Respecter l'autre

Face à l'urgence de la transition écologique, la réponse ne peut pas être seulement individuelle, elle doit aussi être collective. L’Autre, ce n’est pas que l’autre humain, ce sont aussi les animaux et la nature. Notre humanité n’est possible que dans ce tout qui compose la planète dont nous faisons partie. C’est donc aussi vers l’autre qu’il faut se tourner pour répondre à « l’urgence d’un défi mondial pour la paix et la justice », comme le définit l’ONU.

Cet autre, c’est l’étranger. En 2018, 70 millions de personnes ont fui la guerre, les persécutions et les conflits, selon l’ONU, qui fait la promotion d’une société pacifiste et inclusive. De leur côté, les scientifiques alertent sur les ravages de la montée des eaux et sur les déplacements de population qu’elle induirait. Et donc sur une migration non contrôlée, qui remettrait en cause le respect des droits de l’homme. Ils alertent aussi sur les nombreuses famines pouvant survenir avec le changement climatique, alors que ce sont les pays les plus développés qui sont majoritairement les plus gros consommateurs, donc producteurs de CO2 ?

Cet autre dont nous devons prendre soin, ce sont aussi les personnes les plus fragiles qui sont proches de nous, en situation de grande pauvreté, de handicap ou malade. Car les inégalités, quelles qu’en soient les causes, ne favorisent pas un développement économique et social durable. « La non-réduction de la pauvreté ne permet pas l’épanouissement de l’homme, ce qui risque de favoriser crimes, maladies et dégradation de l’environnement », rappelle l'ONU dans ses objectifs de développement durable (ODD).

Comment agir ?

RENCONTRER L’AUTRE. Cela s’apprend à l’école et dans les familles. Nous avons tous dans notre entourage quelqu’un qui est plus fragile, porteur d’un handicap ou demande plus d’attention. Alors donnons l’exemple en étant nous-mêmes compréhensifs et attentifs. « Nous sommes faits pour nous aimer les uns les autres, mais pas pour consommer », rappelle Philippe de Lachapelle, directeur de l’Office chrétien des personnes handicapées (OCH). Aller à la rencontre de l’autre, c’est ce que propose par exemple de nombreuses associations d’aide à la personne. 

FAVORISER L’INCLUSION. « L’école doit être un lieu où les enfants sont au contact de la différence et de la fragilité », estime Philippe de Lachapelle. L’inclusion scolaire favorise la rencontre et l’empathie. Pour le directeur de l’OCH, le respect ne peut pas être uniquement véhiculé par les idées, mais grâce à l’expérience. « Car, en étant au contact, nous com- prenons que nous sommes tous fragiles. Une fragilité qui est constitutive de nos vies. » Et nous comprenons ainsi que l’homme n’est pas tout-puissant.

COMBATTRE LES PRÉJUGÉS. Dès le plus jeune âge, les parents en plus de ce qui se vit en famille peuvent s’appuyer sur la littérature jeunesse, les dessins animés ou les films dans lesquels il est question de l’ouverture à l’autre, de l’ouverture d’esprit et de la découverte in fine que cet autre que l’on croyait méchant ou très différent est gentil ou comme nous. Les préjugés peuvent aussi être générationnels. Pour Radia Bakkouch, présidente de l’association Coexister, Mouvement interconvictionnel des jeunes : « Il faut savoir s’écouter les uns les autres, car même si nous ne nous exprimons pas de la même manière, jeunes et moins jeunes ont autant de choses à dire et d’idées à proposer. »

Relever les défis

Ecouter les enfants

L’AVIS DE NICOLE PRIEUR PHILOSOPHE ET THÉRAPEUTE FAMILIALE 

Spontanément entre 5 et 8 ans, les enfants ont cette propension à avoir envie de sauver le monde et d’aider son prochain. Ils interrogent d’ailleurs souvent les adultes à propos des SDF. Dans leurs questions, il y a à la fois un vrai intérêt et une envie d’aider, mais aussi l’expression de la peur que cela leur arrive un jour. Aux parents de discuter de ce qu’ils éprouvent et de ne pas éluder ou stopper la discussion. Il faut même demander aux enfants quelles seraient leurs solutions à eux. En famille, les décisions seront bien plus faciles à appliquer par les enfants si elles viennent d’eux. Ils ont souvent des idées plus imaginatives et originales que celles des adultes qui sont parfois désabusés.

Participer à la nuit du handicap

Tous les ans, en juin, dans 24 villes de France, les familles sont invitées à créer la rencontre, briser les clichés et révéler les talents de chacun. Organisée depuis 2018 par la Fondation OCH (Office chrétien des personnes handicapées), cette grande fête est proposée par des personnes handicapées qui invitent à des concerts, des apéros, des jeux, des animations, des ateliers de bien-être, des stands de restauration... Là, les rôles sont inversés. Les personnes en situation de handicap prennent soin des autres. L’occasion de rencontres et d’une prise de conscience que nous avons tous des talents.

Accueillir un réfugié chez soi

NICOLAS, PAPA D’AUGUSTIN, 9 ANS, ET CLÉMENTINE, 7 ANS

Nous avons la chance d’avoir une grande maison, il nous a semblé évident que nous ne pouvions pas ne pas partager cette chance avec quelqu’un qui aurait besoin d’un toit. Il ne s’agit pas du tout d’une sous-location, mais bien de l’accueil de quelqu’un dans notre famille. Car cela s’inscrit dans un projet familial : partager. Nous découvrons que l’autre n’est pas seulement un étranger, mais qu’il a une famille, une histoire, une culture et une langue différentes. L’accueil se trans- forme en une rencontre humainement très riche. Les barrières tombent car l’étranger est incarné. Nos enfants ont un âge où ils veulent découvrir et apprendre. Ils n’ont pas les préjugés que nous adultes pouvons avoir. Par cette expérience, nous nous sentons responsables les uns des autres car elle implique des devoirs mutuels : l’accueil dure six semaines à chaque fois, ce qui peut être très court ou très long. L’autre nous apprend aussi la frugalité. Ces personnes qui fuient leur pays et sont contraintes de quitter leur famille ne s’embarrassent pas de biens matériels. Elles ont leur maison sur le dos. Cela nous amène aussi à comprendre que les ressources et l’espace ne sont pas infinis et que nous devons partager ce bien commun.

CLAIRE ALMÉRAS

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