Que faire face aux difficultés de l'enfant ?

Enfants dys, fragiles, peinant à mémoriser, stressés ou encore lents à se mettre au travail... Des éléments de réponses.

© ÉMILE LOREAUX

Comment accompagner mon fils qui souffre de troubles de l’apprentissage ?

La réponse de Maja Bartel-Bouzard, psychologue clinicienne à l’école du Sacré-Cœur à Paris.

Quelle que soit la situation, le parent doit à la fois soutenir son enfant et l’impliquer : il ne s’agit pas de faire à sa place. Ce cadre étant posé, en cas de trouble dys, il faut bien sûr adapter et faciliter le travail. Il est important de connaître la manière dont l’enfant fonctionne, les tâches qui posent problème et le type d’intelligence (visuelle, auditive, etc.) à solliciter pour le stimuler. Afin qu’il se concentre sur l’essentiel, il faut lui épargner les tâches annexes qui lui coûtent beaucoup d’énergie : recopier, relire. Un enfant dyslexique s’en sortira parfois mieux en utilisant l’ordinateur ou en inventant un système de mots clés ou un code couleur qui évite de déchiffrer plusieurs fois un texte. En cas de dyspraxie, il peut éprouver des difficultés à se repérer visuellement dans une page fourmillant d’informations : mieux vaut présenter les exercices un par un. Il existe aussi des outils permettant d’extraire chaque phrase. L’idéal : varier les méthodes pour voir celles qui réussissent le mieux. Pour réduire le stress, il peut être aussi intéressant de le mettre en situation, en l’incitant à se préparer à une évaluation dans le contexte sécurisant de la maison. N’oublions pas enfin la fatigabilité de ces enfants et leur difficulté à focaliser leur attention trop longtemps : il faut séquencer les devoirs. Mieux vaut deux quarts d’heure espacés d’une petite pause que trente minutes sans interruption.

De santé fragile, mon ado se fatigue vite quand il fait ses devoirs. Que faire ?

La réponse de Catherine Legrand, chef d’établissement du collège communautaire de Villeneuve-d’Ascq.

D’abord, il faut rappeler que la santé passe avant tout. S’il s’agit d’une maladie au long cours, les parents devront adapter leurs exigences et leur accompagnement. Il faut privilégier le travail en petite quantité mais bien fait : on se concentre sur un seul exercice, alors que le professeur en a donné trois, mais on l’explore à fond. Au parent d’écrire un mot pour prévenir que tel jour la fatigue a empêché l’élève d’aller jusqu’au bout. Vis-à-vis de l’établissement, il est important d’officialiser la situation, afin qu’il n’existe aucun malentendu. Dans un projet d’accueil individualisé (PAI)*, on peut d’ailleurs tout mentionner, y compris un allègement des devoirs. À la maison, il faut identifier le moment où l’ado est le plus en forme pour travailler. Les découvertes des neurosciences offrent à cet égard des pistes intéressantes. Mieux vaut aussi fractionner le temps en petites séquences afin de ne pas épuiser l’adolescent. Incitez-le, si possible, à s’avancer et à savoir précisé- ment ce qu’attend l’enseignant afin de travailler efficacement. On trouve désormais beaucoup d’informations sur les devoirs à faire dans les espaces numériques que proposent les établissements. Il faut enfin repérer les signes de fatigue : si l’ado s’agite, s’il faut lui répéter cinquante fois la même chose ou s’il semble perdu, mieux vaut arrêter la séance.

* Ce document précise les aménagements à apporter à la vie en collectivité d’un enfant souffrant de pathologie chronique. 

AU SECOURS, MES ENFANTS ONT TOUS DES BESOINS DIFFÉRENTS !

Multipliée par trois ou quatre, l’épreuve des devoirs peut tourner au casse-tête. Dosez votre présence selon l’âge et le profil de votre progéniture. Votre petit dernier qui découvre la lecture a sans doute besoin d’une présence plus soutenue que votre ado, à qui suffisent de stratégiques piqûres de rappel pour l’aider à s’y mettre ou à planifier des révisions. Si cela dépasse vos compétences, faites appel à des tiers (parrain, étudiant...). Incitez l’enfant qui vous sollicite sans cesse à parfaire sa méthodologie.

Maja Bartel-Bouzard conseille enfin de ne pas s’enfermer dans la culpabilité : « Mieux vaut discuter avec ses enfants de la façon, forcément imparfaite dont on s’ajuste à leurs besoins. » Ces échanges permettront de mieux connaître leurs desiderata.

