Jeux vidéo : quelles formations vers quels métiers ?

Portées par un marché très dynamique, les écoles de jeux vidéo se sont multipliées, faisant briller les yeux des jeunes “gamers”. Mais toutes ne se valent pas. Conseils de pros pour déjouer les mauvaises surprises. 

PHILÉMON, 16 ans, passionné de jeux vidéo, rêve d’en faire son métier et attend avec impatience d’intégrer une école de jeux vidéo après le bac. « Mais ce n’est pas facile de s’y retrouver... », reconnaît sa mère, Anaïs. En France, la bonne santé de l’industrie du jeu vidéo s’est accompagnée d’un boom des formations. Si elles se révèlent utiles pour atteindre son objectif, mieux vaut bien se renseigner avant.

Première question à se poser : suis- je fait pour ça ? « Jouer n’a rien à voir avec le fait de créer un jeu. Il faut être capable de revenir sur son travail, le faire évoluer, faire preuve d’inventivité », énumère Thomas Planques, game designer et enseignant dans plusieurs formations. Pour le savoir, rien de tel que de s’entraîner à fabriquer ses propres jeux.

Les métiers du secteur, une cinquantaine, se répartissent en trois principales grandes familles : la programmation ; le game art, qui touche à l’univers visuel et sonore du jeu ; et le game design, qui s’at- tache à l’expérience et aux mécaniques de jeu. Le game art et le game design demandent d’avoir un imaginaire personnel et des références dans de nombreux domaines, « d’où l'importance de ne pas se spécialiser trop rapidement en optant d’abord pour une formation assez générale pour acquérir de solides compétences et une bonne culture générale », recommande Stéphane Natkin, fondateur du Cnam-Enjmin.

LES MÉTIERS ÉMERGENTS DU JEU VIDÉO

ECONOMIC GAME DESIGNER il travaille à faire évoluer les mécaniques du jeu pour fidéliser le joueur et le conduire à acheter des niveaux plus poussés.

DATA ANALYST pour l’e-sport en particulier, il étudie les comportements des joueurs et fournit à un éditeur les informations nécessaires pour optimiser son jeu et conforter sa place sur le marché.

TECHNICAL ARTIST il met à disposition des artistes 3D tous les outils numériques dont ils ont besoin pour concevoir les aspects visuels du jeu. 

LES FORMATIONS PUBLIQUES

Un BUT (bachelor universitaire de technologie) et les spécialités informatiques ou métiers du multimédia et d’internet (MMI) ( bac+3), qui remplaceront à la rentrée 2021 les DUT, complété par un master d’informatique ou un cursus d’ingénieur ( bac+5) est une option pour devenir programmeur. Le cursus informatique ou d’ingénieur, seul, est également suffisant.

Le game design et le game art recrutent des profils très variés, venus de la philo aux sciences politiques, en passant par le scénario... Younes a intégré la licence professionnelle ( bac+3) métiers du jeu vidéo de l’université Paul-Valéry, à Montpellier, après une licence 2 d’arts plastiques. « Elle forme des game et des level designers avec une forte dimension artistique », se félicite le jeune homme qui envisage ensuite un master. Le BUT MMI de l’IUT de Bobigny, qui prépare également au game design, est lui aussi réputé.

Pour poursuivre ses études, il est souvent recommandé de s’inscrire en master à l’université, au sein d’une école d’art ou d’une formation spécialisée.

Très convoité et donc très sélectif, le Cnam-Enjmin, situé à Angoulême, est la seule école publique préparant à tous les métiers du jeu vidéo avec six spécialités de master : game design, programmation, conception graphique, conception sonore, ergonomie et management de projet.

« JE VAIS DEVENIR GAME DESIGNER »

LILA, 23 ans

 « Je voulais faire quelque chose d’artistique, avec mes mains et ma tête. Le jeu vidéo semblait me convenir, et je ne me suis pas trompée. » Lila est en dernière année de game design à l’école Rubika, à Valenciennes. Elle a postulé après un bac L et avec un book bien fourni – un court métrage, des photos, de la musique, des chansons. « Ce qui intéresse l’école, c’est notre créativité, notre curiosité, notre capacité à valoriser nos compétences et à analyser nos pratiques de jeu, sans pour autant être un joueur intensif. » Après cinq ans d’études « assez denses, durant lesquelles il faut apprendre à travailler en groupe avec des contenus qui s’adaptent à la réalité du marché », Lila va bientôt partir pour son dernier stage. Elle a déjà deux propositions. 

FAIRE LE TRI PARMI LES ÉCOLES PRIVÉES

Beaucoup d’écoles privées proposent une formation en 2 à 3 ans, ou 4 à 5 ans après le bac, sanctionnée par un diplôme d’établissement. Certaines délivrent aussi un titre RNCP (Répertoire national des certifications professionnelles) facilitant la poursuite d’études. Parmi les plus reconnues, Rubika, l’lsart Digi- tal, IMM, Gobelins, LISAA. Il faut alors compter entre 6 000 et 10 000 euros l’année. Assurée par des professionnels, la formation se déroule en mode « projet » par petits groupes. Le revers de la médaille, c’est parfois le turn-over des enseignants et une formation théorique trop légère. Il ne faut pas hésiter à interroger les anciens élèves, à véri- fier la présence pérenne d’un directeur pédagogique, et à scruter de près la maquette pédagogique afin de s’assurer « que la formation prépare bien au métier annoncé », recommande Marine Lemaitre Freland, directrice de Piece of cake studios, en charge des formations au Syndicat national du jeu vidéo (SNJV). « C’est le cas des membres du Réseau des formations aux métiers du jeu vidéo du SNJV », assure-t-elle.

Attention aux taux d’insertion annoncés par les écoles : en 2020, le SNJV estimait à 57 % les diplômés en emploi dans le secteur, un an après la sortie. Si les programmeurs sont très demandés, les game artists ou les game designers, de plus en plus nombreux à postuler, se démènent pour garnir leur portfolio qui leur ouvrira les portes des studios. Des studios où règne une ambiance par- fois encore très masculine et un brin geek, et où les journées s’étirent par- fois jusque tard dans la nuit : c’est le fameux « crunch ». Une pratique présente aussi dans certaines écoles. Alors, gare à la saturation ! 

CECILE PELTIER

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