L'école, un lieu indispensable de prévention

Rencontres parents-école®, jeux de rôle en classe, apprentissage du respect de l’autre... Sur le terrain, les actions se développent pour lutter contre ce fléau.

La communauté éducative de Blanche de Castille (Villemomble, 93), a pris à bras le corps la problématique du harcèlement en organisant, entre autres, des ateliers pour accepter la différence de l’autre.

HUMILIATIONS, INSULTES, VIOLENCES. Des scènes dont l’école ne devrait pas être le théâtre...Lieu de socialisation et d’apprentissage des règles démocratiques, l’école est aussi un lieu de compétition naturelle où certains enfants, dès l’école maternelle, prennent le pouvoir sur les autres. La simple bousculade, si elle se répète toutes les trois minutes, devient harcèlement. Les enfants sont alors traversés par des émotions diverses. « Manque d’empathie du côté du harceleur meneur. Alexithymie ou incapacité à exprimer ses émotions, pour celui qui est harcelé, peur d’être exclus ou d’être harcelés à leur tour pour les suiveurs ou témoins passifs », précise Bérengère Stassin, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication, à l’Université de Lorraine.
D’où l’importance de libérer la parole de tous, sans jugement, en respectant les émotions des enfants harcelés. Minimiser le phénomène est catastrophique. « Il faut créer dans les établissements des espaces de paroles régulés par les adultes, une fois par semaine si nécessaire, insiste Bruno Humbeeck, psychopédagogue et directeur de recherche, à l’université de Mons, en Belgique. Ce n’est ni à l’enfant harcelé de réagir. Victime, il est incapable d’esprit de réparti. Ni aux parents. C’est à l’école de prendre le relais, d’amener le groupe à trouver des solutions et de tenir les familles informées. »

Des outils existent, comme la régulation des cours de récréation (règles de jeux, place accordée aux filles), des couloirs (on ne court pas, on tient sa droite), afin de maîtriser une violence qui peut se transformer en harcèlement. Il est indispensable également de diffuser et d’expliquer les lois qui permettent de vivre ensemble. Il est interdit sous peine de sanctions de frapper, d’injurier... « Tous les comportements vécus comme intrusifs doivent être recadrés par l’institution, confirme Bruno Humbeeck, de façon souple dans un premier temps, puis fermement si nécessaire. Les règles juridiques ne peuvent pas répondre à tout, il faut également apprendre aux enfants dès leur plus jeune âge à vivre en groupe et à maîtriser leur agressivité. »

Sylvie BOCQUET et Claire ALMERAS

TOLÉRANCE ZÉRO POUR LE MANQUE DE RESPECT

L’AVIS DE JEAN-PIERRE BELLON, PROFESSEUR DE PHILOSOPHIE.
A CRÉÉ L’APHEE (ASSOCIATION POUR LA PRÉVENTION DES PHÉNOMÈNES DE HARCÈLEMENT ENTRE ÉLÈVES)

Selon une étude du chercheur Benoît Galand de l’Université catholique de Louvain, le taux de harcèlement varie de 10 % d’une classe à l’autre. Ce qui s’explique, entre autres, par l’attitude de l’enseignant, selon qu’il se moque lui-même ou non de ses élèves. La prévention commence par l’attitude des adultes et par la tolérance zéro vis-à-vis de la moquerie ou du non-respect de l’autre. En France, nous employons le terme harcèlement qui est un mot qui fait peur. Et certains préfèrent parler de moquerie ou s’interroger sur la nature de l’agression plutôt que d’affronter le mot et la situation de harcèlement. Mais nous ne devons rien laisser passer.

Par ailleurs, les adultes doivent en priorité venir en aide à la victime qui souffre. Il ne faut pas reprocher à une jeune fille dont les photos se retrouvent sur les réseaux sociaux de les avoir prises. Elle subira alors une double souffrance : le harcèlement et la culpabilité. Nous devons apprendre aux jeunes à avoir le réflexe de ne pas participer à la diffusion d’images ou de commentaires, de prévenir les adultes et d’aider celui qui souffre.

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