Colère : fixez une limite

Henry, 3 ans et demi, pique une crise dans le TGV. Il voulait être près de la fenêtre. Son père change de place avec lui, mais il ne se calme pas. Et cela empire.

La réponse de SAVERIO TOMASELLA, docteur en psychologie, psychanalyste, fondateur de l’Observatoire de l’ultra sensibilité et NICOLE PRIEUR, psychologue et thérapeute familiale. 

L’analyse : tous les parents ou presque ont été confrontés à l’expression d’une colère dans l’espace public – en pleine rue ou au supermarché, devant le jouet ou le paquet de céréales tant convoité ! « À 3 ans, on est vraiment dans l’émotionnel pur, analyse Saverio Tomasella. Une émotion en cache parfois une autre. Il faut savoir décrypter à travers cette crise une autre demande. Pourquoi est-il dans cet état ? N’est-il pas angoissé, par exemple, d’avoir quitté quelqu’un (son père, sa mère, sa grand-mère) ? N’est-il pas triste d’avoir quitté la maison de vacances ? »

Comment l’aider : valider son émotion, sans y céder. On peut faire jouer son intuition et suggérer des hypothèses : « Est-ce que tu es triste d’avoir quitté mamie ? Papa ? » Si l’on tombe juste, l’enfant va se calmer de lui-même. On peut aussi faire diversion : « Ta place est idéale pour dessiner. Je sors les crayons ? » Une chose est sûre : il faut poser une limite : « Il est hors de question de changer trois fois de place, soutient Nicole Prieur. Je suggère de faire référence à la loi – qui va poser une limite rassurante : « Nous avons acheté ce billet et nous ne pouvons pas changer de place. » Enfin, s’il est en proie à un énorme chagrin, et même si l’agacement monte en nous, il faut rester calme à tout prix : serrer l’enfant dans ses bras et le contenir est une bonne solution. Un câlin prolongé permet à l’enfant de “lâcher” son émotion, en toute sécurité. » 

Conseils : mieux vaudrait éviter...

♦« Va dans ta chambre, tu reviendras quand tu seras calmé » : renvoyer l’enfant à sa solitude est très angois- sant. En revanche, parce qu’il peut avoir besoin d’un temps de repos, on peut l’accompagner dans sa chambre, et lui proposer d’y rester quelques minutes.

♦ De dévaloriser ses émotions. Face à cette grande tristesse, on évite de lancer : « C’est une histoire de copines, ce n’est pas grave. » La grande idée est de valider d’abord l’émotion – donc de lui accorder de la valeur – avant de donner à l’enfant les moyens de l’amadouer.

♦ De réduire l’enfant à son émotion. Non, il n’est pas colérique, peureux, angoissé... Il a juste piqué une colère, il a été triste ce matin... Si l’on colle une étiquette, on peut être certain qu’il va vraiment devenir colérique ou peureux.

♦ De rester mutique devant une émotion débordante. Si l’enfant se met à pleurer (même au cinéma, au théâtre), l’adulte doit se poser également en personne ressource (en proposant des mots, en serrant la main...). L’enfant a besoin d’un écho, sinon il est renvoyé à sa solitude.