Trop ou pas assez de devoirs à la maison ?

Les parents doivent apprendre à accompagner leur enfant en leur laissant une bonne part d’autonomie. Pas question de faire l’exercice à sa place.

© ÉMILE LOREAUX

LEUR RYTHME DE VIE EN DÉPEND

Juliette consacre, chaque soir, 15 à 20 minutes à ses devoirs. Clara entre 45 minutes et 1 heure. Victor, lui, s’en sort après 1 heure voire 1 h 30. CE2, 5e ou 3e, dans toutes les classes, les devoirs à la maison rythment la vie des élèves et de leurs parents. « Tous les soirs en rentrant du travail, je demande à Juliette si elle a bien fait ses devoirs : 9 fois sur 10, elle me dit oui et je ne vérifie pas, raconte Isabelle, dont les trois enfants sont scolarisés à Paris. Je regarde ses devoirs le week-end, quand j’ai plus de temps. J’y passe 30 à 40 minutes pour voir si elle a bien tout compris. »

C’est à Clara qu’Isabelle consacre le plus de temps. En 5e, la collégienne est débordée et, quand sa mère rentre, les devoirs sont parfois loin d’être finis. « Elle est fatiguée de sa journée et moi, je n’ai plus trop la patience. C’est dommage de ternir l’heure que nous passons ensemble à cause des devoirs », regrette Isabelle. Selon elle, il n’y en a pas forcément trop mais ils sont mal répartis. « Au collège, alors que le début du trimestre est plutôt cool, tous les profs mettent une évaluation 15 jours avant les vacances. »

CLASSE INVERSÉE, DEVOIRS FACILITÉS

« L’idée de la classe inversée, c’est de changer la nature du travail à la maison », explique Héloïse Dufour, présidente de l’association Inversons la classe, qui fédère depuis 2013 les pionniers de cette pratique pédagogique. En guise de devoirs, les enseignants demandent à leurs élèves de consulter des ressources, une mission moins complexe qu’un exercice d’application. C’est en classe que les tâches délicates sont abordées. « Au lieu du traditionnel comprendre/apprendre/ restituer, les élèves mettent leur savoir et leur intelligence en action », confirme Jean-Marie Le Jeune, professeur de français dans un collège de Brest. Et s’ils oublient de visionner le cours à la maison ? Le prof s’en rend compte très vite puisqu’en début de séance, il pose dix questions sur la leçon. « Je connais ainsi mieux mes élèves et je peux réellement faire de la remédiation. » Certains renoncent même à tout devoir à la maison, comme Pascal Bihouée, professeur de sciences physiques à Saint-Brieuc, « pour mieux aider les élèves en difficulté ».

UNE QUESTION D’ORGANISATION

Selon l’OCDE, le nombre moyen d’heures que les élèves consacrent aux devoirs « ne présente en général aucun lien avec la performance des systèmes d’éducation dans leur ensemble », d’autres facteurs entrent en jeu comme la qualité de l’enseignement et le mode d’organisation des établissements. Les enseignants doivent- ils donc donner plus de devoirs ou, au contraire, desserrer l’étau ? La question n’est pas simple à trancher. Si les devoirs ont la vertu de prolonger – pour mieux la partager – la vie de l’école à la maison, « certains profs ne se rendent pas compte de la masse de devoirs qu’ils donnent. Les pratiques sont très différentes d’une classe à l’autre, observe Jean-Michel Zakhartchouk, professeur de français. Cela déstabilise les parents et révèle aussi une absence de réflexion collective. » D’autant que des outils existent, comme les cahiers de texte quotidiens, qui permettent aux enseignants d’avoir une vision globale du travail déjà donné à la classe.

