La réforme qui change le lycée professionnel

Le point sur les nouveautés des rentrées 2020 et 2021. Tous les jeunes qui étudient dans un lycée professionnel de l’Enseignement catholique sont aussi concernés.

APRÈS LES SECONDES l’année dernière, ce sont les élèves de première professionnelle qui voient la réforme se mettre en œuvre en cette année 2020-2021. Grande nouveauté pour eux : ils auront un bilan d’étape en fin d’an- née scolaire et une attestation intermédiaire selon les notes obtenues, qui remplace si on peut dire le BEP qui disparait. 

1 Donner du sens

La transformation de la voie professionnelle a pour objectif de revaloriser la filière, mais aussi de donner du sens aux apprentissages. La co-intervention en est l’illustration. L’idée est de faire travailler ensemble les enseignants des matières générales et ceux des matières professionnelles. Le groupe La Joliverie, près
de Nantes (44), l’expérimente déjà avec ses CAP. Ainsi, dans la filière automobile, l’enseignant de français fait cours avec celui de pratique professionnelle. Tous deux peuvent travailler ensemble autour de l’analyse de revues techniques, par exemple. « La co-intervention a pu faire peur aux équipes au départ, mais elle est probante, assure Willy Briant, directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques du lycée. Les jeunes savent enfin pourquoi ils font du français ou des maths. » 

2 En seconde, des familles de métiers

Pour permettre une orientation plus progressive, les élèves choisissent désormais en seconde une famille de métiers qui regroupe des compétences professionnelles communes à plusieurs spécialités de baccalauréat. Ils optent pour leur spécialité à l’issue de cette première année de lycée. Une bonne nouvelle, selon Violaine Bigot, membre du Bureau national de l’Apel, en charge du groupe de travail « bac-3/ bac+3 » : « Cette évolution laisse une année supplémentaire aux jeunes et à leurs familles pour savoir ce qui pourrait leur plaire et faire leur choix. » Quinze familles de métiers pourront être proposées à terme. Il en existe neuf aujourd’hui, dont cinq nouvelles à la rentrée 2021, aussi diverses qu’aéronautique, industries graphiques et communication ou beauté et bien-être.

UN CAP DÉSORMAIS MODULABLE

Un, deux ou trois ans. Les équipes pédagogiques peuvent dorénavant moduler la durée du CAP selon le niveau et le projet des élèves. « Le CAP en un an s’adresse avant tout aux jeunes qui sont déjà en bac pro ou au-delà et veulent acquérir une expertise technique, détaille Willy Briant. Le passage en trois ans concerne, lui, des jeunes en grande difficulté. » Une modularité qui repose sur un défi pédagogique : celui d’adapter les formations au niveau de chacun.

3 L'apprentissage pour tous

« Il y aura des formations en apprentissage dans tous les lycées professionnels », a promis le ministre de l’Éducation nationale Jean-Michel Blanquer, à l’annonce de la réforme. Grande nouveauté qui prévoit la possibilité de parcours mixtes mêlant année sous statut scolaire et année sous statut d’apprenti. « Un lycéen pourra à terme effectuer ces deux premières années sous statut scolaire et la dernière sous statut apprenti, par exemple », souligne Patrick Bizet, directeur général du groupe La Joliverie. Avec toujours pour ambition la professionnalisation : les apprentis bénéficient le plus souvent d’une meilleure insertion professionnelle que les bacheliers en cursus scolaire.

4 En terminale, un module insertion professionnelle ou poursuites d'études

L’aide à l’orientation est renforcée tout au long des trois années de lycée. En terminale, à partir de la rentrée 2021, l’élève prendra soit un module insertion professionnelle, soit un module poursuite d’études, qui ne l’enfermera pas pour autant dans son choix.

Le module poursuite d’études doit permettre de mieux comprendre les attendus des formations post-bac et de se préparer à la procédure Parcoursup. Six bacheliers professionnels sur dix s’engagent aujourd’hui dans des études supérieures. « L’idée est de préparer les jeunes en termes de méthodes à ce qui les attend ensuite », met en avant Jean-Marc Petit, délégué général de Rénasup (Réseau national de l’enseigne- ment supérieur privé catholique).

Côté insertion professionnelle, il s’agit de remédier à des taux de réussite insuffisants : 35 % des bacheliers professionnels sont au chômage sept mois après la fin de leurs études, même si les situations sont très diverses selon les secteurs. Rédaction de CV et lettres de motivation, préparation aux entretiens de recrutement figurent au programme de ce module pour booster l’entrée dans la vie active.

5 Un chef-d'oeuvre sur 2 ans

À partir de la rentrée 2020, les élèves de première commencent à travailler sur leur chef-d’œuvre. Ils ont 56 heures cette année et 52 heures en terminale pour donner vie à ce projet pluridisciplinaire, individuel et/ou en groupe. « Cette réalisation s’inscrit dans la tradition du compagnonnage, souligne Jean-Marc Petit. Comme la co-intervention, elle a pour intérêt de mobiliser ensemble les disciplines professionnelles et générales. »

SYLVIE LECHERBONNIER 

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