Orientation : ce qui change au collège et au lycée

La question de l’orientation prend une dimension nouvelle dans la filière générale et technologique et la professionnelle. Le point sur les étapes et les outils qui permettent aux élèves de mieux se connaître et de les aider dans leur choix. 

FORMULER SES POINTS FORTS, et faibles, découvrir le monde économique et professionnel, relire son par- cours pour faire des choix éclairés en matière d’orientation, tel est l’esprit du parcours Avenir, qui s’ouvre dès la 6e. La réforme du lycée général – qui entend en finir avec les filières scientifique, littéraire et économique – bouleverse les repères avec de nouvelles problématiques d’orientation, complexes, dont se sont emparées les équipes éducatives.

LE “PARCOURS AVENIR”, DE LA 6E À LA TERMINALE

L’élève qui entre au collège a rarement conscience de mettre aussi un pied dans un parcours Avenir. C’est pourtant le cas, depuis que celui-ci – inscrit dans la loi d’orientation et de programmation pour la refondation de l’école de la République en 2013 – a été déployé à la rentrée 2015. De quoi s’agit-il ? Le parcours Avenir formalise l’idée selon laquelle l’orientation est un parcours qui se construit pas à pas, de la 6e à la terminale, et pas seulement à l’heure des grands choix d’orientation. « Avec le parcours Avenir, on est dans la logique anglo-saxonne du portfolio, compare Benoit Skouratko, chargé de mission au secrétariat général de l’Enseignement catholique. L’idéal est qu’un jeune soit capable de relire son parcours et de formuler ce qu’il sait faire ou pas, en disant, par exemple : en 5e, j’ai découvert l’esprit d’équipe en jouant au hand-ball. »

Comment s’y prend-on concrètement pour tendre vers cet idéal ? « Dans la plupart de nos établissements, le parcours Avenir n’a rien introduit de nouveau, mais il a permis de fédérer des pratiques éparses et de leur donner davantage de cohérence et de lisibilité », résume Benoit Skouratko. L’accent est généralement mis sur le parcours Avenir en 4e et 3e, dans le cadre de l’EPI (enseignement pratique interdisciplinaire) « monde économique et professionnel », afin de développer des projets pour accroître la connaissance des métiers et des secteurs professionnels.

L’accompagnement personnel à l’orientation mené par le professeur principal pendant les heures de vie de classe, dans une dynamique de découverte de soi, l’engagement dans des projets associatifs, les forums des métiers et le stage de 3e nourrissent le parcours de l’élève. Outre la maturation du projet personnel qu’elles permettent, les connaissances et compétences acquises dans le cadre de ce parcours sont prises en compte pour la validation du socle commun de connaissances, de compétences et de culture.

« J’AI DE BONNES NOTES MAIS JE ME SENS PERDUE »

En seconde, Pauline Isaac-Stephan, interne au Séminaire de jeunes, à Walbourg (67), a bénéficié de séances de coaching dans son lycée.

J’ai vécu ce coaching – trois séances de deux heures – comme un temps pour moi, pour me poser des questions. Un moment vraiment à part, déconnecté des cours, sans pression. On était une dizaine avec une coach professionnelle, bienveillante et souriante, dont les outils étaient là pour nous aider à faire un tri. L’un des exercices consistait à choisir des qualités à mettre en avant dans notre CV. Nos amies pouvaient parler de nos qualités, ce qui était très agréable ! Il en est ressorti que j’étais plutôt créative, sympa et calme. Les profs essaient plutôt de m’orienter en fonction de mes notes. Comme j’ai de bonnes notes, ils ne comprennent pas que je me sente perdue, puisque je peux tout faire. La coach, elle, s’intéresse à ma personnalité. Il est ressorti des tests que j’ai un très fort pôle “social”. Je me destine à un métier avec du contact humain. J’hésite entre une école de commerce – pour le voyage et les relations sociales – et le métier de sage-femme, qui m’attire depuis que je suis petite. Du coup, j’ai choisi maths, SVT et SES, en première. Je pense arrêter les SES en terminale. Trois autres séances de coaching en janvier m’aideront à choisir.

DES HEURES DÉDIÉES À L’ACCOMPAGNEMENT À L’ORIENTATION

Le volume horaire dédié à l’accompagnement à l’orientation va crescendo au fil de la scolarité : 12 heures sont spécifiquement allouées à l’orientation en 4e, 36 heures en 3e, et 54 heures annuelles – « à titre indicatif », précise le texte – pour les lycéens de la filière générale et technologique.

Dans la filière professionnelle, ce sont deux semaines qui sont dorénavant consacrées à l’orientation.

« ON NOUS DEMANDE TOUT TRÈS TÔT »

En quatrième, Antonin découvre Impala, une application que le collège La Providence, à Strasbourg (67) a décidé de proposer cette année.

