Voie pro : ils en parlent

Qu’ils soient lycéens, enseignants ou déjà dans la vie active, ils ont choisi la voie professionnelle et ça leur réussit. 

« UN NOUVEAU DÉPART »

BENOIT SUZANNE
ENSEIGNANT EN BAC PRO TECHNICIEN MENUISIER-AGENCEUR, À L’INSTITUT LEMONNIER DE CAEN

Les jeunes arrivent chez nous avec une envie de concret. Ils sont attirés par le bois. Il s’agit souvent d’élèves fâchés avec l’aspect théorique de l’enseignement, qui ont vécu un collège difficile. On s’efforce de les mettre en confiance et en condition de réussir. Pour eux, c’est un nouveau départ, sans lacunes, puisqu’ils ne connaissent pas le métier. En menuise- rie, il faut de la rigueur, de la patience, de la dextérité. Il y a beaucoup de gestes à transmettre. Ils démarrent devant un établi avec une caisse à outils qu’on leur fournit. Ils apprendront ensuite à se servir des machines. Aujourd’hui tout va plus vite. Nous avons moins d’heures d’enseignement. Dans une filière où il faut acquérir un vrai savoir-faire, c’est compliqué. On les pousse donc à aller au-delà du bac pro et à tenter un BTS, qui donne aussi accès à des postes avec plus de responsabilités. Mais on peut tout à fait trouver du travail avec le bac car le secteur du bâtiment est porteur d’emplois.

« J’AIME CE QUI EST MANUEL »

MAËL MÉDARD
ÉLÈVE EN TERMINALE BAC PRO
TECHNICIEN EN CHAUDRONNERIE INDUSTRIELLE À LA JOLIVERIE, À NANTES

Au collège, j’avais des difficultés. Après la 3 , je ne savais pas quoi faire. Ma mère m’a parlé d’une journée de découverte de la chaudronnerie et je me suis dit : «Pourquoi pas ?» J’ai utilisé un peu les machines – certaines sont impressionnantes – et cela m’a plu. J’aime ce qui est manuel. Au lycée pro, la plupart des cours sont dirigés vers le métier que je veux faire. On travaille le métal. L’école est bien équipée. Cela me plaît de découvrir un métier. Aujourd’hui, j’ai envie de décrocher mon bac pro et de faire une mention complémentaire pour me spécialiser en soudure. Lors de mes stages, on m’a dit que j’étais bon dans ce domaine.

« LE REGARD DES PARENTS CHANGE QUAND ILS VIENNENT CHEZ NOUS »

SERGE ROBIN
DIRECTEUR ADJOINT
DES LYCÉES PROFESSIONNEL, GÉNÉRAL ET TECHNOLOGIQUE À LA JOLIVERIE, À NANTES 

Au lycée pro, nous accueillons deux types de jeunes : ceux qui ont rencontré des difficultés au collège et ceux, majoritaires, qui viennent par choix. Ils ont compris qu’après un bac pro en trois ans ils accéderaient à l’enseignement supérieur. Cette voie les attire parce qu’elle met en pratique ce qu’ils apprennent. On va régulièrement dans les collèges présenter la voie professionnelle et montrer qu’il s’agit aussi d’un parcours de réussite à des professeurs et des parents plutôt réticents. Leur regard change quand ils viennent chez nous. Ils voient des élèves motivés, qui trouvent du sens à ce qu’ils font et qui s’épanouissent. Dans les secteurs comme la métallerie ou la productique, le défi c’est de les garder jusqu’au bac car les entreprises viennent les chercher avant. À l’inverse, dans le tertiaire, il faut un BTS pour trouver un emploi. Quand on vient en lycée pro, c’est qu’on a une idée précise de ce qu’on veut faire, et je conçois que cela puisse être dur pour des collégiens. Mais il existe plus de passerelles aujourd’hui : on peut se réorienter en un ou deux ans en capitalisant sur les compétences acquises. 

« ON NOUS INCITE À ÊTRE AUTONOMES »

MALIYAH MAIN
EN CAP
AGENT POLYVALENT DE RESTAURATION, AU LYCÉE MARIE-NOËL DE TOURCOING

Ce qui me plaît dans la restauration, c’est qu’il faut communiquer : dire quand on a terminé, donner la liste des ingrédients, etc. C’est un travail d’équipe. J’aime aussi faire une tâche dans les temps : un soufflé au fromage en dix minutes, c’est un défi ! Petite, je cuisinais avec ma mère. Elle m’apprenait des plats de chez nous, en Guyane : des riz sautés, des colombos... Après le CAP, je voudrais passer un bac pro hôtellerie et, peut-être, un concours de chef. La difficulté pour moi, c’est qu’en cours j’ai parfois du mal à suivre et, si je pose une question, je crains de ralentir la classe. Ici, cela va plus vite qu’au collège. On nous incite à être autonomes et cela nous motive. Si, un jour, je peux monter mon restaurant, je le ferai. Je mélangerai des recettes guyanaises et ce que j’apprends ici. 

« CELA M’A AIDÉE À TROUVER MA VOIE »

MANON MONNIER
CHARGÉE DE RESSOURCES HUMAINES
, MASTER EN ALTERNANCE APRÈS UN BAC PRO GESTION ADMINISTRATION

En fin de 3e, on m’a conseillé la voie professionnelle. J’ai fait un bac pro gestion administration, puis un BTS assistante de gestion PME-PMI, à La Joliverie. Je ne regrette pas : je suis faite pour des études pratico-pratiques ! Cela m’a aidée à trouver ma voie. J’ai compris que la compta ne me convenait pas. Grâce aux nombreux stages, j’ai découvert pas mal de métiers. Durant mon BTS en alternance, je travaillais en entreprise, en lien avec une chargée de ressources humaines (RH), et j’ai su que c’était cela que je voulais faire. Je me suis accordé un an à l’étranger car à l’issue du BTS, qui m’avait demandé un gros effort de remise à niveau, j’étais lessivée. Mais j’avais tout organisé pour faire une licence pro l’année suivante. Aujourd’hui, je viens de finir un master en alternance, dans une entreprise d’expertise-comptable, qui m’a embauchée il y a un mois en CDI, en tant que chargée RH ! 

NOÉMI CONSTANS

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