Mon enfant ne retient rien. Comment l’aider à mémoriser ?

La réponse de François Coquant, professeur de SVT à Notre- Dame Immaculée, à Tourcoing, et formateur d’enseignants.

Premier réflexe : s’assurer que l’enfant ne souffre pas de carence physiologique (sommeil, alimentation) ou affective, car cela peut influer sur le cerveau. Un bilan avec un orthophoniste permettra de vérifier qu’il ne s’agit pas d’un trouble du langage qui freinerait la mémorisation. Le praticien peut conseiller un spécialiste s’il repère un autre dysfonctionnement. Mais, souvent, les enfants oublient par méconnaissance d’eux-mêmes et par manque de motivation. Or, dès 9-10 ans, ils sont capables d’apprendre à apprendre. Cela signifie que l’enfant doit comprendre et analyser ce qu’il apprend. Une méthode efficace consiste à structurer soi-même les informations contenues dans une leçon. Fiches, tableaux, cartes mentales... à l’enfant de repérer ce qui lui convient. Il est important de créer des associations : relier une information à soi (ce volcan, j’en ai déjà entendu parler), trouver une astuce mné- motechnique ou une image parlante. L’élève peut aussi solliciter la mémoire épisodique, celle qui stocke nos souvenirs et fait entrer en jeu nos émotions. Qu’il n’hésite pas à se faire plaisir : faire un schéma s’il adore dessiner, choisir un endroit confortable. La répétition joue aussi un grand rôle : en cas de devoir sur table, mieux vaut étaler les révisions sur plusieurs jours. 

Mon enfant est trop stressé avant un contrôle...

La réponse de Bruno Humbeeck, psychopédagogue.

En général, c’est le parent qui stresse, même s’il apparaît détendu, car il surinvestit cette échéance. L’enfant le sent et panique parce qu’il a peur de le décevoir. Il peut arriver qu’il soit le seul à se montrer anxieux : quand, par exemple, ses frères et sœurs obtiennent de meilleurs résultats et qu’il craint d’être moins aimé de ses parents. Ceux-ci sont donc souvent les moins bien placés pour l’aide aux devoirs. S’ils peuvent passer la main à un tiers, c’est mieux.

Une tension excessive peut nuire aux performances car elle entrave la capacité à assimiler des connaissances. Pour calmer le jeu, il faut envisager l’évaluation comme une simple étape dans un parcours d’apprentissage qui ne doit pas tuer le plaisir d’apprendre. Pour le retrouver, je préconise des exercices ludiques mobilisant les capacités cognitives mais portant sur des matières non scolaires.

À la veille d’un contrôle, il faut éviter de montrer à l’enfant notre anxiété et nos attentes démesurées. Mieux vaut lui dire qu’il fera ce qu’il pourra, qu’il ne risque pas de vous décevoir et le rassurer sur ses compétences. On peut aussi lui expliquer qu’une évaluation consiste à mesurer une progression et que tout le monde avance, même si, pour certains, cela s’effectue à un rythme moins rapide. Enfin, il est important de valoriser différents types d’intelligence. Il n’y a pas que l’école dans la vie !

C’est la croix et la bannière pour que ma fille se mette au travail !

La réponse de Bruno Humbeeck.

Elle a perdu le plaisir d’apprendre. Cela dit, une adolescente qui se contente du minimum surinvestit autre chose que l’école, ce qui semble plutôt sain. À condition de ne pas décrocher, elle s’épanouira peut-être plus tard dans ses études car elle aura choisi ce qu’elle a envie de faire. Il faut fixer un seuil d’attente minimale : dire à l’adolescente qu’on ne lui demande pas de se passionner pour sa scolarité mais d’atteindre les objectifs fixés. Il faut aussi s’intéresser à ses marottes. La plupart des parents ont l’im- pression que leur enfant ne fait rien, c’est faux. Il maîtrise des jeux vidéo complexes ; il analyse la saga Star Wars dans les moindres détails. Tout cela joue sur le développement cognitif. Il ne faut pas non plus main- tenir à toute force une élève dans la voie générale si elle ne s’y épanouit pas. Il peut être intéressant aussi de limiter le temps pris par la scolarité. On prend un chronomètre, on élimine toutes les sources de distraction et on décide d’une durée quotidienne à l’issue de laquelle les devoirs s’arrêteront. On demande à l’enfant de se mobiliser pendant le temps imparti et on reste à sa place de parent : on est disponible pour répondre aux questions mais on n’intervient pas de façon systématique. Cette expérience, menée dans une école, a donné de bons résultats. 

NOEMI CONSTANS

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