Le collège nous a proposé d’utiliser l’application Impala pour 10 euros l’année. Nous avons découvert l’application mi-novembre en salle informatique avec le professeur principal. L’appli consiste à répondre à des questionnaires qui portent sur ce qu’on aime faire, comment on aimerait travailler, comment on réagirait face à une situation donnée... On va continuer chez nous et répondre à suffisamment de questions pour avoir accès à un nuage de compétences et de métiers. D’autres questions sur les métiers proposés suivront, pour affiner. Des copains ont déjà fini. Je me laisse un peu de temps.

Je n’attends pas que l’appli me donne le métier de mes rêves. Mais j’attends d’en savoir assez pour pouvoir choisir mon orientation et ne pas me tromper. Je trouve que c’est une très bonne idée de nous proposer ça en 4e. Aujourd’hui, l’orientation c’est compliqué. On nous demande tout très tôt. En 3e, on doit réfléchir pour choisir le lycée en fonction des études qu’on vise après.

APPRENDRE À CHOISIR DÈS LE LYCÉE

La réforme du lycée rebat les cartes pour les élèves de seconde et de première générale. « Auparavant, la première n’était pas une année d’orientation. Avec le choix des deux enseignements de spécialité sur trois à garder en terminale, c’est fini ! Cela repositionne le professeur principal de première, qui doit être au courant des attendus du post-bac et très à l’écoute », assure Emmanuelle Dalmau-Rocton, cheffe d’établissement du collège et lycée Emilie-de-Rodat, à Toulouse (31). « Il y a un vrai travail d’éducation au choix à mener. L’orientation se construit dans le temps, dans un continuum collège-lycée-post-bac », insiste-t-elle. « Pour un bon élève, choisir trois enseignements de spécialité revient à renoncer à certains. Pour un élève fragile, la logique est d’aller vers ceux où il s’en sort le mieux, constate Emmanuelle Dalmau-Rocton. » Avec la réforme du bac professionnel, les élèves s’orientent en seconde vers des familles de métiers. Une façon de prendre le temps de la découverte et de la réflexion. Ensuite, en terminale, deux modules au choix aident les lycéens à choisir entre la poursuite d’études ou l’insertion professionnelle.

LE CONSEIL DE CLASSE EN CHANTIER

En dehors des enseignements du tronc commun, les élèves ne sont plus tous dans la même classe en permanence. De quoi bousculer l’organisation des conseils de classe, moments clés dans l’orientation, entre bilan du travail et des compétences des élèves et avis à prononcer sur leurs vœux de poursuite d’études.
« Nous avons, par exemple, 23 combinaisons différentes de triplettes d’enseignements de spécialité en première. Cela réinterroge toute l’animation et l’organisation des conseils », observe Emmanuelle Dalmau-Rocton. Dans l’établissement toulousain qu’elle dirige, la règle est de mettre les professeurs du tronc commun, dont font partie les professeurs principaux, autour de la table. Les professeurs de spécialité se rendent quant à eux aux conseils qui concernent le groupe où se trouve le plus grand nombre de leurs élèves. Pour les autres, ils font remonter l’information à leurs professeurs principaux.

D’autres établissements confient le suivi de groupes à des professeurs d’enseignement de spécialité référents. Cette année est celle de l’expérimentation. Benoit Skouratko y voit une opportunité d’en finir avec « des conseils de classes essoufflés, trop figés, réduits à l’analyse des résultats de l’élève alors qu’ils devraient être le lieu d’une réflexion collégiale sur l’accompagnement du parcours de l’élève, pris dans sa globalité, avec ses compétences transversales et extrascolaires ».

NE PAS RÉDUIRE L’ORIENTATION À PARCOURSUP

« Parcoursup, c’est quoi ? Des algorithmes qui attribuent les orientations », tranche Benoit Skouratko, ajoutant qu’« il n’y a pas de solution absolue pour résoudre le problème français de la massification de l’enseignement supérieur » et « le drame de ceux qui ne peuvent pas aller à bac+3 ». Avec le nouveau bac, Benoit Skouratko espère que « le supérieur jouera la carte de ce qu’il avait promis, c’est-à-dire accueillir des profils particuliers et éviter de mettre des gens dans des cases ». Même s’il reconnaît que « évidemment, on ne peut pas faire médecine ou une école d’ingénieurs sans maths ».

Pour le reste, « le post-bac attend beaucoup des compétences transversales, qui peuvent s’acquérir dans
diverses disciplines
», relève le chargé de mission au secrétariat général de l’Enseignement catholique.
« L’esprit critique est une compétence transversale qui peut être développée dans beaucoup de matières, comme les arts. Cette capacité à transférer des compétences est aussi par exemple, l’une de celles qui sont très demandées par les entreprises. » Avec la réforme du lycée, il estime que de nombreux établissements ont revu leurs pratiques, « pour ne surtout pas réduire la question de l’orientation à Parcoursup, en se focalisant sur les vœux ».

ISABELLE MARADAN

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