Le cerveau n'est pas infaillible

Notre cerveau a toutes les capacités pour acquérir de multiples connaissances. Mais pour apprendre il faut se tromper. Enseignants et neuroscientifiques nous expliquent pourquoi. 

L’ERREUR est constitutive des apprentissages. Et cela dès les premiers pas. Apprendre à marcher ou à parler passe par une succession d’essais et de maladresses avant d’acquérir des capacités motrices et langagières solides. Ce processus se poursuit en classe, pour apprendre une langue étrangère par exemple, ou dans la vie courante. À chaque début d’apprentissage, nous faisons des erreurs. Mais nous apprenons de nos erreurs et nous nous adaptons. Ce moment d’adaptation est possible grâce à l’étonnante plasticité de notre cerveau.

LES SENTIERS DE LA CONNAISSANCE

Que se passe-t-il dans le cerveau quand on apprend ? Les connaissances suivent des chemins nerveux, activent des réseaux neuronaux existants ou en créent de nouveaux. Steve Masson, professeur à l’université du Québec et directeur du Laboratoire de recherche en neuroéducation, compare le cerveau à une forêt : « Pour se déplacer, l’apprenant doit pousser les branches avec ses bras en plus d’écraser l’herbe et les petits arbustes avec ses pieds. Au début d’un apprentissage, il est difficile pour l’élève d’accomplir la tâche demandée parce qu’il n’a pas encore développé ses “sentiers”, c’est-à-dire les connexions neuronales requises. » Le cerveau est donc capable d’apprendre tout le temps et d’acquérir de nouvelles connaissances, à condition d’activer ses neurones régulièrement et de modifier ses connexions neuronales afin de ne pas laisser les erreurs s’installer.

Parents, soyez patients

  • S’ADAPTER AU CARACTÈRE DE CHAQUE ENFANT
  • ADOPTER UNE DÉMARCHE PROGRESSIVE EN PASSANT DU TEMPS POUR COMPRENDRE D’OÙ PROVIENT L’ERREUR.
  • REFAIRE LES EXERCICES À L’IDENTIQUE PLUTÔT QU’EN PROPOSER D’AUTRES.
  • COLLABORER AVEC LES ENSEIGNANTS : L’ÉLÈVE COCHE EN CLASSE CE QU’IL PENSE AVOIR BIEN FAIT OU PAS ET RETRAVAILLE À LA MAISON CE QU’IL N’A PAS RÉUSSI EN CLASSE.
  • LUI DONNER DES PISTES MAIS ÉVITER DE RÉPONDRE À SA PLACE. 

Avec Brigitte Lancien, professeur de lettres et formatrice

POURQUOI ON SE TROMPE

Il existe plusieurs types d’erreurs. Celles qui sont facilement repérables, comme l’erreur d’inattention ou d’étourderie – pour bien apprendre, il faut être concentré – ou l’erreur due à un manque de connaissances ou de compétences. Plus insidieuses, les erreurs provenant d’une généralisation de certains automatismes d’apprentissage, qui créent des situations pièges. Il en est ainsi, par exemple, de la comparaison des nombres décimaux qui n’ont pas les mêmes chiffres après la virgule. 1,382 est-il plus grand ou plus petit que 1,4 ? Plus grand, diront certains élèves, persuadés que plus il y a de chiffres après la virgule, plus le nombre est grand. « L’erreur ne vient pas du fait que l’enfant n’a pas compris l’exercice, mais plutôt qu’il n’a pas appliqué la bonne règle au bon moment ou qu’il est incapable de se détacher de stratégies automatisées antérieures, indique Grégoire Borst, professeur à l’Université de Paris et directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant au CNRS. Il est donc important d’apprendre aux élèves à résister aux automatismes. »
Ces automatismes sont néanmoins précieux quand ils permettent d’alléger notre charge cognitive et de diminuer le nombre d’éléments contenus dans notre mémoire de travail. « À condition de prendre le temps de se demander s’ils sont utilisés à bon escient », souligne Adeline André, inspectrice d’académie de SVT, diplô- mée en neuroéducation. Les erreurs peuvent être également des erreurs de prédiction. « Nous avons dans notre cerveau nos propres modèles mentaux qui peuvent être contredits par des informations externes, explique Adeline André. Il est donc indispensable de laisser à l’élève le temps d’interroger son modèle interne, d’organiser des comparaisons avec la réalité et de le laisser exprimer ce que cela évoque pour lui. » Ces nouvelles connaissances feront alors évoluer son modèle mental et lui permettront de ne pas s’enfermer dans ses erreurs. Il s’agit « de trouver ainsi la bonne place entre ce que je savais et ce que je découvre » ajoute Brigitte Lancien, professeur de lettres et formatrice.

RELATIVISER ET ÉVITER DE JUGER

Si l’erreur permet d’avancer dans les apprentissages, elle ne suscite pas suffisamment de bienveillance. « On entend souvent qu’il ne faut pas exposer l’élève à ses erreurs et à celles des autres, souligne Grégoire Borst. C’est tout le contraire, car l’erreur est un levier puissant d’apprentissage, à condition de la relativiser et d’exprimer le plus possible des retours positifs. En effet, le cerveau n’apprend pas bien quand les retours sont uniquement négatifs. » Bénédicte Dubois, responsable de formation éducation inclusive, préconise des retours rapides, dès le début de l’apprentissage. « Il faut tout de suite corriger avant que les mauvaises habitudes ne s’installent, en évitant de porter un jugement, mais plutôt en prenant le temps de poser à l’élève des questions sur la méthode et la stratégie qu’il a utilisées, et de susciter toute son attention au moment de la correction. » Adeline André propose de réaliser un carnet de bord des erreurs et d’identifier pour chacune des pistes de progrès. En classe comme à la maison, il est donc urgent d’identifier l’erreur, dans un climat de confiance et de compréhension, pour permettre à l’élève de la dépasser et de le rendre acteur de ses apprentissages. 

Sylvie BOCQUET

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