Abandonnons les préjugés

L’accueil des élèves en situation de handicap passe par un lien fort entre équipes éducatives et parents. L’éclairage de trois référentes école inclusive de l’Apel.

Alexandre, 9 ans, scolarisé en classe Ulis (unité localisée pour l’inclusion scolaire) bénéficie lorsqu’il est en classe ordinaire de la présence d’une AVS.

PRESQUE TROIS FOIS PLUS EN QUINZE ANS. Depuis la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, les effectifs d’élèves en situation de handicap en milieu ordinaire sont passés de 118 000 à 340 000. Pourtant, l’inclusion est encore perçue comme compliquée pour les enseignants et les élèves concernés, voire pénalisante pour le reste de la classe. Dans une société où les personnes dites « valides » côtoient assez peu de gens en situation de handicap, les craintes reposent bien souvent sur des idées reçues.

L’ENSEIGNANT CRAINT DE NE PAS SAVOIR NI POUVOIR FAIRE

Accueillir un enfant en situation de handicap dans sa classe suscite a minima des appréhensions : celles de manquer de formation et d’avoir trop d’élèves pour pouvoir s’en occuper correctement. Mère d’un enfant en situation de handicap, Stéphanie Pikon en est tout à fait consciente. Elle confie « être toujours allée vers les enseignants pour expliquer comment fonctionnait (son) fils, sans jamais leur dire comment ils devaient faire ». Aujourd’hui référente école inclusive de l’Apel Ardèche, elle espère transmettre sa démarche aux correspondants Information et conseil aux familles (ICF), que l’Apel souhaite mettre en place dans chaque établissement. Elle a toujours fourni aux enseignants un document listant les particularités de son fils et les adaptations possibles pour les compenser : « Une sorte de traduction concrète des documents médicaux incompréhensibles qu’ils reçoivent. »

Meriem Dumont prône également le dialogue respectueux entre parents et enseignants, « chacun à sa place ». Responsable ICF à l’Apel 94, elle note que « les enseignants sont globalement à l’écoute ». Et espère que des petites choses simples pourront devenir des réflexes professionnels. « Préparer un travail avec un interligne plus large, choisir une police de caractère plus grande, mettre les documents utilisés en cours sur une clé USB, n’implique pas un travail supplémentaire pour l’enseignant, assure-t-elle. Non seulement ces adaptations changent tout pour certains, mais elles profitent à tous ! » Stéphanie Pikon rappelle que des ressources très claires existent à destination des enseignants, notamment sur le site Eduscol du ministère de l’Éducation nationale. 

Ecole inclusive - Quel est le rôle de l'Apel ?

L’Apel accueille tous les parents, quelles que soient leurs difficultés sociales ou économiques et tous les enfants quels que soient leurs besoins éducatifs. Notre rôle est de sensibiliser les parents à cet accueil de la diversité et à la richesse de la différence.

Comment ? Les Apel académiques et départementales ont une cinquantaine de référents école inclusive sur l’ensemble du territoire. Ces parents d’élèves formés font partie du réseau ICF (Information et conseil aux familles). Ils organisent des colloques, des conférences, des cafés rencontres, des temps d’écoute. Ils collaborent avec les animateurs BDIO (bureaux de documentation et d’information Orientation) et les correspondants ICF au sein des établissements. Ces parents d’élèves participent également à des instances, comme les CDAPH (Commissions départementales des droits et de l’autonomie des personnes handicapées) et la CDOEASD (Commission départementale d’orientation vers les enseignements adaptés du 2nd degré). Ce sont des missions de représentation, mais aussi d’accompagnement et de soutien des familles.

D’autres actions ? Chaque année, l’Apel nationale soutient les établissements à hauteur de 200 000 euros de subventions pour co-financer le développement de pédagogies innovantes. Nous avons aussi à cœur de faire vivre les partenariats que nous avons signés avec la Fédéeh (Fédéraion étudiante pour une dynamique études et emploi avec un handicap) et l’Arpejeh (Accompagner la réalisation des projets d’études de jeunes élèves et étudiants handicapés) - SB

»

PAUL VITARD , Référent au bureau national de l'Apel pour l'école inclusive

LE PARENT D’ENFANT EN SITUATION DE HANDICAP A PEUR QUE SON ENFANT SOIT TROP ISOLE

C’est à l’entrée au collège que l’inquiétude des parents d’enfants en situation de handicap s’exprime le
plus fortement. Principalement parce que la multiplicité des interlocuteurs ne facilite pas la communication avec l’équipe éducative. En lien avec les parents et le correspondant ICF, le professeur principal joue alors un rôle central dans la transmission des informations. Une autre difficulté vient de l’éclatement du groupe classe au collège, qui s’intensifie au lycée. Christine Poac, responsable ICF à l’Apel 94, note que les groupes créés par les élèves d’une même classe sur les réseaux sociaux peuvent être très utiles à l’inclusion au collège et au
lycée. « Plus il y aura d’enfants avec tel ou tel besoin particulier à l’école, plus ce sera normal et moins ils seront isolés », ajoute Meriem Dumont.

LES AUTRES PARENTS D’ÉLÈVES APPRÉHENDENT UNE BAISSE DU NIVEAU DE LA CLASSE

« Les familles expriment plus facilement leur appréhension de voir l’accueil d’un ou plusieurs enfants différents rejaillir négativement sur le niveau scolaire de leur enfant dans les classes où il faut s’orienter ou passer des examens », témoigne Christine Poac. Elle cite le cas d’un père de famille – « jusque-là ravi de l’ouverture que l’inclusion scolaire apportait à son ado » – qui a décidé de le changer de structure l’année du bac. Un choix que son fils « privé de tous ses repères à un moment charnière de sa scolarité » a finalement regretté.

De son côté, Stéphanie Pikon rappelle qu’être reconnu en situation de handicap ne signifie pas forcément que l’on soit en difficulté scolaire. Les bilans valident que ces enfants ont une ou plusieurs particularités qui les handicapent dans leur quotidien. D’où l’intérêt de parler de « besoins particuliers destinés à compenser ce handicap », poursuit-elle, plutôt que « de coller une étiquette d’enfant handicapé ». Pour son fils, elle a choisi « un établissement où les enseignants sont très mobilisés pour l’inclusion, comme c’est le cas de nombreux établissements catholiques », juge-t-elle. À l’adresse de « ceux qui considèrent qu’il faut renoncer à l’inclusion de tous pour mener les meilleurs au plus haut niveau », elle assure qu’« il est possible de faire les deux ». Enthousiastes, les référentes école inclusive de l’Apel interrogées sont portées par la même envie de changer les mentalités pour construire une société inclusive. 

Isabelle MARADAN

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