuilles avec des exercices… Le plus difficile, c’est pour notre fils Félix qui est en CE1 et qui ne comprend pas du tout la situation et pourquoi il faut travailler autant à la maison. Nous sommes en négociation perpétuelle avec lui. Les enfants regrettent aussi de ne pas voir les copains. Mais nous prenons tout cela de façon très positive. Les enfants découvrent beaucoup de choses en informatique et en apprennent plein de choses sur la vie. »

Alice, maman de Lou, 16 ans, Ninon, 10 ans, Justine, 6 ans et Margaux 4 ans

« Dès le début du confinement pour pouvoir gérer le télétravail, les quatre enfants, et les deux chiens, je me suis dit qu’il fallait que je trouve une organisation… Heureusement parce que j’ai contracté le covid-19 et je suis restée dix jours au lit…

J’ai imaginé et mis en place le concept de couicwins. Les couicwins c’est une monnaie parallèle. Chaque jour les filles peuvent gagner des points.

10 points individuellement (elles ont un nombre de couicwins «cw » fonction de ce qu’elles ont bien fait spontanément dans la journée (être sage, calme, aider, débarrasser, participer ++ à la vie de famille, etc.). Elles peuvent aussi gagner 10 points en équipe : les points communautaires.

Elles peuvent dépenser leur cw (en monnaie) pour des avantages individuels ou communautaires (voir la boutique).

Au bout de 15 jours, je change leurs cw en chèque de banque (chèque de banque) qu’elles pourront dépenser à la fin du confinement.

Je ne m’attendais pas à une telle réussisse ! Les filles sont toutes à fond, tous les soirs nous nous retrouvons pour un débriefing de la journée et du nombre de points accumulés et prévoient comment faire mieux le lendemain. »

Solidarité en chanson au collège Saint-Dominique

Les élèves de la maîtrise Chalonnaise Saint Charles scolarisés au collège Saint Dominique ont travaillé pour écrire et préparer ce chant afin de remercier les soignants et leur signifier leur reconnaissance lors de cette crise mais partager leurs espoirs.
Texte de Alban Lecoustre, élève de 3e au collège St Dominique à Chalon-sur-Saône et musique de Thibaut Casters. 

       

Défi des mercis à l'école Saint Bernadette

L'école Sainte Bernadette à Chasselay a lancé un défi à ses élèves et à leur famille : le défi d'un merci collectif et solidaire pour toutes les personnes qui en ont besoin actuellement.