Comment parler de la mort à son enfant ?

Face à la mort, nous sommes démunis et impuissants. Comment en parler à son enfant ? Doit-on tout lui dire ? À entendre les spécialistes, le silence est la pire des options. 

Que l’enfant ait ou non été confronté à la mort, nous devons lui en parler régulièrement comme un élément inhérent à l’existence. « Cela peut être pendant une balade en forêt, en observant les feuilles mortes, par terre, ou bien en lui lisant des livres qui parlent de ce sujet, préconise le docteur Patrick Ben Soussan, pédopsychiatre à l’institut Paoli-Calmettes, à Marseille (1). Le jour où il sera confronté à la mort, il aura déjà intellectuellement et psychologiquement intégré cela, et il sera plus facile de lui en parler. »

Si nous craignons tant d’en parler avec les enfants, c’est par crainte de faire intrusion dans leur monde intérieur et de les traumatiser. Pourtant, rien n’est pire que le silence, qui les renverrait à leur propre solitude. « Ce qu’il faut impérativement faire dans un premier temps, c’est les écouter, car ils en savent beaucoup plus qu’on ne l’imagine sur le sujet, recommande la psychothérapeute Hélène Romano (2). S’ils sont désireux d’en savoir plus, c’est à nous de leur retourner la question – “Et toi, qu’en penses- tu ?” – ce qui nous permettra ensuite d’élaborer notre réponse en toute délicatesse. » Les écouter avec bienveillance, dire la « vérité vraie » avec douceur, tel est le credo des spécialistes. 


(1) L’enfant confronté à la mort d’un parent, sous la direction de Patrick Ben Soussan, Érès, 2019.
(2) Quand la vie fait mal aux enfants, Hélène Romano, Odile Jacob, 2018.

« Leur maman est très malade et j’hésite à emmener ma fille à l’hôpital. À partir de quel âge un enfant peut-il voir quelqu’un en fin de vie ? » Vincent, 43 ans

« Dès l’âge de 3 ou 4 ans, répond Hélène Romano. S’il le demande, c’est possible à condition de lui en parler en amont et de préparer la visite. Si la personne est en fin de vie, il faut pouvoir lui parler des tuyaux, du respirateur, de la peau qui a changé de couleur... “Tu ne la reconnaîtras pas beaucoup.” Même chose devant un mort. À nous de lui expliquer ce qu’il verra : “Tu sais, si tu le touches la peau sera froide, car le sang a cessé de circuler”, “Les joues sont creuses, ses yeux sont fermés”... Cela rendra la confrontation au réel un peu moins difficile. » 

« Mon ado refuse d’assister aux funérailles de son père. Dois-je le forcer ou renoncer ? » Pascale, 52 ans

« Sa présence est nécessaire, et ça n’est pas négociable, répond le docteur Patrick Ben Soussan. À nous de lui dire, que la cérémonie, l’enterrement, sont de l’ordre du rituel incontournable- a fortiori quand il s’agit de son père ! Et que toute la famille doit se serrer les coudes, et participer à ce moment essentiel. C’est d’autant plus nécessaire qu’il pourrait, plus tard, regretter amèrement de ne pas y avoir assisté. Si vraiment vous ne le sentez pas, s’il vous semble trop fragile, vous pouvez lui demander de participer d’une manière ou d’une autre en écrivant un petit mot, en fabriquant un objet de ses mains, en donnant un doudou... Autant de petits cadeaux que vous pourrez déposer de sa part dans ou à côté du cercueil. N’oubliez pas, si cela est possible, de filmer la cérémonie ou de le demander à un tiers. Il sera peut-être rassuré de la regarder un peu plus tard. » 

Un portail dédié aux parents pour parler du deuil

L'Apel ainsi que différents partenaires issus du monde associatif, experts, etc. s'est associée à la SFAP (société d'accompagnement et de soins palliatifs) pour créer un portail de ressources pour aider les parents, le monde éducatif et la médecine scolaire à aborder les questions de fin de vie, de mort et de deuil avec enfants et adolescents.

Fruit d’un an et demi de travail, ces outils et ressources prennent tout leur sens dans notre environnement actuel où attentats tragiques et crise sanitaire nous exposent de plein fouet, chaque jour ou presque, à la mort et son impensé.

https://lavielamortonenparle.fr/

« A la mort de son papa, Adèle, 5 ans, m’a expliqué qu’elle se sentait responsable car elle avait refusé de lui parler au téléphone... » Marie, 36 ans

« Jusqu’à l’âge de 6 ans, l’enfant est gouverné par une sorte de pensée magique et de toute-puissance, ex- plique le docteur Patrick Ben Soussan. Il peut s’imaginer qu’il est responsable de la mort de son proche. Même les adolescents nourrissent encore ces scrupules, s’accusant d’avoir eu de “mauvaises pensées”, cela survient également dans les cas de divorce. C’est la raison pour laquelle il faut toujours devancer cette crainte, et lui dire qu’il n’y est pour rien, quel que soit son âge et même s’il a simplement pensé du mal de cette personne. “Tu sais, personne n’est responsable de sa mort. Tu as peut-être eu de mauvaises pensées à son égard, mais les pensées n’ont jamais tué personne.” » 

« Pendant la cérémonie religieuse, Jules m’a chuchoté à l’oreille : “Il va falloir ouvrir le cercueil, sinon mamie ne pourra plus respirer.” » Valérie, 42 ans

« La notion d’irréversibilité de la mort (on meurt et on n’en revient jamais) ne se développe, selon de récentes études, qu’à la fin de l’école primaire, entre le CE2 et le CM2, explique Hélène Romano. Avant cet âge, le cortex de l’enfant n’est pas encore structuré et mûr pour comprendre la portée du “pour toujours”. Il peut tout à fait vous dire “Oui, je sais mamie est morte, mais quand est-ce qu’elle revient ?”, “Elle ne s’ennuie pas, là-haut ?”. C’est la raison pour laquelle il importe de lui parler clairement : “Papa, maman, papy est mort, cela signifie qu’il ne reviendra jamais. Il vit maintenant dans notre cœur, dans notre souvenir”. » 

SOPHIE CARQUAIN

A lire

  • Les questions des tout-petits sur la mort, Bayard jeunesse. Dès 3 ans.
  • Au revoir Blaireau, de Susan Varley, Gallimard jeunesse. Dès 3 ans.
  • Grand-père est mort, de Dominique de Saint Mars, Calligram. Dès 5 ans.
  • La vie, la mort, d’Astrid Dumontet, Éditions Milan.

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