7 cas d'école et leurs solutions

Il préfère jouer, il bouge tout le temps, il est fatigué, il est débordé... À chaque situation pouvant perturber la concentration de votre enfant, nos experts apportent des réponses.

© Frédéric Rébéna

1. IL PRÉFÈRE JOUER PLUTÔT QUE DE SE CONCENTRER SUR SES DEVOIRS

Il faut lui signifier qu’il n’a pas le choix, que ce n’est pas négociable. Instaurez un rituel quotidien : les devoirs après le goûter ou après le jeu. Si besoin, aidez-le aussi à lui donner une limite dans le temps (ni trop long ni trop court) : « Tu as besoin de combien de temps pour faire tes devoirs ? », « Je pense que tu as besoin d’une demi-heure pour tes devoirs, quand l’aiguille de la pendule sera là, ce sera terminé et tu pourras aller jouer », etc. La plupart des enfants ont besoin d’anticiper sur ce qu’ils feront d’agréable après leurs devoirs. Ainsi, ils sont capables d’accepter la contrainte que ceux-ci peuvent représenter.

Aidez-le aussi à comprendre le sens des devoirs. Posez-lui des questions : à quoi servent les devoirs ? Devant tes devoirs bien faits, comment te sens-tu ? Réussis-tu mieux à l’école quand tu t’es appliqué à la maison ? Etc.

Avec Pascale Pavy, psychomotricienne 

2. IL A BESOIN DE BOUGER SOUVENT ET CELA PERTURBE SA CONCENTRATION

Certains enfants ont davantage besoin de bouger que d’autres, leur sens kinesthésique doit être stimulé afin qu’ils restent concentrés. Pour répondre à ce besoin, permettez-lui d’être en mouvement pendant les devoirs. Au lieu de perturber leur attention, cela peut la renforcer. Ainsi, pour mieux mémoriser, il peut chanter sa poésie en marchant ; il peut s’installer comme il le souhaite sur son lit ou par terre, pour réfléchir à un problème de maths tout en prenant des notes... Peut-être pouvez-vous acheter un gros ballon fitness ou un coussin d’équilibre (de posture) afin de réguler le système nerveux central de l’enfant, ce qui favorisera sa concentration.

L’enfant peut aussi avoir besoin de manipuler ou de mâchouiller un objet pour mieux se concentrer. Dans ce cas-là, il faut l’aider à en choisir un seul (balle anti-stress, embout pour crayon à mastiquer, etc.).

Plutôt que de supprimer sa liberté de mouvement, il est préférable de réduire les sources de distraction ( juste le matériel adéquat posé sur le bureau, dans un environnement calme et lumineux).

Avec Pascale Pavy, psychomotricienne

3. IL ME DIT QU’EN CLASSE IL N’EST PAS ASSEZ EN FORME POUR SE CONCENTRER

Le premier point essentiel pour être en pleine possession de ses moyens, c’est d’avoir un rythme de sommeil régulier et surtout de dormir suffisamment. Pour les plus jeunes, instaurez un rituel du coucher, avec l’histoire du soir, par exemple, et pour les ados, l’arrêt des écrans à un horaire fixé bien en amont de l’endormissement, car on sait que la lumière bleue émise par les écrans de smartphone excite le cerveau.

L’enfant peut également ne pas être en forme physiquement parce qu’il est triste, inquiet, voire anxieux. Essayez de creuser cette piste avec lui.

Autre point essentiel, l’alimentation. Les coups de barre et les chutes de la concentration peuvent être dus à une hypoglycémie, elle-même causée par une hyperglycémie. Un apport en sucres rapides trop important fait monter la glycémie, qui du coup entraîne une chute tout aussi rapide. Par exemple, vers 10 heures, si au petit déjeuner l’enfant a pris des céréales sucrées, un jus et une compote industriels. Il faut donc privilégier des aliments non transformés, riches en sucres lents : du pain et du beurre, un yaourt, un fruit entier.

Dernier point, proposez à votre enfant de pratiquer un sport. L’activité physique permet une bonne oxygénation du cerveau et d’évacuer le stress. Mais ne chargez pas trop son emploi du temps. Pour être au top dans la journée et réussir à se concentrer, tout est une question d’équilibre.

Avec Ariane Dechelette, cadre de santé, formatrice 

POUR FAVORISER LA CONCENTRATION

Ne pas demander deux choses en même temps à son enfant et ne pas lui donner de consignes trop vastes.

Installer des rituels et proposer des temps d’attention. Car il est impossible de rester concentré toute la journée.

Identifier avec l’enfant le niveau d’attention dont il va avoir besoin pour accomplir une tâche.

Pour les devoirs, aider l’enfant à morceler et à se fixer successivement des petites missions.

Aider son enfant à repérer les signes qui annoncent une déconcentration.

