Enfants précoces : ils ont toute leur place à l'école

Les enfants précoces font preuve d’aptitudes et de comportements atypiques dont les enseignants essayent de tenir compte, avec des pédagogies différenciées.

© Florence Brochoire

UN ENFANT PRÉCOCE n’est pas systématiquement le premier de la classe. Pas plus que le premier de la classe n’est forcément précoce. La réalité, plus complexe qu’il n’y paraît, se charge donc de remettre en place les idées toutes faites. Parmi les enfants précoces, certains sont effectivement en tête de classe, d’autres sont des élèves comme les autres, et d’autres encore ont des difficultés, voire des troubles d’apprentissage. Mais alors, comment les reconnaître ? Béatrice Millêtre, psychothérapeute, donne quelques pistes. Une mémoire plus développée. Là où un élève devra répéter quatre ou cinq fois sa leçon, le précoce n’aura besoin que d’une ou deux répétitions pour l’assimiler. Une efficacité à résoudre les tâches complexes. Des intuitions fortes qui les conduisent à aller droit au but sans passer par toutes les étapes d’un raisonnement. Des sens plus aiguisés et une grande intelligence émotionnelle, avec notamment beaucoup d’empathie.

UNE PÉDAGOGIE À INVENTER

Comment l’école, avec son cadre formaté et ses programmes répétitifs, peut-elle accueillir chacun de ces enfants ? « Il n’y a pas une pédagogie particulière pour la précocité mais des attitudes pédagogiques qui favorisent le travail en équipe, les projets motivants, le challenge sans esprit de compétition et la reconnaissance affective pour éviter à ces enfants ennui, perte de confiance et blessures », précise avec conviction Jean-François Laurent, formateur et écrivain. Un cadre ferme mais bienveillant, des enseignants à l’écoute, des pédagogies souples et ouvertes sur le monde extérieur… c’est le défi précurseur que s’était fixé, il y a une vingtaine d’années, le collège Fénelon sous tutelle jésuite, à Lyon. Anne-Marie Mathey, ancienne professeure d’allemand et responsable de l’animation pédagogique se souvient : « Nous avions bâti avec un groupe d’une douzaine de professeurs de collège, dont des professeurs d’éducation physique et sportive, un parcours sur quatre ans qui tenait compte des particularités de ces élèves. En parallèle, nous avions formé un groupe de parents, qui se réunissait une fois par mois pour échanger et partager. » Après avoir passé tests de QI et tests complémentaires avec des psychologues, une vingtaine d’élèves ont été accueillis en 6e et 5e dans deux classes spécifiques pour pouvoir ensuite être mieux intégrés, en 4e et en 3e avec les autres élèves. Priorité a été donnée au travail de groupe, à la concertation, aux ateliers créatifs, à des journées ou des semaines hors les murs… « Un art du compromis qui demandait patience, adaptation et un regard personnel sur la singularité de chacun. L’un de mes élèves a passé sa première année d’allemand à écrire les mêmes chiffres en toutes lettres, l’année suivante, il écrivait des phrases que je ne comprenais pas toujours et en 4e, il s’est mis à travailler et a dévoré Harry Potter en allemand ! » note Anne-Marie Mathey. 

C’est la variété des méthodes et des approches pédagogiques qui prédomine également à l’école Sainte Marie-Madeleine, à Fréjus, qui accueille une vingtaine d’enfants précoces. Regroupés par âge, ils assistent, chaque jour de la semaine à des ateliers spécifiques : philosophie, échecs, russe, le lundi matin pour les CM1-CM2, résolutions de problèmes, le lundi après-midi, pour les CE2, entrée dans une tâche complexe pour ceux qui ont des troubles d’apprentissage, le mardi matin. « C’est un travail sur mesure, en fonction de leurs besoins », précise Sandra Martin, la directrice de l’établissement.

Comment les aider ?

EN PRIMAIRE, COMMENT RELAYER LE TRAVAIL SCOLAIRE À LA MAISON ?
> Privilégiez les pédagogies actives et le jeu : quiz, tutos, exercices inversés… Proposez-lui, à côté, des activités sportives ou créatives, non pas avec un objectif de performance, mais d’équilibre et d’harmonie. 

IL TIENT TÊTE À L’ENSEIGNANT OU RÉPOND À SA PLACE ?
> Instaurez un dialogue avec l’équipe éducative pour trouver des solutions : des responsabilités au sein de la classe ou être le tuteur d’un autre élève… 

FAUT-IL LUI FAIRE SAUTER UNE CLASSE ?
> Pourquoi pas, mais attention à son équilibre affectif, s’il a de bons copains dans sa classe, ou au risque d’un décalage de maturité, s’il a un ou deux ans d’avance. 

AU LYCÉE, IL NE SUPPORTE PAS LE BACHOTAGE ?
> Voir avec les enseignants s’il est possible de remplacer les évaluations classiques par des QCM, des devoirs maison… Si le stress le met en échec, demandez des aménagements d’horaires, la possibilité d’aller en cours dans les matières qui l’intéressent, de supprimer pour un temps les notes… Tout mieux que le redoublement ! 

Avec Carole Bommart, orthopédagogue 

UNE INCLUSION INDISPENSABLE

Les enfants précoces peuvent avoir du mal à accepter les règles scolaires et leur potentiel ne les met pas à l’abri de mauvais résultats. « Ils doivent travailler en classe ordinaire par groupes de besoins et de niveaux, surtout dans le premier cycle, ainsi qu’en 5e et 4e, insiste Philippe Hofman, formateur à l’Institut de formation pédagogique des Hauts de France, et organiser des tutorats entre élèves ou avec un adulte référent. » 

S’il est important qu’ils puissent exprimer leur personnalité, ils doivent cependant se confronter aux autres élèves pour mieux se préparer aux exigences de la société. 

Sylvie Bocquet

Liens utiles

Béatrice Millêtre, psychothérapeute

Jean-François Laurent, formateur et écrivain

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