Comprendre les inquiétudes et les peurs

Face aux menaces que la crise écologique fait peser sur l’avenir de la planète, il peut être difficile de rester serein. Les cris d’alarme des scientifiques qui peinent à être entendus, comme les effets désormais perceptibles du dérèglement climatique, nourrissent le sentiment d’impuissance et les peurs de bon nombre d’entre nous. D’après un sondage Yougov, paru en octobre 2019, le réchauffement climatique serait source d’angoisses pour 51 % des Français. Un chiffre qui s’élève à 72 % pour les 18-24 ans...

La bonne nouvelle, c’est que c’est peut-être la peur qui sauvera la planète ! Il s’agit en effet d’une émotion précieuse, puisqu’elle enclenche dans le cerveau la mise en route d’une réaction de survie : c’est elle qui permet à l’individu d’adapter son comportement au danger, en choisissant de fuir ou de lutter. En l’occurrence, la peur peut nous conduire à modifier nos modes de vie pour préserver la planète. Or, en adoptant des éco-gestes au quotidien, nous avons non seulement un impact direct sur l’environnement, mais nous inspirons également les pratiques de ceux qui nous entourent. Un effet vertueux... qui nous encourage à poursuivre nos efforts !

En revanche, si les émotions négatives provoquées par la dégradation de l’environnement deviennent envahissantes, si elles inhibent l’action, provoquent des crises d’angoisse, des insomnies ou du repli sur soi, le recours à un professionnel peut être indispensable, et ce, quel que soit l’âge.

Comment agir ?

ON ÉCOUTE LES PEURS. Les siennes et celles de ses enfants. Pour les aider à s’exprimer, on ose dire sa propre inquiétude, sans en rajouter. Si possible, on affirme aussi sa confiance en l’avenir et en la capacité des hommes à inverser la tendance. Et on propose de passer à l’action, ensemble, en choisissant des gestes qui ont du sens pour soi.

ON LIMITE L’EXPOSITION AUX IMAGES. Parce que regarder en boucle les incendies en Australie ou la fonte de la mer de glace, ça renforce les angoisses. On choisit aussi ses sources d’information, en privilégiant les médias qui mettent en avant des solutions pragmatiques. La Lettre des Colibris, le magazine Kaizen, la revue We Demain, le site de l’association Reporters d’espoir... les ressources ne manquent pas !

ON MET EN PLACE DES ACTIONS DONT LE RÉSULTAT EST VISIBLE OU MESURABLE. Planter des fleurs mellifères, construire un hôtel à insectes ou une cabane à hérisson, c’est se donner les moyens d’observer le résultat de sa contribution à la protection de la biodiversité. On peut aussi décider de peser ses poubelles pendant une semaine, avant puis après être entré dans une démarche de réduction de ses déchets, et prendre des paris en famille sur le résultat ! Ou calculer le nombre de kilomètres parcourus à vélo plutôt qu’en voiture et l’économie réalisée en termes d’émissions de gaz à effet de serre...

ON S’ÉMERVEILLE ET ON SE FÉLICITE. Parce que le cerveau a besoin de gratifications pour entretenir sa motivation à agir, on prend le temps de recenser les actions entreprises, on goûte le plaisir de s’être retroussé les manches et on valorise l’implication des enfants et des adolescents.

Relever les défis

« Transformer la peur en énergie »

CHARLINE SCHMERBER PRATICIENNE EN PSYCHOTHÉRAPIE 

La crise écologique vient ébranler notre sécurité intérieure, car c’est la symbolique de l’enveloppe matricielle de la Terre qui se fissure. Lorsque la peur est présente, il ne faut pas la fuir, bien au contraire : partager ce que l’on ressent, nommer ses inquiétudes permet de les transformer en énergie. Les parents ont intérêt à commencer par stabiliser leurs propres angoisses et faire le deuil de l’ancien monde. C’est ainsi qu’ils pourront aider leurs enfants à voir des opportunités dans les transformations à opérer. S’ils font confiance à la jeune génération, qu’ils croient qu’elle est porteuse d’une capacité à écrire de nouveaux récits, alors ils lui donneront de l’espoir. De façon très concrète, se relier à soi-même, dans l’instant présent, est facteur d’apaisement. L’introspection, l’écriture ou la méditation de pleine conscience peuvent y aider.

« Passer à l'action génère de la joie »

ÉRIC DE KERMEL, DIRECTEUR DE LA RÉDACTION DE TERRE SAUVAGE 

Il n’y a rien de pire que de subir une situation, de rester sans rien faire face à l’urgence : voilà ce qui provoque de l’angoisse. À l’inverse, passer à l’action génère de la joie, cette joie profonde qui naît de la cohérence, lorsque les pensées et les actes sont en phase. Nous pouvons tous agir pour l’environnement, à notre mesure. Chacun doit se saisir de son pouvoir de faire changer les choses, en fonction de son rayon d’action, qui n’est évidemment pas le même suivant qu’on est enfant ou adulte, maire ou chef d’État. La question écologique ne se joue pas seulement à l’autre bout de la planète, mais d’abord ici et maintenant, de façon personnelle et intérieure (de quoi je me nourris, au sens propre et au figuré), dans ma relation à l’autre (quel respect de l’altérité, quelle solidarité je manifeste) et dans mon rapport à la nature

« Faire preuve d'un optimisme lucide »

ALAIN BRACONNIER, PSYCHIATRE

Face aux peurs liées à l’avenir de la planète, les parents doivent faire preuve d’un optimisme lucide. Et se dire que la crise écologique peut avoir des vertus pédagogiques ! Elle est l’occasion d’apprendre aux enfants à bien s’informer, en leur donnant accès à des ressources présentant la réalité de la situation, sa complexité, ainsi que les raisons d’espérer, par exemple grâce aux initiatives mises en place à travers le monde pour lutter contre le dérèglement climatique. Car pour échapper au sentiment de perte de contrôle, qui génère de l’angoisse, il faut pouvoir croire en son efficacité personnelle. Cela passe par le fait de rendre l’enfant acteur, en lui montrant qu’il a du pouvoir, que ce soit dans les gestes quotidiens – comme utiliser une brosse à dent en bambou –, ou en lui proposant d’aller ramasser les déchets plastiques sur la plage pendant les vacances.

STEPHANIE RIVAGE

Ajouter un commentaire

Les réactions à cet article (0 commentaire)

    Soyez le premier à laisser un commentaire.

Voir plus de commentaires