Valoriser les connaissances

L’environnement est devenu la première préoccupation des Français, selon un sondage Ipsos de 2019. Quant à la jeunesse, elle se mobilise avec force dans le sillage de son égérie suédoise Greta Thunberg. La vague climatosceptique a reflué. 

Né en 2008, ce mouvement niait l’impact des activités humaines sur le réchauffement climatique. « Des idées fausses circulaient, lui attribuant des causes naturelles comme la variabilité du soleil », raconte Serge Planton, vice-président de l’Association du Train du climat. Pour réfuter ces infox et partager leurs connaissances, ce climatologue et d’autres scientifiques vont depuis 2015 à la rencontre du public en organisant des expos itinérantes.

UN FLUX INCESSANT D’INFOS

« Aujourd’hui, les interrogations se sont déplacées sur les actions à mener pour remédier au problème », ajoute- t-il. C’est là que cela se complique. Soumis à un flux incessant d’infos, notre esprit peine à dresser la liste des priorités. Du coup, en dépit d’une prise de conscience générale, les comportements évoluent peu, y compris au sein de la génération Greta Thunberg. Selon une étude Crédoc/Ademe de 2019, les 18-30 ans auraient du mal à renoncer au shopping, à l’avion et à leurs pratiques high-tech. « Or, le numérique représente 3,7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, soit autant que l’aviation », glisse Serge Planton. Le climatologue s’inquiète aussi de l’émoi suscité par les collapsologues, qui prédisent un effondrement de notre civilisation. « Ce catastrophisme peut s’avérer contre-productif en encourageant le fatalisme, sur le mode “à quoi bon agir si les dés sont jetés ?” », prévient-il.

Comment agir ?

HIÉRARCHISER LES INFOS QUI ARRIVENT TOUS AZIMUTS. On cultive l’esprit critique de nos enfants en leur apprenant à repérer les infox. « Il faut se demander : d'où vient cette information ? Qui parle ? », ajoute Serge Planton. S’agit-il d’un particulier, d’une entreprise ou d’un organisme scientifique ? On se méfie des nouvelles chocs qui suscitent l’émotion et bloquent la réflexion.

IDENTIFIER DES SOURCES FIABLES. C’est-à-dire des regroupements de scientifiques, des médias reconnus pour adultes ou enfants, qui citent leurs sources et laissent place à l’hypothèse. Assez pointus, les rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec) constituent une mine d’enseignements. L’Office for Climate Education en tire des synthèses limpides, destinées aux enseignants mais accessibles à tous. Le site de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe) diffuse une foule d’infos, de conseils et des quiz pour tester ses connaissances.

METTRE SON SAVOIR EN PRATIQUE. « Les sociologues disent que pour se généraliser un comportement écologique doit donner envie. On se mettra au vélo parce qu’on y prend du plaisir, avant de vouloir sauver la planète », explique Serge Planton. Il faut alerter les adolescents, qui n’en ont pas for- cément conscience en cette période de confinement, sur l’impact environnemental du numérique. Pour les inciter à se déconnecter, on peut mettre en avant le temps retrouvé pour voir des amis, faire du sport, voire déjouer cette marotte informatique, en leur proposant de télécharger des applis limitant l’usage des réseaux sociaux ou aidant la famille à économiser l’énergie.

Relever les défis

« Montrer que tout n'est pas fichu » 

DAVID GROISON, DIRECTEUR DES MAGAZINES + DE 12 ANS CHEZ BAYARD JEUNESSE

L’écologie est le sujet sur lequel les lecteurs d’Okapi et Phosphore nous interpellent le plus. Cela nous a incités à créer en 2019 un hors-série sur l’enjeu climatique, We Demain 100 % ado, en partenariat avec la revue We
Demain. Les jeunes nous interrogent sur la gravité de la situation et ont besoin que nous les aidions à structurer la masse d’infos qui leur parvient. Aujourd’hui, tout est mis au même niveau, le bruit des éoliennes comme la pollution d’une centrale à charbon. Cette génération passe aussi à l’action et en témoigne dans nos revues. De notre côté, nous tentons de montrer que tout n’est pas fichu, qu’on peut agir, car nous recevons beaucoup de courriers d’adolescents cafardeux qui demandent : pourquoi on ne fait rien ? À quoi bon continuer ? Pour dépassionner les débats, on donne des éléments de discussion avec humour. On se moque des contradictions des parents comme de celles des ados, prompts à réclamer un séjour à New York, tout en critiquant le SUV familial !

« Jouer pour comprendre le changement climatique »

VIRGINIE, 46 ANS 

Responsable du développement durable en entreprise, je suis bien informée. J’ai découvert la Fresque du climat, un jeu créé par une association. Les participants disposent des cartes explorant les causes et répercussions du changement climatique, ce qui les incite à échanger, à s’interroger. Cela les choque parfois quand ils découvrent des conséquences comme les tsunamis, les conflits armés, ou la famine... Mais cela provoque aussi une prise de conscience et c’est un levier d’action, car à la fin on cherche des solutions. J’y ai joué avec des collègues, des amis, et je compte le faire en famille. Pour l’instant, j’explique la situation à mon fils de 6 ans avec mes mots de maman. Cela passe par des lectures, les gestes du quotidien et le mimétisme. Il me voit faire et, maintenant, il ne se trompe plus en triant les déchets. Ce n’est pas simple car je ne veux pas le reprendre sur tout. Je préfère la pédagogie au catastrophisme et à la culpabilisation.

« Des conférences pour saisir tous les enjeux »

MANON DUBOC, 17 ans

Il existe un consensus sur le fait que nous vivons une crise environnementale. Ce qui divise, ce sont plutôt les solutions à apporter au problème. Au sein de mon lycée, nous avons créé le groupe "Climaction". Nous proposons des conférences afin de sensibiliser les élèves à la question climatique. Des chercheurs s'expriment sur des domaines précis. Cela permet de creuser un sujet, de saisir tous les enjeux, démarche à laquelle ma génération n'est pas habituée ! Je trouve cela enrichissant, d'autant qu'on peut poser des questions. Je demande souvent, parmi les habitudes à changer, qu'est-ce qui est le plus important ? Sur quoi dois-je concentrer mes efforts ? Après avoir entendu la climatologue Hervé le Treut, je suis devenue végétarienne. J'y pensais déjà mais j'ai appris à cette occasion que le transport et l'élevage constituaient les principales sources d'émissions de gaz à effet de serre, et cela m'a décidée.

NOÉMI CONSTANS

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