La prise de parole s'apprend à l'école

Le grand oral est l’occasion de travailler des compétences oratoires encore trop peu développées au lycée. Une petite révolution qui concerne toutes les disciplines 

« L’ORAL est déjà travaillé en français et en langues. Mais, dans les autres matières, c’est plutôt fait de manière inconsciente, c’est même parfois peu valorisé. On est encore très fortement dans une école du silence au lycée », relève Benoit Skouratko, professeur de lettres et chargé de mission au Secrétariat général de l’Enseignement catholique. Cette épreuve marque donc une révolution au sens où elle interroge la manière d’enseigner l’oral. Très présent à la maternelle et à l’école élémentaire, l’oral devient ensuite très codifié au collège et « se pratique un peu dans tous les sens au lycée », selon Benoit Skouratko. En clair, de la seconde à la terminale, cette nouvelle épreuve, pièce maîtresse du « bac Blanquer », fait de l’oral un objet d’enseignement en tant que tel pour l’ensemble des disciplines.

POURQUOI CETTE NOUVELLE ÉPREUVE ?

Si l’on regarde du côté de l’Angleterre ou de l’Italie, les enseignements sont plus équilibrés entre écrit et oral. En France, de vrais manques de compétences ont été repérés depuis une dizaine d’années chez les jeunes qui entrent dans les études supérieures. Au niveau de l’oral, notamment, mais aussi en matière d’autonomie et de conduite de projet. La volonté de la réforme du bac est de combler cela. Le rapport remis au ministre en juin 2019 par Cyril Delhay, professeur d’art oratoire à l’Institut d’études politiques de Paris, énonce l’objectif de cet oral. « Que tout élève issu du système scolaire français sache non seulement parler en public, mais s’y exerce avec plaisir. » 

EN QUOI CET ORAL DIFFÈRE-T-IL DES AUTRES ?

« La grande nouveauté, c’est que cet oral se fait debout et sans notes. Et que, dans la seconde partie de l’épreuve, la forme compte plus que le fond. L’oral est travaillé en soi et pour soi », résume Solveg Wattel, professeure de lettres et formatrice à l’Isfec Ile-de-France (Institut supérieur de formation de l’Enseignement catholique). En effet, la troisième partie de l’épreuve vise à évaluer des compétences en communication plus qu’un contenu, qui lui est exigé en première partie d’épreuve. 

CETTE ÉPREUVE VIENT-ELLE BOUSCULER L’ENSEIGNEMENT AU LYCÉE ?

« Ce grand oral est l’occasion de forcer les lycées français à rentrer dans une didactique de l’oral et pas seulement de mener des activités dans ce domaine », se réjouit Benoit Skouratko. Ce professeur de lettres, qui travaillait déjà l’oral auparavant, reconnaît y préparer aujourd’hui spécifiquement ses élèves. Il met l’accent sur la présentation dynamique, sans notes, et sur la façon dont l’élève va s’adresser à son public. L’une de ses collègues de physique-chimie a mis en place la classe inversée, afin que ses élèves soient capables de faire une leçon à l’oral, à partir de ce qu’ils ont appris. Désormais, tout enseignant de lycée est amené à lister les compétences liées à l’oral dans ses enseignements. Pour Bertrand Périer, avocat à la Cour de cassation et formateur à l’art de la rhétorique dans le cadre d’Eloquentia, un programme de formation et de concours à la prise de parole en public, ce grand oral doit être accompagné d’un enseignement sur tout ce qui fait l’art oratoire : techniques d’argumentation, gestuelle et voix. Attention toutefois, le grand oral n’est pas un concours d’éloquence. 

LES CRITÈRES D’ÉVALUATION

Pour le grand oral, l’évaluation porte sur des critères verbaux, para-verbaux, non-verbaux : le volume de la voix, la respiration, le rythme, le discours, l’argumentation, la diction, l’intonation, la modulation, l’articulation, le lexique, les mains, la posture. Et aussi les silences, pour mettre en valeur la parole. L’oral est un engagement physique qui se prépare. 

QUEL ACCOMPAGNEMENT POUR LES ÉTABLISSEMENTS ?

Les instituts de formation (Isfec) accompagnent les établissements dans la mise en place de la nouvelle réforme. Leur rôle est de créer les conditions d’harmonisation de tout ce qui est déjà travaillé en matière de compétences orales. Des journées pédagogiques y sont consacrées et sont mises en place pour les équipes.
« Il est important de préciser que l’on fait ce que l’on peut, et surtout au mieux pour les élèves, dans le contexte actuel, prévient Benoit Skouratko. Le confinement a duré quatre mois au lycée qui traverse à nouveau une période compliquée depuis la rentrée. L’enjeu actuel est de voir comment nous pouvons croiser une année complexe de raccrochage d’un nouveau programme avec un apprentissage et un accompagnement au grand oral pour les élèves. Cela n’a pas été possible de préparer au grand oral sur le dernier semestre 2019-2020. Un planning a donc été mis en place pour le faire en 2020-2021, donc en un an seulement. » 

ISABELLE MARADAN

Ajouter un commentaire

Les réactions à cet article (0 commentaire)

    Soyez le premier à laisser un commentaire.

Voir plus de commentaires