 

 

4. IL SE NOIE FACILEMENT DANS TOUT CE QU’IL DOIT FAIRE

La particularité de cette génération issue du numérique est d’être submergée d’informations, sans savoir les trier. D’où le sentiment d’être noyé ! Ne sachant pas par où commencer, les enfants perdent leur objectif de vue et... se déconcentrent. Je leur propose trois stratégies.

Structurer le planning et le travail. Pour chaque « gros objectif » (dissertation, préparation de contrôle...), on dégage trois petits objectifs. Exemple : pour préparer une évaluation sur la Deuxième Guerre mondiale, on découpe sa semaine en trois temps forts : j’apprends le 1er chapitre le mardi, le 2e le jeudi, le 3e le samedi.

Organiser une routine. Le cerveau se mobilise d’autant plus rapidement qu’il sera sollicité à la même heure tous les jours : 17 h 30, je m’y mets, 18 h 30 j’arrête, je reprends à 20 heures.

Prévoir des pauses : on est beaucoup plus efficace, si l’on sait que l’on aura une « récompense », après une demi-heure ou une heure de travail. On s’octroie donc des petites pauses : regarder une vidéo de 3 minutes, jouer son morceau de piano ou de guitare favori... À proscrire : les réseaux sociaux et les séries qui son chronophages !

Avec Brigitte Prot, psychopédagogue

5. PENDANT UNE ÉVALUATION, IL PERD SES MOYENS

Tout d’abord, il faut expliquer à ses enfants qu’une évaluation est un moment de joie et non un moment de douleur. N’installez pas la peur dès le départ. Si votre enfant a fait son travail, alors l’évaluation sera juste par rapport à son travail. Sauf problème de méthode qu’il faudrait peut-être déceler. Les parents doivent encourager leurs enfants et leur apprendre à répéter comme un mantra : « Je vais y arriver, je suis fort, j’ai confiance en moi. »

Ensuite, en cas de coup de stress, pour revenir au calme apprenez cette technique à votre enfant.
« Concentre-toi sur ta main (celle avec laquelle tu écris). Place toute ton énergie dans cette main qui est un point fixe. Puis relâche ta main et place-là à plat sur ton ventre. Respire alors trois fois très profondément en gonflant et dégonflant le ventre. » Ainsi calmé, votre enfant peut revenir vers sa feuille et se répéter son mantra : je vais y arriver...

Avec Florence Vertanessian, sophrologue, conférencière 

6. LA MÉDITATION PEUT-ELLE L’AIDER À SE CONCENTRER ?

L’objectif de la méditation est précisément de neutraliser les « distracteurs », internes (émotions, stress) ou externes (bruits, odeurs, téléphone, notifications des réseaux sociaux...) qui viennent polluer la concentration des enfants. Bénéfices ? On augmente la mémoire de travail, qui permet d’intégrer l’information et de la restituer correctement, et on libère de l’espace pour les apprentissages. Avant de faire ses devoirs, encouragez-le à adopter la posture de l’arbre. Debout, pieds nus « enracinés » dans le sol, bras à l’horizontale, les yeux fermés, il se concentre sur son souffle, tout en écartant les pensées parasites. Avant un contrôle, pour neutraliser le stress, conseillez-lui l’exercice de la main : il pose sa main sur la table pendant quelques secondes et se concentre sur les points d’appui (les doigts, la paume) tout en respirant. Le soir, on optera plutôt pour le « scan corporel » : il s’agit de visualiser un faisceau lumineux qui se déplace sur chaque partie du corps, du cuir chevelu au petit orteil. Pratiqués régulièrement, ces exercices permettent d’augmenter la concentration de 70 %.

Avec Jeanne Siaud-Facchin, spécialiste des difficultés d’apprentissage 

7. IL EST ENCOMBRÉ PAR LES DIFFICULTÉS FAMILIALES.

L’impact des émotions sur la concentration est un fait bien établi. Si l’enfant est submergé par les parasites émotionnels liés à une situation compliquée (deuil, séparation, déménagement, changement d’école), il peut ne plus parvenir à se focaliser sur ses apprentissages. Si l’on a identifié la cause de ce chagrin, aux parents de lui parler pour faire baisser le seuil émotionnel. On le rassure, en lui faisant comprendre qu’il doit conserver le contrôle : « Certes, c’est plus difficile pour toi en ce moment, mais tu dois continuer à travailler pour ton avenir. » Le responsabiliser, dès 7-8 ans, est paradoxalement rassurant car il se sentira maître de la situation. Reste ensuite à l’encourager à rêver et à se projeter dans le futur : « Tu veux toujours être pompier ? Vétérinaire ? » Les projections – même temporaires – vont l’aider à se motiver, donc à se concentrer sur son avenir. En revanche, mettez-le en garde contre les réseaux sociaux qui font « flamber » les émotions négatives. Et ça, c’est très contagieux.

Avec Didier Pleux, psychothérapeute

Propos recueillis par Claire ALMERAS et Sophie CARQUAIN

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