Les équipes éducatives à l'oeuvre

Reportages dans six établissements où l’école inclusive est une réalité vécue.

Lucas, malentendant, est en 6e. Cours de SVT. On peut voir le micro-HF dont la professeure de SVT est équipée pur mieux communiquer avec lui.

Des « pots de réussite »

À l’école Sainte-Marie, à Villersexel (70), tous les enfants sont accueillis sans restriction. « Mon rôle est de les accompagner quels que soient leurs difficultés ou leurs comportements, précise Cindy Comment, enseignante en CM1-CM2, et de donner à certains une deuxième chance. » Si les méthodes classiques ne fonctionnent pas, elle trouve d’autres solutions. Comme les plans de travail personnalisés en maths et en français. Les élèves choisissent leurs outils pédagogiques – iPad, capsules vidéo... – et leurs dates d’évaluation. Ceux qui ont plus de mal à se concentrer, parce qu’ils connaissent des difficultés familiales, ont droit à une journée joker ou peuvent aller dans le « coin colère » : boire un verre d’eau, taper dans un ballon, le temps de s’apaiser et de décompresser. « Nous passons du temps à échanger sur ce qui fonctionne ou pas. » Aux sanctions, Cindy Comment préfère les « pots de réussite », où chacun dépose un papier avec une phrase magique : « J’ai réussi. »

L’accompagnant scolaire pour coordonner l’accueil

À l’Institut Saint-Martin, de la maternelle au lycée polyvalent, à Palaiseau (91), les élèves en situation de handicap ou à besoins éducatifs particuliers sont accueillis dans la mesure où tous les moyens sont réunis. Cédric Kerlirzin, enseignant d’EPS, est depuis sept ans chargé de l’accompagnement scolaire des èlèves du collège et des lycées. Sur les 1 300 élèves, 101 élèves bénéficient d’un plan d’accompagnement personnalisé (PAP), car ils présentent un trouble des apprentissages, 40 élèves, en situation de handicap, ont un projet personnalisé de scolarisation (PPS) et 40 ont un projet d’accueil individualisé (PAI). « Au-delà de la gestion administrative des dossiers, j’aide les parents à comprendre les procédures, à s’y retrouver dans les réformes, les dossiers à remplir, etc. » En début d’année, Cédric Kerlirzin a organisé une matinée pour les parents d’enfants souffrant de troubles dys. Il accompagne aussi les enseignants dans la mise en place de procédures et pédagogies adaptées et leur propose des séances « Vis ma vie », pour qu’ils appréhendent mieux les difficultés des élèves. Pour lui, l’accueil de tous est possible car ancré dans les habitudes de travail de chacun.

« JE PARTICIPE BEAUCOUP »

Témoignage de Paul, en seconde, au lycée Saint-Sulpice, à Paris (6e).

Au lycée, je ne me sens pas différent des autres. Je ne retarde pas la classe, je participe même beaucoup, car c’est pour moi un moyen de bien écouter et de re- tenir les cours malgré ma dyslexie. Et puis je ne suis pas le seul à avoir un ordinateur puisque, depuis cette année, tous les lycéens ont une tablette. Grâce à l’application Voice dream reader, je peux écouter les textes fournis par les enseignants. Je suis aidé par une auxiliaire de vie scolaire (AVS) dix heures par semaine. Le reste du temps, j’apprends à me débrouiller seul. Au fil des ans, l’accompagnement mis en place par l’établissement m’a appris à être plus autonome. Aujourd’hui, j’ai 12,3 de moyenne en humanités et 14,4 en sciences. Pour l’année prochaine, j’hésite entre la filière générale ou technologique.

Repérer et adapter au plus tôt

Difficultés légères ou plus visibles, Julia Chastagner, enseignante de maternelle, à Saint-Oyend (39), prend le temps de comprendre ce qui se passe. À ses 28 élèves (8 enfants de 2 à 3 ans et 20 enfants de 3 à 4 ans), elle propose des ateliers inspirés de la pédagogie Montessori. Travailler les sons ou la motricité fine... Elle en parle avec chaque élève qui choisit ensuite une activité qu’il mènera à son rythme. Pendant ce temps, Julia Chastagner observe les domaines que l’enfant n’explore pas et réfléchit à la façon de l’inciter à aller plus loin selon ses besoins et ses capacités. Un enfant parle peu ? « J’attire son attention en utilisant la langue des signes oralisée », précise-t-elle. Toutes les réussites scolaires sont photographiées et affichées dans le cahier de classe. Et des rencontres régulières ont lieu avec les familles autour du carnet d’évaluation pour parler ensemble des avancées et des retards.

Les vertus du bureau vélo

« Avant, Maxence, sortait régulièrement dans la cour pour taper dans un ballon. Maintenant, il reste en classe avec nous », raconte Cécile Pasquet, directrice de l’école maternelle et primaire Sainte-Valérie, à Limoges (87). Ce qui a changé pour cet élève diagnostiqué TDAH (trouble de déficit de l’attention avec hyperactivité) ?
L’acquisition d’un bureau vélo (un bureau sous lequel est fixé un pédalier de vélo) et de matériels (chambres à air accrochées entre les pieds de la table, galette d’assise, tabouret culbuto, etc.) pour l’aider à évacuer son énergie. « Les prises de parole intempestives ne sont pas réglées, mais il y a moins de perturbations dans la classe et Maxence peut suivre avec moins d’interruptions », précise Cécile Pasquet. La différenciation pédagogique est au cœur du projet de l’école. « Nous avons au moins cinq élèves par classe qui ont besoin d’outils et de méthodes pédagogiques adaptés. Tous les ans, les enseignants se forment selon les besoins qui émergent : neurosciences, inclusion, précocité, différenciation, etc. »

Une classe soleil en maternelle

« Nous avons décidé en équipe d’accueillir des enfants autistes qui ne trouvaient pas de place ailleurs », explique Marie Blanchet, directrice de l’école Les Saints-Anges, à Paris (15e). En maternelle, dans la classe soleil, ils sont six. Avec des troubles plus ou moins sévères qui nécessitent la présence de sept adultes en permanence. « Nous utilisons la méthode du un pour un (un enfant pour un adulte), aussi nommée ABA [analyse appliquée du comportement], précise Marie Sulpice, l’enseignante. Pour les enfants autistes, le mimétisme est primordial. C’est très important qu’ils puissent être au contact d’autres enfants. » Certains vont donc passer une demi-journée par semaine dans une classe ordinaire. Parfois ce sont les enfants des classes ordinaires qui viennent dans la classe soleil. « Ils jouent ensemble à des jeux de société, souligne Marie Sulpice. Les élèves sont très ouverts et même dans la cour de récréation cela se passe très bien. » D’autres familles frappent à la porte de l’école. Le signe que la classe soleil rayonne.

Sylvie BOCQUET et Claire ALMERAS

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