Etes-vous un hyperparent ?

Les parents en font-ils trop ? Oui, répondent les psys ! Maintenons le cadre familial, éducatif, tout en laissant les enfants expérimenter pour construire leur confiance en eux. Chacun ne s’en portera que mieux.

©IStock

« Je vois des parents épuisés, transformés en répétiteurs, chauffeurs de taxi, qui sont littéralement chosifiés et n’existent plus en tant qu’individus », déplore le psychologue Didier Pleux qui dénonce l’obsession des 5 S : survalorisation (« mon enfant est un génie »), surprotection, surconsommation (à force de ne plus poser de limites, on les encourage implicitement à l’addiction, qu’elle soit alimentaire ou liée aux écrans...), surcommunication et surstimulation (il faut les pousser le plus loin possible vers la réussite). « Cette attitude excessive est provoquée en grande partie par la peur du déclassement social », explique le psychothérapeute Bruno Humbeeck.

Entre 0 et 6 ans

À partir de quelques mois, il est important de fixer les limites : « Les bébés et petits enfants comprennent très vite si le monde – à commencer par les parents – est à leurs pieds ou s’ils doivent, eux, s’adapter », explique Didier Pleux. Un exemple : l’allaitement à la demande. S’il est inévitable les premiers jours, il faut rapidement espacer les prises alimentaires. « Je vois trop d’“hyperparents” obéir au doigt et à l’œil à leurs enfants ! C’est à eux au contraire de les initier à tous les goûts – et à tous les légumes – et aux enfants de s’y plier », insiste Didier Pleux. Idem pour le rythme de vie : « C’est aux parents d’exiger que les enfants fassent la sieste ou qu’ils se couchent à telle ou telle heure. »
Attention également au “co sleeping”. Aujourd’hui, des enfants dorment avec leurs parents jusqu’à l’âge de 10 ans. Fausse bonne idée. On doit leur lâcher la main pour qu’ils apprivoisent ce petit moment de solitude.

TROIS PROFILS D’HYPERPARENTS

LE PARENT HÉLICOPTÈRE
Apparu au début des années 2000, il tourne autour de l’enfant, surveille ses faits et gestes. Il installe une caméra de surveillance au-dessus du berceau du bébé, piste la baby-sitter en permanence, en proie à une pulsion qui consiste à vouloir tout regarder. Plus tard, il manifeste une vigilance exacerbée, vérifiant les livres, jeux, et amis de sa progéniture...

LE PARENT DRONE
C’est un hélicoptère amélioré, qui cherche le meilleur pour son enfant, en téléguidant le moindre de ses faits et gestes. Féru de psychologie positive, craignant frustration, colères et mauvaises expériences de son chérubin, il proscrit les émotions négatives (pourtant nécessaires). Hypercommunicant, il négocie, explique jusqu’à plus soif, justifie ses choix éducatifs, au risque de saborder sa propre autorité. Parent hyperstimulant, il regorge d’idées pédagogiques, de jeux ludo-éducatifs et autres sorties à l’opéra, interdisant Bob l’Éponge pour lui préférer Kirikou.

LE PARENT CURLING
Il maîtrise parfaitement le parcours idéal : la meilleure maternelle qui va conduire à la meilleure école élémentaire, le meilleur lycée, la meilleure prépa. Obsédé par l’excellence, il donne l’orientation, contrôle la trajectoire en balayant névrotiquement le parcours de l’enfant, oubliant que le parent est là pour donner l’impulsion et non pour faire à la place. De fait, il s’approprie le désir de réussite de son enfant au point de l’en déposséder.

