Les enseignants coachs des élèves ?

La question de la relation à l’élève devient cruciale avec la montée en puissance des technologies et des enseignements individualisés.

PENDANT LA PÉRIODE DE CONFINEMENT les élèves ont découvert leurs enseignants sous un jour nouveau. Une relation moins directive, plus personnelle et directe, qu’en temps normal, s’est instaurée permettant à certains de reprendre goût aux apprentissages. Faudrait- il à l’avenir aller jusqu’au coaching ? « Dans cette notion de coaching, seul l’enseignant interpelle l’élève, alors qu’apprendre c’est aussi être confronté au regard et aux opinions des autres, nuance Gilles Chiron, formateur et adjoint de direction à l’Isfec Saint-Julien, à Caluire (69). L’élève en classe confronte sa pensée à celle des autres. Il est rassuré par ceux qui pensent comme lui ou découvre d’autres façons de penser. » Une composante de l’apprentissage qui n’intervient pas dans une relation uniquement duelle.

Par ailleurs, Gilles Chiron souligne que l’un des rôles majeurs de l’école aujourd’hui, et demain peut-être encore plus, c’est d’éduquer les enfants. « Cette dimension d’éducation n’est possible que grâce à la vie au sein de l’école, avec ses pairs et la communauté éducative », explique- t-il. Mais le formateur, qui enseigne la pédagogie personnalisée et communautaire du Père Faure, insiste sur le fait qu’apprendre ensemble n’exclut pas de personnaliser les apprentissages : « L’enseignant doit être disponible pour les élèves selon leurs besoins. »

DÉFI DU SIÈCLE

Pour Florence Rizzo, cofondatrice et codirectrice de Synlab, association qui accompagne les enseignants vers une transition éducative, la question de la relation à l’élève est cruciale puisque le défi du siècle est de passer d’un enseignement massifié à un enseignement individualisé. Ce qui signifie passer d’enseignements formatés à des parcours pédagogiques différenciés. « Les enseignants devront donner aux élèves selon leurs besoins. Cela suppose de travailler différemment, avec plus de digital, du soutien complémentaire, des groupes de besoins, des sous-groupes de travail collaboratifs. » Toute une ingénierie pédagogique à repenser. C’est ce qui ressort d’une étude sur l’école menée par SynLab, avant l’été, auprès de 900 enseignants. Sans surprise, ils ne veulent plus de programmes trop lourds et rigides, de classes surchargées et d’un système d’évaluation stressant où l’élève doit rentrer dans un moule. Ils aspirent à une école où les élèves progresseront selon leurs niveaux de compétences, plutôt qu’en fonction de leur âge, et où ils développeront leurs compétences psycho-sociales et émotionnelles, selon une pédagogie active et différenciée.

Pour ce faire, les enseignants souhaitent pouvoir accompagner les élèves pendant deux années, pour un meilleur suivi, et nouer un lien plus fort avec les familles. Autre idée qui ressort de cette étude : installer un enseignant référent dans le secondaire, qui ferait un point quotidien avec chaque élève. Nul doute que le métier d’enseignant est à l’aube d’un profond changement.

Claire ALMÉRAS

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