Maths : 3 clichés à combattre

Pour réussir en maths, faut-il être un garçon, avoir la bosse des maths ou mettre en pratique la fameuse méthode de Singapour ? Nos experts démontent ces trois idées reçues. De quoi aborder cette matière avec sérénité.

Les maths c'est juste pour les garçons

NON

Dès le milieu du collège, les filles s’éloignent des maths et des sciences. Cet écart qui se creuse entre les filles et les garçons n’est pas du tout naturel. Une des raisons majeures de l’inappétence des filles pour les maths est qu’elles ont moins accès à des activités ou des loisirs scientifiques que les garçons et, quand elles y ont accès – beaucoup de parents abonnent leurs filles à des revues ou les incitent à regarder des émissions scientifiques –, elles y découvrent un univers largement masculin. En Terminale, elles sont pourtant propor- tionnellement au même niveau en maths que les garçons et lorsque la filière S existait, elles étaient plus nombreuses à obtenir le bac avec mention. En l’absence de supports d’identification suffisants, les filles doivent donc être particulièrement déterminées pour rester scientifiques. Bien acceptées en médecine ou en biologie, elles ne sont pas toujours accueillies à bras ouverts dans les milieux de la recherche ou de l’astro- nomie, par ailleurs très compétitifs et peu diversifiés. À ce clivage garçons/filles, s’ajoute un clivage social. Contrairement à une idée reçue solidement ancrée, les maths ne sont socialement pas neutres. Si les lettres, les arts et la culture ont longtemps été considérées comme les matières nobles réservées à l’élite, les maths et les sciences étant plus ouvertes aux classes populaires, la tendance s’est inversée. Elles sont aujourd’hui discriminantes au risque de laisser sur le côté filles et garçons des milieux populaires.

Avec Clémence Perronnet, maîtresse de conférences en sciences de l’éducation, à l’Université catholique de l’Ouest Bretagne-Sud. 

Le niveau baisse-t-il ?

Le niveau des élèves français en mathématiques est en chute constante dans les évaluations internationales, ce que confirme l’étude Cedre menée en 2019, qui révèle que 26 % des élèves français sont en grande difficulté en maths, contre 15 % en 2008. Selon Jean-François Chesné, « ce que montrent les statistiques, c’est que le nombre des élèves en grande difficulté augmente sérieusement, avec des scores de réussite de plus en plus bas, mais aussi qu’il y a de moins en moins de très bons élèves. » Les élèves réussissent de moins en moins les calculs posés, notamment. Un phénomène qui n’est pas nouveau, selon Grégoire Borst, professeur à l’Université de Paris et directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l’éducation de l’enfant au CNRS, qui, sans minimiser le phénomène, s’agace du seul constat et souhaite que l’on s’empare des vrais problèmes. « Cela fait presque quinze ans que ce mouvement de baisse est enclenché. Ce qui est inquiétant, c’est qu’il n’y a pas de phénomène de compensation pour l’enrayer et que les performances en mathématiques dépendent de plus en plus du niveau socio-économique de l’élève. » Espérons que les préconisations du rapport Villani-Torossian, remis en 2018 au ministre de l’Éducation nationale, portera ses fruits. 

Les maths, tout le monde peut y arriver

OUI

Il existe un paradoxe franco-français. D’un côté, les maths cristallisent la réussite scolaire. Un élève peut être moyen dans certaines matières, mais s’il est bon en maths, son avenir est assuré. D’un autre côté, il existe dans certaines familles des lignées d’individus fâchés avec les maths. Devenir bon en maths pourrait presque être perçu comme une trahison. Cette mise à distance n’obéit à aucune loi génétique, mais plutôt à des comportements héréditaires : « De toute façon, dans la famille, personne n’est bon en maths. » Les maths peuvent alors faire peur, parfois jusqu’à la phobie. Un tableau de chiffres ? Et c’est le blocage, qui empêche l’élève de penser. Pour autant, la bosse des maths n’existe pas. À peu près tout le monde peut y arriver, à condition d’identifier ce qui freine la compréhension. Trop de lacunes ? Trop d’émotions ? Longtemps, les maths ont été perçues comme une science froide. On sait aujourd’hui que cette matière est source d’émotions. Il est fondamental de garder son sang-froid et d’accepter de se tromper. Les maths sont plurielles et demandent, outre des capacités de raisonnement, des compétences dans la représentation spatiale, de bonnes aptitudes en langage oral et écrit... Enfin, pour rendre les maths plus accessibles, sont à privilégier : l’humour – on peut rire en faisant des maths, le jeu, avec des applis ou des jeux vidéo, le concret, à quoi va me servir le théorème de Pythagore ? Il est important de ne pas passer à l’abstraction trop tôt, dès la moyenne section, afin de limiter le décalage entre les principes pédagogiques et le développement de l’intelligence chez l’enfant.

Avec Louis-Adrien Eynard, psychologue 

En France, on n'utilise pas la bonne méthode

OUI ET NON

« Il n’y a pas une bonne méthode pour apprendre les maths », prévient Jean-François Chesné, docteur en didactique des mathématiques et coordinateur exécutif au Cnesco (Centre national d’étude et des systèmes scolaires). Selon lui, la méthode de Singapour n’a rien de miraculeux : « Dans ce pays, la performance et la concurrence sont très présentes à l’école, relayées par une émulation et une motivation familiale très fortes. » Les enseignants y bénéficient de 400 heures de formation initiale par an en maths, contre 80 heures en France. Pédagogiquement, cette méthode s’appuie sur la manipulation avant la conceptualisation. « Ce qui n’a rien d’innovant, affirme Jean-François Chesné. La culture de la manipulation est très ancrée en maternelle chez nous, peu utilisée en primaire et complètement oubliée au collège. »

Au-delà de la méthode, c’est la pédagogie qui est en jeu. « On se focalise sur les programmes pour expliquer la baisse du niveau, mais ils ne sont pas scandaleux, modère Jean-François Chesné. En revanche, l’analyse des manuels scolaires montre une hétérogénéité de traitement des notions ou de progression. » Cette question de la pédagogie, Ariane Sanchez, formatrice en didactiques mathématiques à l’Isfec de Montpellier, la connaît bien : « Le meilleur enseignant en mathématiques, c’est celui qui a compris pourquoi il n’a pas compris. » Selon elle, il faut redonner du sens à l’enseignement des maths. « En France, on apprend en CE1 ce que sont un point, une droite, une demi-droite, sans aborder la notion de carré. Quand, dans les évaluations internationales, on leur demande de montrer dans un carré un point ou un segment, ils ne savent pas répondre. » Donner du sens aux notions en les abordant selon la progression adéquate : des débuts de pistes à explorer.

Par Claire ALMERAS et Sylvie BOCQUET

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