Bien loin de ces préoccupations, beaucoup de parents considèrent encore que l’école ne donne pas suffisamment de travail à la maison. « Certains parents sont allés voir la directrice d’une école primaire pour s’en plaindre. Celle-ci a alors demandé à l’enseignante d’en donner davantage pour coller à la demande des parents, rapporte Jérôme Rivoire, responsable pédagogique au collège Saint-Louis de la Guillotière, à Lyon. On voit ainsi des élèves de primaire qui sont sur le même rythme de devoirs que des collégiens... »

Parfois ce n’est pas la quantité de devoirs qui est en jeu mais la capacité d’organisation de l’élève. Caroline, parent d’élève, suit le planning de son fils, Tristan, en 5e, grâce au site École directe qui met en ligne le cahier de texte de la classe. « Cela me permet d’avoir un regard sans le fliquer pour autant. Je peux lui dire “Tiens, tu as une évaluation de maths dans 15 jours”. » Car l’an dernier, le tout nouveau collégien a parfois eu « la flemme de noter tous ses devoirs ».

Zoom sur une initiative Apel

Une journée spéciale devoirs à la maison a été organisée par Anne Ruffet, présidente de l’Apel de l’école Sainte-Thérèse, au Blanc (36), le 15 septembre dernier.

Elle a réuni avec succès parents, enseignants, membres du personnel. Résultats d’une réflexion co-construite depuis plusieurs mois avec l’ensemble de l’équipe éducative, conférences et ateliers ont donné à chacun des pistes pour y voir plus clair. À retrouver sur leur page Facebook un kit avec des fiches et des conseils pratiques.

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LE JUSTE RÔLE DES PARENTS

Se pose ensuite la question du type de travail demandé par les enseignants. Si la règle, toujours en vigueur depuis 1956, interdit de donner aux élèves de primaire des exercices écrits à la maison, la majorité des enseignants n’en ont cure. « Il est anormal de donner un devoir qui ne peut pas être fait sans l’aide des parents. Car ils y passent beau- coup de temps et pas avec les bonnes manières : et finalement ce sont les parents qui font le devoir à la place de l’élève », souligne Jean-Michel Zakhartchouk.

« Le rôle des parents doit être d’aider l’enfant à acquérir une méthode de révision et d’apprentissage qui convient, conseille Jérôme Rivoire. Face à tel devoir, l’enfant va-t-il travailler sa mémoire orale, visuelle ou écrite ? Il doit y avoir une alternance entre réviser, apprendre et s’exercer. »

L’intervention parentale n’est pas neutre sur la performance scolaire. Basée sur le suivi de 2 000 élèves durant deux ans, une étude finlandaise a montré que les enfants sont plus persévérants dans leur travail lorsque la mère leur accorde de l’autonomie et de la confiance, tout en restant présente et attentive. Donc pas trop interventionniste.

UNE PRATIQUE QUI SE DISCUTE

N’est-il pas temps de réaliser que les devoirs à la maison sont caducs ? « J’ai été élevée au Danemark puis en Iran et je n’ai jamais eu de devoirs à la maison », confie Ostiane Mathon, formatrice, qui été enseignante pendant 25 ans. Mère de 4 enfants, elle estime que les parents doivent faire confiance aux enseignants. « Dieu merci, il n’y a pas encore de devoirs en maternelle mais on y vient à travers les devoirs de vacances, c’est une première amorce de cette addiction typiquement française censée conduire vers la réussite. » Plus grave encore, selon Ostiane Mathon, avec les devoirs à la maison, on a créé « une boîte noire » et on ne sait pas ce qu’il s’y passe. « À l’école élémentaire, les devoirs deviennent un simple enjeu de vérification : on contrôle, mais on ne sait pas si l’enfant a compris », déplore-t-elle. « L’enseignant perd 10 minutes à vérifier. Et en fin de séance il redonne du travail à la maison faute d’avoir eu le temps de faire les deux exercices prévus pendant le cours. » Un comble. Dans cette course contre le temps orchestrée par les devoirs, il pourrait être judicieux de reprendre son souffle en engageant une réflexion commune entre enseignants, élèves et parents autour de la fonction du travail à la maison.

SOAZIG LE NEVÉ

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