Pour une école au service de l'environnement

Instaurer plus d'éducation à l’environnement dans les écoles, c’est la volonté du ministre de l’Éducation nationale qui a lancé en septembre dernier la campagne des éco-délégués. Son objectif ? Nommer des élèves ambassadeurs dont le rôle est de sensibiliser aux gestes quotidiens permettant de lutter contre le réchauffement climatique.

Aujourd’hui, 2 540 établissements sont labellisés éco-école et ont fait le choix d’intégrer le développement durable à leur projet pédagogique. Cette implication leur demande de l’engagement personnel et de l’investissement, les fonds pour financer ces actions n’étant pas nombreux. « Nous sommes là pour les accompagner et faire des propositions. Il est très important que les élèves soient au coeur de la démarche », explique Évelyne Ramon, chargée de mission « Éducation à l’environnement durable » au Centre permanent d’initiatives pour l’environnement (CPIE) des Collines Normandes, relais local de l’association Teragir.

Face à l’ampleur du dérèglement climatique, Jean-Michel Blanquer a revu sa copie en juin 2019, annonçant « un verdissement des programmes ». « C’est important de comprendre que l’environnement touche toutes les matières. Ce n’est pas juste l’affaire d’un professeur », estime Jean-Sébastien Durand, référent développement durable à l’Institut Lemonnier, à Caen (14). « Quand tout le corps enseignant est dans cette démarche, on sent une véritable prise de conscience des élèves, ajoute le professeur d’histoire-géographie. Il ne pourra pas y avoir de changement dans les comportements tant qu’il n’y en aura pas dans l’éducation de nos enfants. »

Comment agir ?

DES ATELIERS DE SENSIBILISATION. Cette année, 12 000 élèves ont fait appel à la fondation GoodPla- net qui travaille sur le thème de la biodiversité, de l’alimentation responsable ou encore de l’énergie. Les ateliers de cuisine permettent, par exemple, aux élèves de préparer des recettes simples, en gaspillant le moins possible. « Le but c’est qu’ils repartent avec une action très pratique à mettre en place rapidement », explique Aline Masmonteil, chargée d'exploitation de l'école GoodPlanet.

IMPLIQUER LA COMMUNAUTÉ ÉDUCATIVE. Lorsque vous impliquez les élèves, que les enseignants se sentent investis d’une mission, que vous sensibilisez aussi le personnel de service, vous créez une véritable envie d’avancer. « Même si l’établissement n’est pas labellisé, n’hésitez pas à nommer un ou deux élèves pour initier la classe aux gestes écologiques, conseille Aurélia Séry, chef d’établissement de l’école Saint-Michel, à Yvetot (76). Cela marche très bien dès la moyenne section et se répercute souvent à la maison. »

DES LOCAUX MOINS POLLUANTS. Solution simple et rapide pour réduire l’impact carbone des écoles : abandonner le fioul et passer aux énergies vertes. Certains établissements ont, par exemple, installé des panneaux solaires pour s’auto-fournir en électricité et la revendre. « Toutes ces initiatives engendrent un surcoût, mais il faut les voir comme des investissements de long terme », explique Sophie Pouverreau, juriste au sein de la Fédération nationale des organismes de gestion des établissements d’Enseignement catholique (Fnogec). Des constructions en bois voient le jour, notamment pour des projets d’annexes et de préaux, ainsi que des toits végétalisés.

Relever les défis

Plus de nature, moins de gaspillage alimentaire

Situé dans un grand parc entouré de forêts et de lacs, le collège Notre-Dame-des-Oliviers à Neussargues (15), au pied des monts du Cantal, a depuis presque dix ans décidé de s’engager pour l’environnement. « Une mare pédagogique et une dizaine de chèvres naines permettent aux élèves de se familiariser avec la biodiversité locale », explique Cécile Vacher, chargée de mission pour l’enseignement catholique du Cantal. Grâce à une intervention de la Ligue de protection des oiseaux (LPO), les collégiens ont appris à fabriquer des nichoirs qu’ils revendent à d’autres écoles du département. Le collège travaille aussi sur le gaspillage alimentaire. « Après avoir pesé les restes qui partaient à la poubelle à chaque repas, il a mis en place quelques règles simples. Le pain n’est pas donné systématiquement aux élèves, le sel et le ketchup ne sont plus fournis à volonté », ajoute-t-elle. L’établissement a décidé récemment d’instaurer un goûter zéro déchet.

La création d'une association étudiante éco-citoyenne

 Le lycée Montalembert, à Courbevoie (92), a créé il y a deux ans l’association Regarde! Cette structure portée par un groupe d’étudiants (anciens élèves) leur permet d’engager des actions de développement durable. L’une des premières actions ? Un projet de création de gourdes pour éliminer les bouteilles en plastique. Les étudiants se sont aussi rapprochés d’une entreprise de méthanisation pour composter leurs restes alimentaires, ils organisent des collectes de vêtements et de livres et participent au recyclage des mégots de cigarettes ramassés dans l’enceinte du lycée. La commission « cantine et hygiène » s’est, elle, impliquée dans la réintroduction de légumes dans les menus et dans l’élaboration de repas plus locaux. « L’idée, c’est que tout le monde puisse amener ses idées, s’engage sans contrainte. Lorsque les projets aboutissent, ils nous procurent une grande satisfaction et une sensation de bien-être », résume Lola Carbonel, présidente fondatrice de Regarde.

Un Erasmus pour sensibiliser à la pollution plastique

Prendre conscience de l’impact du plastique sur la planète. C’est le défi que s’est lancé l’Institut Lemonnier, à Caen (14), dans le cadre du projet Érasmus qui le lie à l’Institut belge Saint-Michel de Neufchâteau et au lycée turc Halit Armay Anadolu Lisesi d’Istanbul. Ce programme nommé « Don’t Panic, Reduce Plastic » a rassemblé tous les élèves en Normandie, fin novembre. « Nous avons ramassé des kilos de déchets de plastique le long de la Baie de Sallenelles. Nous allons reconstituer la baleine de Luc-sur-Mer [échouée sur le rivage en 1885] à l’échelle un et demi », indique Stéphanie Leclerc, enseignante de physique-chimie. Et d’ajouter.: « Notre collègue turc nous a parlé de la construction d’usines de recyclage du plastique qui malheureusement n’ont pas assez de matière première pour fonctionner. Lors de notre prochain voyage en Turquie, quand cela sera possible, nous ferons découvrir ce problème aux élèves pour qu’ils prennent conscience de l’importance du tri-sélectif. »

ALISON PELOTIER

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