Mon enfant m'a menti, comment réagir ?

Votre enfant vous a menti. Pas de panique, tous les mensonges n’ont pas la même gravité. Certains sont purement utilitaires, d’autres révèlent un manque de confiance en soi ou l’envie de protéger son jardin secret.

Le mensonge affabultion

Julie, 4 ans, a raconté à ses copains qu’elle avait un lionceau en cage dans sa maison.

Décryptage : « chez nous, on a un tapis volant », « j’ai vu un chien rose dans la rue ». Avant 4-5 ans, l’enfant affabule souvent, il se raconte des histoires extravagantes car il distingue encore peu le réel de l’imaginaire.

Comment réagir ? En évitant de le traiter de menteur ou d’inhiber sa belle créativité. À nous de remettre les choses en place en douceur : « Comment il fonctionne ton tapis volant ? » « Que lui donnes-tu à manger à ton lionceau ? » Si la situation se répète trop souvent, c’est peut-être qu’il cherche à se rendre intéressant, donc qu’il manque de confiance en lui.

Le bobard utilitaire

Nathan, 6 ans, affirme qu’il s’est brossé les dents... alors que sa brosse à dents est parfaitement sèche. 

Décryptage : avant 6 ans, il pense que ses parents sont capables de tout débusquer. Mais, plus tard, il comprend l’intérêt du « mensonge utilitaire », celui qui nous aide à « négocier » avec notre bien-être immédiat !

Comment réagir ? Surtout en évitant de hurler ou de pointer du doigt son petit mensonge, sous peine de le voir se refermer sur lui-même. Pas question pour autant de laisser passer. On privilégie l’humour (« Dis donc, tu l’as séchée au sèche-cheveux, ta brosse à dents ? ») ou bien le recadrage gentil (« Je sais que tu me racontes des histoires mais, ce soir, je te fais ce petit cadeau, tu es fatigué »).

JOUER N’EST PAS TRICHER !

Dissimuler des cartes dans sa manche, réinventer la règle du jeu... Nous sommes tous tentés de tricher et les enfants sont parfois champions en la matière ! S’agit-il d’une peur de l’échec, de la crainte de décevoir ? Ou cela traduit-il une rivalité infernale entre les enfants, qui ne supportent pas de voir l’autre gagner ? La tricherie est toujours un indice. Aux parents de proposer des jeux dans lesquels l’enfant supposé tricheur excelle, et donc dans lesquels il sera valorisé. On peut aussi se débrouiller de temps à autre pour, discrètement, le laisser gagner, histoire de stimuler son estime de soi, suggère Dana Castro. En revanche, s’il triche en classe, mettez les points sur les i : c’est interdit et passible d’exclusion.

Le coup de bluff

Pierre, 8 ans, a raconté que son oncle, en recherche d’emploi, était pilote d’avion de ligne.

Décryptage : entre 6 et 9 ans, en entrant à l’école élémentaire, l’enfant quitte une certaine sécurité familiale pour entrer en société. Le plus important pour lui est d’être intégré dans le groupe de pairs. C’est l’âge où l’on invente volontiers le roman familial et où l’on n’hésite pas à enjoliver sa vie pour briller auprès des autres. Ces mensonges ne sont pas graves (aucun risque de mythomanie), mais révélateurs d’un petit manque d’estime de soi et d’une grande envie d’être aimé.

Comment réagir ? En comprenant que derrière ce mensonge se cache une fragilité, une blessure... Reste à le mettre en garde : ses copains risquent de ne plus le croire, s’il poursuit ses petits men- songes.

Le mensonge auto-protecteur

Félix, 10 ans, prétend qu’il n’a pas pu faire son travail parce que sa mère a eu un accident de voiture, sa grand-mère s’est cassé la jambe, etc.

Décryptage : c’est le bobard classique du petit paresseux ou du cancre qui ne veut pas décevoir et cherche à attirer la bienveillance de l’adulte.

Comment réagir : Surtout ne pas l’humilier (« Petit menteur, va ! »), sous peine de le voir se liquéfier, ni lui coller une étiquette qui risquerait de stigmatiser son comportement. Il faut lui donner la possibilité de s’expliquer. A-t-il suffisamment de temps pour faire ses devoirs ? Comment l’aider ? Peut-être faut-il placer la barre moins haut ?

Le mensonge transgression

Yvon, 15 ans, sèche régulièrement les cours tout en prétendant le contraire.

Décryptage : à cet âge, le mensonge est quasi constitutif de l’ado. Il s’agit pour lui de se protéger des intrusions des adultes et de conquérir des par- celles de liberté. De « je passe la soirée avec Daphné pour préparer l’exposé », au week-end caché à Londres, tout est possible.

Comment réagir ? Si vous sentez la colère vous envahir, remettez à plus tard l’explication, vous éviterez de voir se fermer les portes. Il faut réagir à froid. N’hésitez pas à évoquer vos sentiments dans un premier temps : « Je suis déçu, blessé », « Il m’arrive d’avoir peur ». Ensuite, distinguez le mensonge anecdotique de celui qui compromet son avenir : drogue, alcool, absentéisme... Ré-expliquez les bases de la confiance. « Plus j’ai confiance en toi, plus je t’autoriserai à sortir, plus tu seras libre. » 

Sophie CARQUAIN

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