Pornographie : protégeons nos enfants

Mon fils de 13 ans a manifestement visionné une vidéo X sur ma tablette. Je suis atterrée. Comment réagir ?

La réponse de THERESE HARGOT, sexologue et intervenante en milieu scolaire

La première chose à faire est de le déculpabiliser. Non seulement, il n’est pas en cause, mais ce sont les adultes qui sont coupables de ne l’avoir pas sufisamment protégé. Il faut revenir à la loi, ce qui a le mérite de désamorcer la peur et la culpabilité. Car elle est très claire : les images porno sont totalement interdites aux moins de 18 ans et ceux qui ont permis cela sont en infraction. « Tu as vu des images qui ne t’étaient pas destinées, je le regrette vraiment. »

Dans un second temps, il est bon d’expliquer pourquoi certains créent ces films. « Ils savent que ces images-là provoquent, sur le moment, de l’excitation, que l’on voudra les regarder à nouveau. Ce qu’ils veulent, c’est faire de toi un client. Pour gagner de l’argent ! » Car ces images agissent comme une vraie drogue : « On a parfois l’impression qu’on contrôle les choses (je ne regarderai plus) mais on en regarde d’autres. » En outre, elles restent gravées dans la mémoire. Insistez sur le fait qu’il y a des trucages et qu’une relation sexuelle ne se déroule pas comme cela. « La pornographie nous fait croire qu’on utilise le partenaire (en particulier la jeune fille) comme un objet, alors qu’une relation est pleine de tendresse et de respect. »

Le porno, ce mauvais tuto...

D’après le colloque “Les jeunes et le porno”, organisé par le think tank Vers le haut, en décembre 2017, certains jeunes considèrent les vidéos X comme des tutoriels pour leur première relation sexuelle. De fait, selon l’Ifop, 48 % des garçons et 37 % des lles pensent que les sites pornos ont participé à leur apprentissage ; 20 % des garçons et 25 % des filles ont déjà essayé de reproduire certaines scènes dérivées du X.

Le docteur Philippe Rougier, président de l’association Sésame, constate, lui aussi, un changement de mentalités : « Si la majorité des questions posées par les enfants concernent encore l’amour, l’amitié, certaines, environ 15 %, sont très inspirées du porno et font référence à des pratiques très spécifiques. » Autre effet, délétère : la peur de la sexualité. « Les garçons redoutent de ne pas être à la hauteur, c’est le fameux complexe de performance. Les filles, elles, craignent de se voir imposer ce qu’elles n’aiment pas, déplore Thérèse Hargot. À nous de leur faire comprendre que l’amour ne ressemble en rien à tout cela. »

Thibault, 9 ans, a rapporté à sa sœur aînée qu’un de ses copains avait déjà visionné des images X. Dois-je lui en parler et comment ?

La réponse de CECILE LOGNONÉ-RODRIGUEZ, coordinatrice "Démarche et développement humain" aux Apprentis d'Auteuil

Les images “X” s’inscrivent dans l’hyper sexualisation de la société actuelle. Pour aborder le sujet, on peut évoquer une publicité particulièrement impudique : « Regarde, ces images ne respectent pas du tout la pudeur. On ne voit qu’une partie du corps, mais on ne regarde pas l’esprit, la sensibilité, le cœur... Or, la beauté implique la personne tout entière. » On peut ensuite parler plus directement. « Si tu te retrouves, par hasard, face à une image laide et choquante qui te met mal à l’aise, tu peux tout à fait m’en parler. Sache qu’elle ne montre pas la “vraie vie”. Ça n’est pas comme cela que l’on aime quelqu’un. » S’il demande pourquoi certains copains en regardent ? « On est toujours curieux devant le corps de l’autre. Si un jour un copain te propose d’en regarder, tu peux dire non, et c’est toi qui auras raison. » Rien ne vous interdit de lui donner un album ou un livre adapté à sa tranche d’âge.

Quelques chiffres

Vers une génération YouPorn ? Le titre de l’étude Ifop, réalisée en février 2017, est assez éloquent... 63 % des garçons et 37 % des lles ont déjà, à 14 ans, au moins une fois surfé sur un site pornographique. « Il y a un net rajeunissement de l’accès au porno et une féminisation bien plus importante, constate Thomas Rohmer, président d’Open (Observatoire de la parentalité et de l’éducation numérique). Les filles sont attirées de plus en plus par toutes les formes de comportement “radical”. » Même si la plupart des ados ne sont que des consommateurs occasionnels, on note cependant 10 % d’accros à ce genre de programme...

Devenu rare, le DVD est remplacé par la vidéo “ad lib” sur portable, le smartphone étant l’outil numéro un : 40 % des adolescents l’ont déjà utilisé pour regarder une vidéo X. Et même XXX. « Parmi les tendances en plein essor, le porno trash et violent, signale Thomas Rohmer, mais aussi le porno fait maison. Or, ce genre est un danger supplémentaire pour les ados, car il banalise les pratiques. In fine, 55 % des ados ont jugé qu’ils avaient vu ces images bien trop jeunes... » 

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