De 6 à 12 ans

L’enfant commence à desserrer les liens familiaux. Résultat ? Une anxiété chez l’hyperparent, « qui tente de se rassurer en resserrant les liens de plus belle », décrypte Bruno Humbeeck. « Il y a trente ans, on autorisait l’enfant à s’éloigner de 30 kilomètres, pour se rendre à vélo dans le village voisin. Aujourd’hui, on lui concède plutôt 300 mètres. » Le credo du parent ? Méfie-toi de l’extérieur et des autres. À l’école, l’hyperparent se glisse bien trop souvent entre l’enseignant et l’enfant. « Ils sont devenus les avocats de leurs enfants », constate-t-il. Laissons les enfants vivre leur vie et faire leurs apprentissages, sans nous ! Idem pour le soir : « On doit être juste là, en cas de besoin, pour rappeler qu’on ne fait pas ses devoirs devant un écran, ou qu’on ne dîne pas le téléphone en main », martèle Didier Pleux. Quant à l’extrascolaire, lorsqu’un enfant débute une activité ou un loisir, il doit s’y tenir. « L’hyperparent a trop tendance à fléchir quand les enfants veulent y renoncer. Or, c’est précisément à ce moment- là, parce que cela exige des efforts, qu’ils doivent les inciter à poursuivre. »

A partir de 12 ans

À l’adolescence, l’anxiété de l’hyperparent peut vite enfler démesurément. Pour autant, il faut se retenir de les bombarder de SMS ou autres messages WhatsApp. « On peut exiger d’eux qu’ils nous adressent un texto à leur arrivée à une soirée, ou quand ils en partent, par exemple. En revanche, évitons de dialoguer par SMS en permanence : les parents ne sont pas des copains qui discutent par textos. Ils doivent respecter leur “verticalité hiérarchique” qui est garante du cadre », insiste Didier Pleux. En ce qui concerne les loisirs, à nous, donc, de continuer à maintenir le cadre, et à donner le « la ». « Proposez-lui un concert, une pièce de théâtre... Idem pour l’exercice du culte. On pense qu’il faut lâcher sur ce plan- là, mais c’est tout le contraire, insiste Didier Pleux. Il ne faut pas confondre hyperparentalité et autorité nécessaire. C’est aussi aux parents de proposer des loisirs intelligents. » 

SOPHIE CARQUAIN 

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Les réactions à cet article (7 commentaires)

  1. Caroline - 19-02-19 08:16 Je suis tout à fait en accord avec votre article à l'exception du 30 km et 300m de nos jours ... il y a 30 ans, il y avait moins de voitures et elles roulaient moins vite. Les conducteurs étaient plus prudents.

    Très bon article comme toujours...
    Merci
    Une maman pas moderne
  2. Esther - 19-02-19 09:35 Bonjour
    Les informations sur les 0-6 ans sont complètement erronées.
    Si vous devez faire intervenir quelqu un qui parle allaitement, maternage, nursing, je vous propose d interviewer des personnes qualifiées et compétentes qui travaillent au quotidien sur ce genre de sujet.
    L allaitement est à la demande, il y a des recommandations de l OMS la dessus... de plus les neurosciences ont évolué, et confirment beaucoup de pratiques de nursing..
    Vice presidente d'APEL, je déplore totalement la parution de cet article.
  3. Marie - 19-02-19 10:20 Je partage totalement l avis d Esther concernant les 0/6ans. Il n y a bien qu en Europe que le co sleeping ou l allaitement long posent "problème ", les autres pays ne produisent pas pour autant des gamins dérangés..
    Désolant de lire tout cela quand il existe des études sérieuses.
  4. celine - 19-02-19 10:35 est ce qu'on est toujours obligé de taper sur l'allaitement et le co-sleeping par des soit disant pro qui visiblement n'y connaissent absolument rien ???? Pour rappel l'allaitement se fait à la demande qu'un bb n'est pas un robot s'il réclame c'est qu'il en a besoin ! le co-sleeping fait baisser le stress et permet au bb de bien se reposer,réduit également le risque de msn et que le sommeil d'un bb n'est pas celui d'un adulte !
    https://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/autres-textes-lll/2028-cher-collegue-le-dr-carlos-gonzalez-repond-a-un-medecin
    voici le lien pour un article intelligent d'un professionnel de la santé sur l'allaitement ! Bref votre début d'article m'a tellement énervée que j'ai pas lu la suite ! merci pour cet avis qui sent bon les années 50 !
  5. Vice présidente - 19-02-19 10:35 Je trouve cet article très moralisateur et trop peu constructif pour les parents.
    J espère voir une suite qui proposerai des solutions ou des alternatives.

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